8/10Pouchkine, un 5 titres inspiré d'Odezenne

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 04/10/2019
Notre verdict : 8/10 - Poétiquement vôtre (Ecrivez votre critique)

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En septembre sortait un 5 titres d'Odezenne. Retour sur cet EP avant de les découvrir en concert

Revenons aux fondamentaux, Odezenne est un groupe bordelais qui s’est principalement fait connaître sur les réseaux sociaux et a sorti 4 beaux albums en dix ans. L’œuvre qui nous occupe aujourd’hui n’est pas un album mais un EP de 5 titres nommé Pouchkine, du nom du célèbre poète russe. Et vu notre connaissance du poète comme de l’œuvre globale d’Odezenne, on évitera de se poser la question du lien entre les deux.

Le message derrière Bleu fuchsia qui ouvre l’album est plus clair : ce bleu fuchsia est le bleu de travail, celui qu’on met au marché de Rungis, le monde des transpalettes, des ongles noirs, le monde comme le dit le refrain où « le ciel est triste » et l’on « trie des pommes ». Ça tombe bien, Jacques, l’un des deux chanteurs, a bossé à Rungis ; il sait de quoi il parle. La musique d’Odezenne est parfaitement au diapason du thème du morceau : les nappes lancinantes et la voix à la traîne donnent l’impression de baigner dans cette atmosphère de fin de nuit/de petit matin, une atmosphère tranquille mais où l’on sent que le bruit et la fureur de la journée, matérialisées par la batterie, sont en passe d’occuper l’espace.


DR.

Le reste de l’album est plus énigmatique avec des références évidentes mais éparses. On y évoque l’amour, la sexualité, la rupture, la mort. Ou plutôt c’est ce que le modeste chroniqueur que je suis a vu parce que certaines paroles sont sujettes à toutes les interprétations : “Le compteur pompe le sang/Il tourne en continu/Mon corps est contenant/Mon âme est contenue/ Et compte tenu des ans/Je me suis bien tenu” (Matin). Il faudrait sans doute tirer ouvrir tous les tiroirs, tirer toutes les ficelles sémantiques pour tresser un sens aux paroles de Pouchkine. Mais l’essentiel est ailleurs : il se situe plus dans les atmosphères que construit Odezenne au long de ces 16 minutes. La musique de Matin qui reflue comme les vagues, sa lourdeur un peu évaporée nous évoquerait ainsi un étrange sentiment d’outre-monde comme si les chanteurs habitaient un ailleurs lointain. Salope d’amour, peut-être à cause de son titre, semble parvenir à mélanger le côté cotonneux, enfumé avec une certaine sensualité : pour être plus exact, les aspects douillets et brumeux d’Odezenne engendrent souvent une sensation de lascivité charnelle qui donne envie de danser avec luxure. On retrouve cette lascivité lumineuse au début de Pouchkine qui semble, au fur et à mesure que le morceau avance, se transformer en un mélange d’amour et de tristesse, comme un départ, un oubli, un adieu. Cette séparation se poursuit dans les premières mesures du dernier morceau, Delta, beaucoup plus rythmé que le reste de Pouchkine. Plus rythmé, plus percutant, Delta dépare un peu du reste de l’album mais le clôt sur une note incisive, contondante comme si Pouchkine devait se terminer à l’image du poète éponyme, mort dans un duel.

Odezenne est actuellement en tournée : toutes les dates sur www.odezenne.com/tour

À noter la belle date au Zénith le 17 octobre 2020, seule date sur l'année !

Et l'EP est dispo sur http://go.odezenne.com/Pouchkine-EP

En écoute Bleu fuchsia

La critique en 140 caractères :   Lancinant et cotonneux, Pouchkine nous prend et nous emmène dans le monde énigmatique d’Odezenne avec en point d’orgue l’entêtant Bleu fuchsia

Odezenne - Pouchkine
01. Bleu fuchsia
02. Matin
03. Salope d’amour
04. Pouchkine
05. Delta

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