8/10Pearl Jam - L'intégrale

/ Critique - écrit , le 04/12/2002
Notre verdict : 8/10 - Ten (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 12 minute(s) - 3 réactions

Les années 90 ont vu s'élever un courant musical puissant et revendicatif : le grunge. Si tout le monde ne parle que de Nirvana, de nombreux autres groupes musicalement différents (mais néanmoins très intéressants) se sont formés dans cette mouvance rock. Le grunge a véritablement commencé avec le groupe T-Rex, peu connu en France. Mais le grunge, c'est quoi au juste ?

En argot américain, il désigne "les moisissures que l'on a entre les orteils". C'est un style de vie : chemises canadiennes crades, baskets trouées, jeans délavés, bière, drogues en tout genre et rock & roll. Idéologiquement parlant, c'est la revendication d'une génération oubliée, sans but, sans bataille à mener, sans avenir clair. Le gouvernement US fait tout pour sortir d'une crise pétrolière à grand coup de propagande, mais les jeunes ne suivent pas : ils ne veulent pas ressembler à leurs parents, gentils consommateurs et patriotes du premier jour lorsqu'il s'agit de bousiller un pays pour la bonne cause...

Les jeunes se regroupent et font de la musique pour essayer de faire passer le message. Sans être nihiliste pour autant, ils renversent les idéologies de leurs aînés. Du coup, on ne se lave pas, on s'habille crade, on fait des répet' et concert sous coke et/ou en étant imbibé de bière: une sorte de retour aux années 70, The Doors, la guerre du Vietnam et le drogues psychédéliques en moins.
Le petit groupe Mother Love Bone perd son chanteur Andrew Wood en 1990, suite à une overdose d'héroïne. Le guitariste Stone Gossard et le bassiste Jeff Ament forment un nouveau groupe avec un second guitariste, Mike McCready, ainsi que le batteur de Soundgarden, Matt Cameron. La démo du groupe fait son chemin et va rencontrer un surfer de San Diego, Eddie Vedder. Ce dernier rejoint le groupe en tant que chanteur, avec des paroles et compositions sous le bras : le groupe formé prend enfin un nom : Pearl Jam. Changeant plusieurs fois de batteur (Soundgarden était très actif à l'époque), le groupe parvient à enregistrer son premier album en 1991 : Ten.

Nouveau et Destructeur

Ten est un regroupement de 11 tubes que le groupe ne va cesser de jouer (jusque dans les dernières tournées). Ten est un album rock novateur pour l'époque : des morceaux rock assez mouvementés, des ballades, des solos endiablés, des rythmiques variée et une voix bien charismatique : le rock alternatif prend toute son ampleur. On retiendra surtout Once pour la revendication d'un changement d'État d'esprit: "Once upon a time, I could control myself". Even Flow, le single qui va les lancer : mélange parfait du chant, d'une batterie dynamique et d'un interminable solo (surtout en live) où l'utilisation des 2 guitares se ressent très bien. Alive commençant timidement puis s'accélérant. C'est surtout un morceau parlant d'inceste, et de la folie d'une mère trop attachée à sa période rétro. Black est une ballade parlant d'un amour impossible où la profondeur de chant de Vedder prend une ampleur particulière, servie sur des accords d'une guitare quasi-pleurante. Jeremy parle d'un gamin s'étant suicidé en classe (d'après une histoire vraie) car on le traitait de quelqu'un de "différent". C'est un morceau sombre mais très rythmé. Porch commence très rapidement, ralentit, re-accélère : c'est la revendication d'un rock alternatif sans règle, un hommage à Hendrix. Release est une ballade où les instruments savent laisser la place à la voix de Vedder, qui prend des envolées spectaculaires, il est d'ailleurs agréable d'entendre une voix rocailleuse s'adoucir d'une telle manière.
Cet album commencera à véritablement marcher vers la fin 1992, après que le groupe Nirvana ait fait une apparition radio et lançant le "nouveau rock alternatif". Pearl Jam devance Nirvana, lorsque les radios rocks, à la recherche de sang neuf, diffusent l'album Ten à travers les USA. MTV et le public se les arrachent après la sortie du film Single (où ils jouent en acteurs et participent à la BO) et leur tournée est un triomphe. Le groupe, bien qu'élevé au rang de Rock & Roll superstar, ne prend pas "la grosse tête" et refuse de se plier à l'industrie du disque.

