8.5/10Ol'Dirty Bastard - Nigga Please

/ Critique - écrit par Levendis, le 18/12/2003
Notre verdict : 8.5/10 - Oh baby I Like It Raw ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - laisser un commentaire

Dirty, you are a lunatic ! a f*cking lunatic...

Staten Island, quartier dur de New York, a vu, il y a plus de 10 ans déjà, l'émergence du collectif extraordinaire, le Wutang clan, qui a su révolutionner le HipHop en apportant un lot de rappeurs légendaires et cotés (à ce jour). Parmi ceux-ci, l'impayable Old Dirty Bastard qui apparaissait à l'époque comme un dément, aux yeux grand public, par sa façon de rapper tel un mort de faim. Celui-ci s'affirmait d'entrée comme une forte personnalité, complètement déjantée, et comme un artiste à suivre.
Et c'est vrai il faut bien se le dire Russel Jones, alias Ol' Dirty Bastard, est dingue, vraiment dingue. Pas le genre de dinguerie pour la posture et pour la promo que l'on connait, si courant dans le monde du HipHop. Non non ! il est résolument dérangé, voire bon a être enfermé (faut le dire justement le sieur sort fraîchement de soins psychiatriques et de desintox) et avec ce bagage de fou furieux, on pourra que le constater aisément à l'écoute de ses "délires musicaux" : un véritable voyage vers un monde chaotique et absurde. C'est bien cela, car le rap que Dirty nous sert n'est évidement qu'une "performance" loufoque,et complètement jouissif, digne des plus grand dadaïstes. Son art? Croiser des sommets megalo-egotripiens entremélées d'obsessions sexuelles et machistes typiques du rap, mais relevées ( et heureusement !) par sa personnalité absurde, et très poilante.

Un premier album coup de poing

C'mon ! baby C'mon...

Cependant revenons en arrière. En 1995 pour être précis, lorsque toute une génération était encore scotché par la puissance dévastatrice du premier opus du Clan, le gus, lui, nous arrivait, juste derriére, avec son album complètement barré : le foudroyant " Return of the 36 chambers", finissant de nous mettre K.O. Servi à la production par un R.Z.A en grande forme, on y voyait un Dirty, déchainé, sauvage et inquiétant, enchainait les morceaux totalement en roue libre. Cependant l'album resta très sous-estimé en raison de son coté déstructuré et carnavalesque qui le rendait inabordable pour les profanes; et cela malgré d'excellents titres tels que Proteck Ya Neck II The Zoo, Shimmy Shimmy Ya, ou encore Brooklyn Zoo (celui-ci fut, plus tard, superbement samplé par la charmante Alicia Keys). Ces titres eurent, heureusement, le privilège de rentrer, par la suite, dans les classiques du rap. Mais l'important ce fut qu'un (sacré) personnage, un artiste,voire un génie ait émergé, avec cette attitude typique de "rock-star" plein d'excès. Du genre incontrôlable (en permanence): Le bonhomme avait pour habitude, par le passé, de se torcher la gueule du matin au soir, ou encore de tenir des propos incohérents en plein concert sous l'emprise de substances illicites, voire d'être atteint de paranoia chronique (croyant que le FBI voulait sa peau) et bien entendu d'être un fieffé mégalomane (un de ses surnoms, suffisamment parlant, était "Big Baby Jesus"). Tout cela est assez révélateur de l'attitude barré de l'homme, et il faut bien se l'avouer( d'un certain coté )sans cela il n'aurait pas été l'artiste qu'on aime tant. Mais cependant on aimerait bien qu'il ne clamse pas en route, de ses excès, tel un Jimmy Hendrix car il a plein d'album dejantés a nous pondre a nous autres fans égoistes ; comme justement...

L'album de la confirmation

Big Baby Jesus, I'm rolling with you...

