Emmené par les deux méga-hits Just a girl et Don't speak, Tragic kingdom marque la découverte et la consécration de No Doubt, ne laissant par la même occasion aucun doute sur leur talent. Venu d'Orange County, une banlieue de Los Angeles, le groupe possède une énergie et une créativité que peu arrivent à égaler. No Doubt fusionne les genres et joue un mélange de ska, de rock, de pop et de punk. Les titres sont diversifiés, entraînants, rythmés et mélodiques, et tout le monde y trouvera son compte. De plus, avec un leader de la trempe de Gwen Stefani, chanteuse bondissante et survitaminée au look de Barbie, il n'y a qu'un pas vers la gloire.
No Doubt ne se limite tout de même pas à sa seule chanteuse et s'il a réussi à percer c'est aussi grâce à un excellent sens musical. En effet, on a oublié au vu des derniers albums que les musiciens étaient doués. La section rythmique est incroyable entre des lignes de basse parfaites et une batterie totalement maîtrisée qui nous laisse abasourdi lors de la dernière piste. Le guitariste est loin d'être manchot et l'on entend par-ci par-là des sons de clavier ou de trompette du meilleur effet. En plus du physique, Gwen Stefani possède aussi la voix, très nuancée, tantôt puissante, mélancolique ou aguichante. Et lorsque tous ces éléments s'emboîtent parfaitement on obtient un album hors norme qui résiste à l'air du temps.
Tragic Kingdom c'est avant tout une grosse dépense d'énergie sur des titres à la fois entraînants, festifs et mélodiques où l'on perçoit la plupart du temps un fond mélancolique. Dur de savoir par quel bout commencer pour parler de cet album tant tous les morceaux sont quasiment des hits en puissance, comportant tous ce petit truc qui nous les laissent incrustés au fond du crâne. Meilleur exemple de cette fusion des genres, Spiderwebs ouvre l'album et arrive à séduire aussi bien les fans de ska par son ouverture et son outro que ceux de punk soft lors du refrain péchu et entêtant. Voilà le parfait exemple du titre diablement efficace, rythmé et mélodique, qui annonce une suite encore meilleure, ce qui arrive par ailleurs. Parlons d'abord des hits qui ont lancé le groupe, à savoir Just a Girl et Don't speak, parfaits dans leur genre. Just a girl est le parfait single rock, possédant tout ce qu'il faut là où il faut : une énergie communicative, des paroles faciles et sympathiques, un riff reconnaissable entre mille et une mélodie au synthé qu'on n'est pas près d'oublier. Toujours un must sur le dancefloor. Don't speak est à l'opposé une superbe ballade, douce et triste, qui ne se raconte pas mais se vit. Assurément le titre le plus calme de l'album.
Tragic Kingdom ne se limite pas à ces trois singles et possède de nombreux autres atouts. De Excuse Me Mr à Sunday morning, c'est une avalanche de hits qui nous tombent dessus, toujours entraînants avec leurs rythmes punk et leurs sens mélodiques développés. Excuse Me Mr séduit par son ton rentre-dedans où la batterie très mise en avant assure le plus gros du boulot, tout comme dans Sixteen, même s'il ne se révèle pas aussi accrocheur. Happy now, Different people, Hey you et Sunday morning sont également réussies, toujours bien pensées et musicalement riches grâce à des soli, à l'utilisation de trompettes ou de claviers et à une voix qui connaît le sens du mot nuance.
Toutefois, quelques titres tranchent un peu avec l'ambiance générale de l'album. The climb est plus posée et mélodique, à la construction plus recherchée mais pas toujours du meilleur effet dans sa deuxième partie. On découvre avec You can do it les influences disco du groupe qu'il ne tardera pas à appliquer dans leurs prochains albums et World go round, très classique, ne ressort pas au milieu des autres tubes.
On se rapproche doucement mais sûrement de la fin du disque et c'est le moment d'écouter End it on this. On retrouve le No Doubt énergique amateur de rock et de belles mélodies qui nous gratifie d'un ton plus sombre que d'habitude qui prend son ampleur lors d'un joli solo et surtout d'une belle outro plaqué sur le refrain. Rien de tel pour introduire LE titre de l'album : Tragic Kingdom, petit joyau sorti d'une autre planète. Le morceau est parfait, sombre, construit comme une spirale dans laquelle on s'enfonce pour ne plus pouvoir ressortir. C'est techniquement et émotionnellement impeccable, comportant une ligne de basse parfaite, une guitare magnifique, un chant remarquable et surtout une fin qui nous laisse totalement pantois devant une telle énergie et une rythmique si explosive.
Tragic Kingdom restera comme le sommet du groupe sur le plan artistique. Comportant quelques titres incroyables comme Don't Speak et Tragic Kingdom qui méritent le détour à eux seuls, l'album est ce qui se fait de mieux en matière de fusion punk, pop et ska. On regrettera juste quelques titres un ton en-dessous et une guitare trop en retrait pour l'amateur de gros son. Mais ne pinaillons pas et réécoutons encore une fois les compositions entraînantes de ce groupe encore meilleur en live. Il faut voir les concerts de folie de la grande époque pour se rendre compte de ce qu'étaient No Doubt et Gwen Stefani sur scène. Malheureusement le temps est passé par là...
weirdkorn []

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