Envers et Contre Tous

En 1993, le second album Vs. (Versus) sort, mais le groupe refusera de faire tout clip pour les singles. Cela n'empêchera pas le disque de se vendre par millions en quelques semaines !
Vs. Est très similaire à Ten. Les morceaux Blood et Rearviewmirror sont très proches de l'esprit Ten. Il y a tout de même plusieurs évolutions : la basse fait une apparition beaucoup plus importante, surtout dans le premier morceau, Go. Daughter est leur premier morceau avec guitares acoustiques, ce qui apporte une dimension plus lyrique au groupe et lui enlève son étiquette de "gueulard", bien que le groupe se détache nettement du Punk ou du Métal. Le groupe expérimente. Glorified G et W.M.A sont des morceaux assez pop, mais le dernier se démarque par l'ajout de voix, des percussions, des complaintes indiennes... Cette album possède deux très bonnes ballades : Small Town (assez joyeuse et en acoustique) et Indifference, plutôt sombre mais avec l'utilisation d'un orgue électronique très "seventies".
La formation fait de nouvelles tournées, dans de petites salles, dans des universités (!) et refusera de jouer si les tickets étaient vendus plus de 20$, les vendeurs faisant pression sur les salles pour générer plus de bénéfices. Le groupe se montre proche des fans et loin de vouloir gagner de l'argent ou de "jouer les stars" dans le merchandising.

Précision Chirurgicale

En 1994 est enregistré le nouvel album, le groupe vire son batteur pour prendre celui des Red Hot Chili Peppers : Jack Irons. Vitalogy est dans les bacs fin 94, cet album se vendra plus que le précédent.
Vitalogy est sans aucun doute un chef d'oeuvre made in Pearl Jam. Le groupe a mûrit et offre la galette alternative par excellence. Ce CD enchaîne morceaux électriques et ballades acoustique sans aucun complexe. Le CD débute sur Last Exit et Spin the Black Circle, des morceaux de moins de 3 minutes, mais très enjoués et électrisants. On peut se reposer plus tard sur Nothingman, Betterman et Immortality de très bonnes ballades, surtout les deux dernières citées que l'on peut considérer comme les plus belles que le groupe ait jamais joué. Le morceau le plus significatif de ce CD est sans conteste Corduroy, le morceau alternatif le plus aboutit. Sans pour autant provoquer un trouble, il passe de l'électrique agressif à l'acoustique calme, la voix de Vedder passant des gueulantes aux harmoniques sans excès, sans oublier la montée finale passant successivement du chuchotement de la guitare puis par l'accord des instruments pour finir par un retour progressif au silence. Cet album est parsemé d'interludes plus ou moins délirantes, d'une dernière plage expérimentale et d'une présentation dans un digipack très "début de siècle".
En 1994-1995 le groupe joue dans différentes formations pour expérimenter d'autres sons sans pour autant "polluer" le style Pearl Jam. Ils joueront avec Neil Young, Layne Staley (Alice In Chains).

No Hope

En 1996 arrive le quatrième album tant attendu, No Code. Ce dernier accueille de très bonnes critiques mais les fans se sentent perdus.
No Code, en effet, multiplie les changements de genre et les expérimentations. Who You Are ressemble à une comptine d'enfant, très ambiguë voire parodique pour le style du groupe. In My Tree et Smile commencent bien (il y a même un solo d'harmonica sur Smile) puis tournent mal : le son de la guitare, "changée" fait perdre l'identité du groupe. La ballade Off He Goes ressemble à une vieille reprise country. Habbit, très rock semble être néanmoins sorti des premières démos groupe alors qu'il manquait de maturité, le morceau est facile et répétitif puisqu'il reprend quasiment tout le temps la même phrase et le même rythme, sauf les 40 dernières secondes qui relèvent un peu le niveau. Mankind est une sorte de mélange du style UB40 et David Bowie à leur pire période respective, on pourrait presque croire à une parodie. Il existe tout de même d'excellents morceaux en accord avec les albums précédents : Sometimes, Hail Hail, Red Mosquito, Fuckin' Up sont très électriques et alternatifs, Present Tense est une innovation positive pour le groupe puisqu'il s'agit d'une "ballade progressive".

