9.5/10The Nightwatchman - One Man Revolution

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 15/01/2009
Notre verdict : 9.5/10 - Quiet against the machine (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Quel est le comble pour Tom Morello ? Etre de gauche et changer tout ce qu'il touche en or. Un album parfait du début à la fin.

Tom n'attend pas !
Tom n'attend pas !

Rage Against The Machine est l'un des groupes cultes des années 90. Le succès de Rage Against The Machine tient d'abord à leur musique, un mélange rap/metal détonnant. Mais aussi à un engagement politique d'extrême gauche marqué. On pourrait même dire qu'ils ont largement contribué à repopulariser l'image du Che dans le monde entier. Cet engagement est né de la rencontre entre les deux leaders du groupe, Zack de la Rocha (chanteur) et Tom Morello (guitariste). Zack notamment est connu pour son soutien à la mouvance zappatiste, aux indiens de Chiapas, à Leonard Peltier ou à Mumia Abu-Jamal. De son côté, Tom Morello s'est lui aussi engagé dans la politique assez tôt. Il a ainsi été assistant au gouverneur avant de quitter la "Machine" étatique étatsunienne. Son père, d'origine kenyanne, s'est battu contre les colons britanniques et son grand-oncle a été le premier président élu au Kenya. Autant dire qu'il a baigné dans un environnement propice ! A la séparation du groupe en 2000 et le départ de Zack, Morello montera avec ce qui reste de Rage Against The Machine et Chris Cornell (ex-Soudgarden), Audioslave, pas franchement orienté politiquement. Du moins pour le premier album, car la suite montrera une certaine volonté de prendre position avec notamment un concert à Cuba, le premier pour un groupe étatsunien ! La dissolution d'Audioslave en 2007 et la reformation de Rage Against The Machine la même année changent la donne pour Tom Morello. C'est aussi l'occasion pour lui de sortir un premier album solo, One Man Revolution, sous le nom de The Nightwatchman.

The road I must travel

Une guitare supersonique
Une guitare supersonique
Dès la pochette, le ton est donné. Tom Morello est là, avec son éternelle casquette et une guitare acoustique. The Nightwatchman n'est pas une resucée de Rage Against The Machine, comme le fut Audioslave à ses débuts. S'il fallait le qualifier, le ranger quelque part, il irait plutôt dans la partie folk. On découvre un Tom Morello à la voix rocailleuse qui aurait troqué la rage contre une quiétude salvatrice. La guitare de Morello dans Rage Against The Machine était l'une des marques de fabrique du groupe, reconnaissable entre mille grâce à ses effets hallucinants. Dans The Nightwatchman, c'est tout le contraire : la guitare se défait de ses atours électriques et épouse la voix de Morello sur cet album aux univers variés, oscillant entre délicatesse et tension retenue. One man revolution se complait aussi bien sur les rivages d'une folk brumeuse (California's dark) que sur la verte Erin chère aux Pogues (The road I must travel), visite autant les paysages américains suant la country-folk (Union song) que des territoires éthérés où les notes naissent, vivent et disparaissent en laissant une trace évanescente (The garden of Gethsemane). Ce qui nous démontre, mais en était-il besoin, que Tom Morello sait manier parfaitement son instrument et le faire prendre des chemins qu'on n'aurait peut-être pas imaginé.

Let Freedom Ring

Le voilà ! Superman !
Le voilà ! Superman !
Ce qui étonnera plus le curieux, amateur de Rage Against The Machine, c'est la belle voix de Tom Morello, pas franchement mise en avant dans le groupe culte. Elle se révèle chaude et agréable et colle parfaitement au style de l'album. A l'instar de la musique, elle sait se faire veloutée ou rude, vaporeuse ou terriblement présente. Cette voix et le songwriting efficace de Tom Morello font que certains titres reviennent inlassablement à l'esprit : One man revolution, The road I must travel ou Battle hymns touchent profondément l'oreille et le cerveau. Mais le cerveau s'enchante encore plus à l'écoute des paroles de One man revolution. Avec un titre pareil et le passé de Tom Morello, on pouvait s'attendre à un album politisé, marqué par les luttes du guitariste. Ainsi, Tom Morello n'oublie pas d'écorcher la politique américaine évoquant sur House gone up in flames les sacs de corps le long du Rio Grande, sur Battle hymns les soldats qui reviennent d'Irak en chevauchant des cercueils et dressant, sur No one left, un parallèle entre Manhattan et Baghdad rappelant bizarrement le Manhattan/Kaboul de Renaud et Axelle Red. Il va même jusqu'à titiller la religion rappelant que Jésus, Marie, Joseph et les Apôtres étaient noirs. So shocking ! Mais ce que semble attendre Tom Morello au long de cet album, c'est ce fameux jour J où les nuages noirs s'amoncelleront dans le ciel (The dark clouds above), où les feux brûleront dans le parc (California's dark) pour une révolution.

Avec One man revolution, Tom Morello est là, avec sa guitare en bandoulière et marche sur une route de luttes dont il ne voit pas la fin (The road I must travel). Mais il nous assure qu'il ne retournera pas sa veste, qu'il ne se courbera pas et qu'il sera toujours avec le fermier endetté et le cireur de chaussures, avec les travailleurs de l'automobile (un sujet étrangement contemporain pour un album paru en 2007) et les paysans du Guatemala, avec tous les sans-nom écrasés par la machine. Until the end.

The Nightwatchman - One man revolution

01. California's dark
02. One man revolution
03. Let freedom ring
04. The road I must travel
05. The garden of Gethsemane
06. House gone up in flames
07. Flesh shapes the day
08. Battle hymns
09. Maximum firepower
10. Union song
11. No one left
12. The dark clouds above
13. Until the end

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