Orphaned Land : le metal en signe de réconciliation

/ Article - écrit par Guillom () et Julie.TB, le 23/01/2014

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Devenus au fil des années les fers de lance du metal oriental, les Israéliens d’Orphaned Land surprennent par leur démarche philosophique. Chez eux, point de « paroles  sataniques », pour reprendre la remarque du bassiste Uri Zilha, mais des textes en faveur d’une plus grande amitié entre les peuples, au sein d’une musique marquée par le multiculturalisme. Krinein.com a rencontré Uri Zilha et le tout nouveau guitariste du groupe, Chen Balbus, à l’occasion de leur tournée européenne en compagnie des Palestiniens de Khalas. Portrait de groupe.

 

© Orphaned Land, Brother 

Fils d’une terre orpheline, peut-être le sont-ils. Mais en matière d’influences musicales, le qualificatif est, pour sûr, hâtif et malavisé les concernant. Bercés dans leur enfance par les rythmes orientaux de leur Israël natale, les cinq musiciens d’Orphaned Land ont en effet forgé leur amitié autour d’une passion commune pour un genre plus hétérodoxe : le heavy metal.

Uri Zilha – « J’ai  découvert  le  metal  à  14  ans,  en  lisant  les  articles  sur  Iron  Maiden  qui paraissaient  dans  les  journaux.  On  les  y  qualifiait  de  satanistes.  Et  curieusement,  cela  m’a beaucoup intrigué ! Je me suis dit : « écoute donc, cela n’a pas l’air mal du tout ! » Depuis, je vis au rythme du metal. »

Chen Balbus – « Cela s’appelle… Le coup de foudre ! »

Uri Zilha – « Il faut dire que c’est une musique que les fans portent en eux. C’est un genre que l’on épouse complètement, sans quoi on s’en détourne nécessairement au bout de quelques années. En tous cas, pour ma part, le metal restera toujours en moi. »

Une double appartenance viscérale que Kobi Farhi, Yossi Sassi et Uri Zilha, les trois fondateurs encore présents au sein du quintette, avaient volontairement reléguée à leurs débuts au profit d’un death metal musclé, entraîné par la voix rauque du chanteur et les riffs agressifs des guitaristes.

Quand le death se fait oriental

Mais après 22 ans d’une existence discrète et loin d’être démesurément prolifique, c’est une musique hybride, à mi-chemin entre ces identités diverses, que délivre Orphaned Land. Dans chacun de ses albums, la formation israélienne fait de la force des lignes de basse et de la puissance de la batterie un terrain propice à la déclinaison d’accords orientaux, portés par des instruments traditionnels et des chœurs venus tout droit de la musique classique.

A la mesure d’un arbre aux solides racines et aux ramifications chatoyantes, le dernier opus All is one offre une synthèse aboutie de ce lent processus de maturation, qui a propulsé Orphaned Land au rang de premier groupe de heavy metal oriental, au sein d’un univers musical encore massivement détenu par les formations scandinaves ou américaines. Une transition, issue d’expérimentations totalement fortuites, qui sonne comme une évidence aux yeux du bassiste.

Orphaned Land : Uri Zilha parle de l'évolution musicale du groupe

Et le nom était Orphaned Land

Fils d’une terre orpheline, les metalleux israéliens le sont avant tout devenus pour répondre à leur nouvelle signature musicale. Né sous la dénomination de Resurrection en 1991, le groupe phare du heavy metal au Proche-Orient a découvert son véritable nom sur de simples pochettes de vinyles où étaient inscrites les paroles de chants traditionnels hébreux. Une réappropriation, mise au goût des standards internationaux, suprématie de l’anglais oblige, qui a signé l’envol d’Orphaned Land au sein d’un style musical toujours confidentiel en Israël.

Orphaned Land : Uri Zilha raconte l'histoire du nom du groupe

Un message à destination de l’Homme

Mais, au-delà du parti pris musical, Orphaned Land sort surtout des chemins estampillés « metal » par sa démarche philosophique. Sensibles aux ravages provoqués par le conflit israélo-palestinien sur la population civile, les musiciens, tous co-auteurs des paroles, s’attachent à faire de leurs mélodies un trait d’union entre les peuples. Ils y défendent la possibilité d’un vivre-ensemble, au-delà des divergences galvaudées par les médias ou les politiques.

Chen – « Nous  voulons  prouver,  à  travers  notre  musique,  qu’il  est  possible  de  vivre  en  harmonie. C’est  d’ailleurs  ce  que  signifie  le titre  de  notre  album,  All  is  one. Peu  importe ce que disent les médias et les politiques à ce propos : nous sommes tous égaux. Et la seule chose dont nous ayons besoin pour vivre, c’est la paix, pas la guerre. »

Uri – « C’est  notre  histoire  personnelle,  et  notre  lieu  de  naissance,  qui  expliquent  cette démarche.  Il  nous  semble  normal  d’intégrer  à  notre  musique  les  questions  sociales  qui déchirent le Proche-Orient. »

Orphaned Land : Chen Balbus et Uri Zilha discutent sur leur message

Main dans la main avec la Palestine

C’est dans cet esprit de rassemblement que les membres d’Orphaned Land ont quitté en septembre dernier le Proche-Orient pour une tournée européenne aux côtés du groupe palestinien Khalas. Avant eux, seuls le pianiste israélo-argentin Daniel Barenboïm et l’écrivain palestino-américain Edward Saïd avaient tenté de fédérer des jeunes musiciens israéliens et du Moyen-Orient autour d’un même projet artistique, en créant le West-Eastern Divan Orchestra, un orchestre symphonique qui se produit chaque été en Europe depuis 1999.

Accompagnés par deux formations françaises, Klone et The Mars Chronicles, les metalleux ont pour leur part rallié, en toute fraternité et sans aucune arrière-pensée politique, une cinquantaine de destinations à travers l’ancien continent. Simplement guidés par l’amitié et l’intérêt qu’ils portent aux projets musicaux de leurs acolytes, les deux groupes ont prouvé, pour reprendre la formule de Daniel Baremboïm, qu’« il est toujours possible d’accorder  son La à la même hauteur » que celui d’autrui… Même en étant Israélien et Palestinien.

Orphaned Land : Chen Balbus et Uri Zilha parlent de leur tournée avec Khalas

 

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