Cédez le Passage

Début 1998 parait Yield, avec un son plus rock et plus violent que le précédent, mais l'album sombre rapidement dans les charts malgré un bon départ...
Yield c'est tout de même le retour d'un Pearl Jam dans la plus pure tradition, sans expérimentations loufoques et sans délires inutiles. Le groupe reste dans l'alternatif et offre de nouveaux morceaux évoluées, plus mures. Brain Of J. est une référence aux chansons les plus violentes de Vitalogy, mais avec un chanteur moins criard et des instruments plus audibles. L'enchaînement Faithful, No Way et Given to Fly confirme le retour d'un groupe maîtrisant son style et le remodelant, tout en gardant son identité : double guitare (voire triple), basse, batterie et chant, sans aucun "brouhaha", sans fioriture. Les ballades présentes sur le CD montrent une volonté de retour au calme du groupe. En effet, Wishlist et Low Light, très calmes, s'accordent parfaitement avec la pseudo-ballade In Hiding. Pseudo-ballade car elle commence et fini comme une ballade mais en "se reveillant" quelque peu au milieu. La plage par excellence est sans aucun doute Do the Evolution, très virulente, avec une parfaite utilisation de la double guitare et de la voix de Vedder. Si le groupe s'est quelque peu calmé dans ses propos, cette chanson est très violente : c'est un pamphlet sur l'évolution humaine, les guerres, les religions, les extrémismes, le racisme, les génocides, la misogynie... tout y passe. C'est d'ailleurs le meilleur clip du groupe, un dessin-animé réalisé par le dessinateur de Spawn, à voir impérativement !

En 1999, le groupe sort un single en édition limité, très pop et complètement différent de leur style : Last Kiss, une reprise de J. Franck Wilson. Ce single sera très demandé par les auditeurs et les radios ne s'en lassent pas : le groupe obtient son record de vente de single. Ce single ne sera jamais sur un album complet, pour ne pas interférer avec le style original du groupe.

Cérébral

En 2000, 10 ans après la formation initiale, sort Binaural. Cet album sera couronné de succès par une tournée mondiale dans 72 grandes villes, dans des salles pleines : la notoriété du groupe n'est plus à démontrer. Cette tournée donnera 72 doubles CDs de toutes les dates (sans mixage mais disponibles pour un prix très bas) pour éviter la prolifération des "live pirates".
Binaural est une continuité de Yield, il est pourtant moins bon. Le groupe ne se surpasse pas et fait "un album de plus", sans recherche d'amélioration, a priori. Si le style reste le même, il semble manquer de pêche et le groupe à l'air en fin de carrière. La trilogie d'intro : Breakerfall, Gods' Dice et Evacuation sont plates et ne décollent pas. Il y a tout de même des recherches plus ou moins positives : Nothing As It Seems est une ballade sombre très travaillée, un hommage à Alice In Chains dans sa meilleure période. Par contre, Sleight of Hand semble totalement décalée, une sorte de retour au style No Code. Binaural possède tout de même d'excellents morceaux rattrapant les côtés négatifs : Light Years, Thin Air et Of The Girl pour les plus calmes, Insignificance, Grievance et Rival pour les plus enjoués. Le 12 novembre 2002 sort le dernier album du groupe : Riot Act.

