8/10mYpollux - Trouble Amarante

/ Critique - écrit par Danorah, le 20/06/2005
Notre verdict : 8/10 - Pop-core... (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

mYpollux... Ce nom vous est sans doute encore inconnu, à part peut-être pour les fans de Pleymo, qui n'auront pas manqué de remarquer que mYpollux est le gagnant du concours Rocksound/Pleymo et qu'à ce titre il a eu le privilège d'assurer la première partie du groupe au zénith de Paris, fin 2004. Mais l'aventure a commencé bien plus tôt pour les quatre musiciens qui composent mYpollux. Depuis sa formation en 2001, ils ont écumé les salles de concert, et leur travail commence enfin à porter ses fruits. Le premier album, sorti en octobre 2004, est intitulé Trouble Amarante, et n'a pas fini de triturer vos oreilles.

mYpollux, c'est de la pop-core... Un terme qui a de quoi laisser perplexe, voire dubitatif pour certains, mais qui prend tout son sens à l'écoute de Trouble Amarante. Rien de vraiment pop sur cet album, si ce n'est peut-être la présence d'une jolie chanteuse et d'une ou deux mélodies un peu faciles (et encore...). Ce qui frappe surtout, c'est le côté extrême et sans concession des compositions ; ne vous attendez donc pas à des chansons ultra conformistes et convenues, vous n'en trouverez pas. La musique de mYpollux n'est pas évidente, elle se fait même plutôt délicate à apprivoiser, risquant de dérouter l'auditeur à la première écoute. Ce n'est pas pour autant qu'elle est inintéressante, bien au contraire.

Misant sur les contrastes, Trouble Amarante oscille constamment entre puissance et fragilité, agressivité et douceur, enfance et maturité. L'enchaînement le plus représentatif de ce parti pris est sans doute celui des titres Toc toc et Grage : tandis que le premier se fait l'écho de l'introduction (Toc) et fait figure de petite comptine où seul le sage contrepoint d'un piano soutient une voix et des paroles presque enfantines, le second débute par les cris déchirants de la chanteuse, Lussi (à vous glacer le sang, vraiment) et s'achève par les rugissements de 2TH, invité pour l'occasion - avec entre les deux une mélodie glauque et étouffante. L'effet est proprement renversant.

Résolument rock (voire parfois metal), les instrumentations se marient étrangement à la voix, tantôt caressante, tantôt agressive, de Lussi. On peut citer à titre d'exemple ce qui représente indubitablement la chanson phare de l'album, Madame est tranquille. Basse très présente et rythmée, refrain puissant et accrocheur, rythmiques intelligentes, voix pleinement maîtrisée, diction quasi parfaite, tous les ingrédients sont réunis pour faire de Madame est tranquille une composition au caractère bien trempé et sans défaut majeur. Composition qui fait suite à un autre titre marquant de l'album : Leïloqô. Sorte d'ovni musical, mélopée psalmodiée dans un langage imaginaire, Leïloqô se veut envoûtant, et aurait sûrement atteint son but s'il n'était pas tombé dans l'excès de zèle : à trop se faire ballotter aux limites de l'atonalité, l'auditeur perd ses repères et attend vainement que ces harmonies étranges et tendues daignent se résoudre dans des accords moins déroutants pour l'oreille. On notera tout de même l'apparition sur ce titre de El Butcho, le chanteur de Watcha, dont la voix, quoiqu'un peu trop discrète, accompagne admirablement celle de Lussi.

Les autres titres de l'album s'inscrivent dans la veine de Madame est tranquille, avec plus ou moins de réussite : si le refrain de Nuit blanche ne convainc pas vraiment, on retiendra le sombre et torturé Lapsus, ainsi que la dynamique et amusante Chanson pour Mars-aile. La diction française très particulière de Lussi participe énormément à l'identité musicale du groupe, qui se trouve par conséquent fort amoindrie lorsque celle-ci chante en anglais (I don't care, Grage). Notons que cette diction, relativement lente dans les premières chansons de l'album, s'accélère dans les deux derniers titres, L'éclat et Eclipse de sommeil, tout en parvenant à rester propre et compréhensible. Lussi est dotée d'une voix à la personnalité très typée et aux multiples facettes, rappelant parfois celle de Björk (écoutez la fin de Leïloqô si vous ne me croyez pas) ou encore celle de Jorane. Quant aux qualités techniques des musiciens, elles se font sentir tout au long du disque et révèlent un fort potentiel, auquel il ne manque peut-être qu'un peu d'audace, de même qu'à la production, pour s'affirmer pleinement. Trouble Amarante ne s'essouffle donc pas sur la longueur, et offre même une jolie coda, (Si je m'endors), qui clôt l'album sur une note d'apaisement, grâce à un decrescendo progressif et à l'extinction graduelle de la voix de Lussi. Peut-être cette outro aurait-elle simplement gagné à être un peu plus courte...

Toujours est-il que mYpollux nous fait part d'un premier album aux sonorités et aux compositions recherchées et matures, qui laissent présager le meilleur dans les années à venir, pour peu que le groupe parvienne à maintenir sa musique hors des sentiers battus, sans pour autant la laisser dériver vers un hermétisme rébarbatif. Gageons que les quatre complices (avec un nouveau batteur qui viendra remplacer Max) seront prêts à relever le défi.


mYpollux - Trouble Amarante
01. Toc
02. Nuit blanche
03. Trois petits points
04. Lapsus
05. I don't care
06. Leïloqô (feat. El Butcho)
07. Madame est tranquille
08. Chanson pour Mars-Aile
09. Toc toc
10. Grage (feat. 2TH)
11. L'éclat
12. Eclipse de sommeil
13. (Si je m'endors)

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