Dirty, sortant du mitigé " Wu Tang Forever", second album du Clan et de leur tournée, préparait son second album tout en faisant quelques piges de luxe sur les albums de ses compères voire de diva en chute libre (cf. le "fantasy remix" de Mariah Carey) pour garder la main. Ce second album débarqua rapidement en 1999, et on le sentit tout de suite plus nuancé et plus classieux que le premier; malgré tout il est toujours vu, par la plupart des fans, comme étant en déça par rapport au premier, plus direct et sans calcul. C'est cependant ce coté "brut de fonderie" qui ne plaidait pas en sa faveur, et qui n'avait pas apporté l'énorme succès escompté, à la difference du second plus varié (vu que divers producteurs étaient sur le coup : Neptunes, Irv Gotti,Buddha Monk True Master et bien sur RZA). Au niveau des instrumentaux et du style, cela se ressent assez bien car Dirty, ici, est plus zen (toute proportion gardée bien entendu), plus lyrique et plus libre d'exprimer toute les facettes de son immense talent. Sa faculté, monstrueuse, de jongler avec sa voix scotche n'importe quel auditeur, qu'il rap de façon hardcore, qu'il éructe comme un satyre voire qu'il chante tel un crooner sous crack, on reste toujours époustouflé par sa performance. Aussi l'écoute des titres suivants finira de vous en convaincre car....
Si la folie furieuse est la marque déposé du sieur, on aurait pu, ici, penser que d'entrée il nous aurait blindé par un son bien bourrin, dont il a le secret, qui nous aurait pris au tripes. Mais là rien. Car le titre Recognize, qui ouvre l'album, n'est qu'un petit délire de pur égotrip dancefloor (productions Neptunes oblige) servit par trois showmen confirmés et l'on voit se succéder l'intro débile du comique Chris Rock, bateleur vendant la marchandise "ODB" , suivit de prés par le rap, très funky, de Dirty; tout cela servi au refrain par l'incontournable Pharell Williams sussurant, d'une voix suave, comme à son habitude ses lyrics. Puis, par la suite, les choses sérieuses commencent vraiment par l'enchainement non-stop de titres démentiels où ODB nous dévoile toute les palettes de son ENORME talent. Dans ce flot sonique on pourra ressortir le monomaniaque I Can't Wait, un titre posé sur un beat ultra rapide, que Dirty répète tel un mantra,jusqu'a saturation, et sa voix finit même par avoir une certaine ressemblance avec celle de Niluge du monde de M. Fred ! Un vrai délire à l'état brut. Aussi on ne peut faire l'impasse sur les obscessions du sieur pour la gent féminine sur l'improbable et alcoolisé I Want P***y ainsi que le geignard et dépravé You Don't Want To F*ck With Me; où l'on sent bien, à travers ces titres, que Dirty transpire l'obsédé sexuel, et fier de l'etre, circulant en imper crado, à la poursuite de demoiselles affolées.
Mais tout homme en rut qu' il est, il sait aussi avoir de la classe quand il se permet de faire des reprises étonnantes et fendantes de classique de la chanson américaine, comme le Cold Blooded du fantasque Rick James où Dirty s'essait, avec bonheur, au funk psychédélique (écoutez-le sussurer les paroles, c'est un vrai régal). Et pour enfoncer le clou, il se mettra aussi à jouer le crooner cocaïné avec le classique Good Morning Heartache de Billy Holliday, en compagnie de la charmante Lil Mo. Un délice pour ceux qui adorent les expériences musicales cocasses. L'incontournable et célèbre Got Your Money, en duo avec l'explosive Kelis, suit obligatoirement. Un titre qui vous fera remuer de la tête, dès les premiers accords, de par son refrain entétant capable de vous amener sans tarder sur la piste de danse. On peut le dire sans honte, voila du R'n'b cosmique comme on aimerait bien en voir plus souvent.
Le reste des titres semblent, pour leur part, flirter avec l'esprit 'freestylitique' du premier album (surtout observable avec les titres Cracker Jack, et son répétitif refrain "C'mon B*tch", l'autoportrait crade et si parlant Dirt Dog, et enfin All Together Now et Rollin' Wit You où Dirty retrouve sa verve et son phrasé mitraillette d'antan).

En conclusion voilà le genre d'album pour ceux qui veulent un hip-hop différent de ce qu'on leur offre habituellement; une expérience et un univers à découvrir sans tarder par la richesse des sonorités et pour l'immense talent et l'humour de ce rappeur déjanté.

PS : Le sieur, n'ayant plus de label, vient de signer récemment sous pavillon Roc-A-fela du fraichement "retraité" Jay-Z. Aussi il compte entreprendre une nouvelle voie dans sa carrière; en collaborant particulièrement (et de nouveau) avec les Neptunes sur leur récent album et bien sur le sien. Aussi il a, par la même occasion, changé de pseudonyme, eh oui !, maintenant faut-il l'appeler Dirt McGirt. Où va-t-il chercher ces surnoms à dormir dehors ? :)

Titres incontournables : Got Your Money, Recognize, Nigga Please, Rollin' Wit You & I Can't Wait (pour le délire)

Les Titres :

1. Recognize (Feat. Chris Rock &The Neptunes)
2. I Can't Wait
3. Cold Blooded
4. Got Your Money [Hey Dirty] (Feat. Kelis)
5. Rollin' Wit You
6. Gettin' High (Feat. 12 O'Clock, LA The Darkman, & Shorty Sh*t Stain)
7. You Don't Want To F*ck With Me
8. Nigga Please (Feat. The RZA)
9. Dirt Dog
10. I Want P*ssy
11. Good Morning Heartache (Feat. Lil' Mo)
12. All In Together Now
13. Cracker Jack

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