Bruits de Foule

En insérant Riot Act et après une première écoute, on prend très peur : le groupe semble différent, et les fans le prendront sans doute mal.
Pourtant, il semble que cette album soit le plus aboutit du groupe. Le CD débute par la très calme Cant Keep, regroupant son électrique et acoustique, assez étrange, mais en parfait accord avec les paroles, parlant de la volonté de quitter ce monde après y avoir suffisamment passé de temps. Save You arrive tambours battants, avec un son très électrique accompagné d'un orgue électronique, c'est un morceau se rapprochant assez de l'ancien style Pearl Jam, avec de très bonnes variations de rythmes, du bon son alternatif. Love Boat Captain apaise le son, un début de type ballade où Vedder laisse sa voix peu à peu s'envoler, de même que les instruments, une complainte en crescendo qui parfois redescend pour reprendre de plus belle. Vedder paraît "transparent" dans cette chanson, tellement ses sentiments sont perceptibles. Cette chanson se termine par un clin d'oeil à John Lenon et son All You Need Is Love.
Sur la plage suivante, Cropduster, Vedder fait du "yo-yo" avec sa voix, jouant dessus après tant d'année où il l'utilisait seulement comme "chant" et non comme d'un instrument à part entière. Ghost repousse le style du groupe au-delà des limites qu'il s'est imposé dans les albums précédents, le morceau multiplie les solos, et Vedder laisse de temps en temps sa voix s'envoler vers des aigus qu'il n'avais jamais touché auparavant, tout en abandonnant sa voix rocailleuse parfois trop lourde est mal utilisé dans certains albums. I Am Mine, est le morceau le plus proches de l'ancien style Pearl Jam, ce morceau est du coup le moins intéressant du CD, mais il rest très bon, surtout que les instruments se superposent sans empiéter les uns sur les autres. Thumbing My Way est une ballade très calme, avec l'utilisation d'une guitare minuscule, donnant une teinte blues, renforcée par l'orgue éléctrique, décidément très utilisé dans cet album, mais nos oreilles ne vont pas s'en plaindre !
You Are est très impressionnante avec sa sonorité industrielle ! (A croire que Trent Reznor soit passé dans le studio pendant l'enregistrement du CD pour apporter sa touche). Une nouvelle sonorité qui colle parfaitement au style Pearl Jam qui renvoi au panier la ballade sombre Nothing As It Seems du précédent album! Wanted to Get Right sort de l'industriel pour prendre une sonorité rock alternatif et évinçant les meilleurs morceaux de Vitalogy. Un morceau n'hésitant pas les solos endiablés, les reprises et transformations de rythmes, cassant tout le long le rythme attendu, on est agréablement ballotté par ces cassures et l'on se demande pourquoi Pearl Jam n'avait pas osé de telles choses avant.
Green Disease commence à la manière d'un bon vieux morceau de Nada Surf (!), mais dès que le chant se fait entendre, le style se transforme. On entend alors un rock alternatif rétro, un peu comme The Strokes. Sur ce morceau, Vedder joue de nouveau avec sa voix et l'on se demande parfois si c'est bien lui qui chante. Help Help débute calmement, pour prendre plus d'importance par la suite. Le son semble presque électro avec l'orgue électrique et la voix modifiée (naturellement) de Vedder. Un morceau alternant les moments calmes avec la voix seule du chanteur et la multiplication des instruments en harmonie. Bush Leaguer est scandé par un discours de Vedder, d'une voix assez joyeuse. De temps en temps, Vedder se remet au chant, en fredonnant entre ses dents, façon David Bowie, pour accentuer le contraste. Il imite en fait une personne chantant une chanson joyeuse sur le futur, et Vedder la reprend en affirmant que le futur est arrivé, sans changement : le grunge n'est pas mort. 1/2 Full continue cette critique de l'Homme, ici sur son environnement, ce qui n'est pas sans rappeler Do The Evolution sur l'album Yield. La musique est moins violente certes, mais le chant posé et les paroles significatives contrastent le tout : "Don't you see some men are ½ empty, See them ½ full of shit (...) Won't someone save the world ?".
Après un petit interlude, le CD se termine sur une ballade, chose rare sur ce CD, mais pas gênante. All or None clôture calmement un CD assez brutal mais pas bruyant. Ce CD est n'est pas une énième évolution du groupe mais une révolution. La remise en cause d'un style devenu classique et la recherche de nouvelles sonorités pour se surprendre et surprendre agréablement le fan. Si l'on ne connaît pas le groupe, ce CD risque d'en braquer beaucoup : en effet, il n'est pas significatif du style alternatif du Pearl Jam des années 90. C'est tout de même un excellent come-back et pour moi le meilleur album de la formation qui joue enfin sur la voix et les sons de façon significative.

Pearl Jam est originaire de Seattle, ville connue pour avoir donné naissance à la mouvance grunge et Rock Alternatif. Pearl Jam entretient une grande amitié avec les formations suivantes : Tool, Soundgarden, Rage Against The Machine, Alice In Chains, Nirvana pour avoir commencé dans la même galère avec les même idéologies : le rock pour ne pas se plier au mercantilisme patriotique américain. Ces groupes ont souvent joué ensemble dans des concerts à leurs débuts. Rapidement Nirvana a fait bande à part, sous prétexte d'être le véritable groupe grunge. Néanmoins, Vedder et sa bande ont été très touché par la mort de Kurt Cobain, ainsi que par la récente disparition de Layne Staley.

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