7.5/10Motörhead : la biennale du rock pur jus

/ Critique - écrit par athanagor, le 01/02/2011
Notre verdict : 7.5/10 - Le monde en basse (Ecrivez votre critique)

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A 65 ans (!), la plus vilaine et aussi plus emblématique gueule du hard-rock, qui fonda son groupe pour faire de la « musique basique, très forte, rapide, paranoïaque, du rock'n'roll de drogué… » nous permet de nous faire une idée de son état de santé : à l’écoute de cet opus, il s’avère excellent.

Il fut un temps où il importait de mettre une étiquette sur ce qu’on écoutait, pour pouvoir se démarquer les uns des autres dans la cour de récréation. En ce temps Motörhead cherchait son public. Trop speed pour être métal et trop chevelus pour être punk, ils ont réussi à donner une réponse originale à ce dilemme. Ainsi, depuis Ace of Spades, à la question : « c’est du punk ou du boogie-woogie ? » est venue la réponse : « c’est du Motörhead ! ».  Et c’est toujours le cas pour ce 28ème album.

Inutile de dire que ce dernier est pêchu. De toute façon chez Motörhead, on ne sait pas faire autrement. Mais est-il audible ?.. Là, par-contre, c’est trop subjectif. Alors, prenant comme hypothèse de base qu’on ait les oreilles formatées et assez résistantes pour s’y coller, est-ce un bon album ? Eh
DR.
bien oui. À l’instar du dernier Maiden, cette  production d’un autre groupe plus que trentenaire donne une foi toute nouvelle en la capacité des seniors du rock à se renouveler, et même à bonifier leurs interventions. Rappelant inlassablement les mêmes influences musicales, Motörhead fait principalement du rock sous amphétamine, dans un style à l’orthodoxie indiscutable. Les schémas musicaux se répètent comme issus tout droit du cahier des charges du rock : couplet – refrain – couplet – refrain – solo – refrain, et qu’ça poutre ! Dans cette application dogmatique des formules, certains morceaux, comme Outlaw, I know what you need ou Bye bye bitch bye bye ne percent pas l’horizon des événements et ne laissent en tête qu’un vague souvenir d’avoir tapé du pied.

Pourtant, selon le même schéma, d’autres titres ont véritablement fière allure. Ces morceaux ont principalement à leur actif des refrains diablement inspirés, à la construction mélodique bien plus fouillée que ce que l’apparence du groupe pourrait laisser croire. En premier lieu, Born to lose, qui ouvre l’album, avec une dynamique de grosse caisse à la limite de l’épilepsie, montre qu’on a beau faire du Motörhead, on arrive tout de même à se renouveler. Et que si, en plus, on peut avoir une qualité de production irréprochable, ce n’est pas plus mal. D’autres titres démontrent également cette capacité créative insoupçonnée. Devils in my head, Waiting for the snake ou I know how to die jouissent eux aussi de refrains leur octroyant un véritable relief. On sera aussi surpris par un Rock ‘n’ roll, qu’on pourrait croire être une incursion du groupe dans le pré carré d’AC/DC. Dans ce morceau, cet anti-religieux primaire de Lemmy en profite pour instituer le courant musical comme seule vraie religion. Et qui devant lui oserait le contredire ?

Au service de tout ça, il y a une régularité rythmique au cordeau, où il faut reconnaître la qualité de Phil Campbell, qui ponctue les titres de solos sauvages et inspirés, toujours selon les lignes directrices du rock. L’aspect musical est donc enthousiasmant, dans la droite ligne des habitudes du groupe, avec cette petite particularité qu’à Lemmy de doubler sa partie vocale sur les refrains. On regrettera néanmoins de ne pas entendre plus la basse plaquée du monstre, qui n’apparaît timidement que dans Waiting for the snake.

Les thèmes, quant à eux, lorsqu’ils ne tournent pas autour de la drogue et du sexe (et d’une pause autour d’une verre), sont majoritairement teintés de pessimisme.
DR.
Comme souvent, les chansons décrivent une société malade, dirigée par des psychopathes selon des codes que lui soufflent des dieux médiatiques. Se gardant bien de dicter des attitudes ou d’inciter à l’action, Lemmy pose surtout ses sujets comme des constats, pour susciter la réflexion. C’est tout le paradoxe de la musique de Motörhead qui prend ici sa dimension. Sur du boogie-woogie gonflé au punk, de la musique qui bouge, qui swingue, bref sur du festif, Lemmy nous écrase le moral à coup de talon. Et c’est dans les moments où cette ironie se tait que son talent prend sa plus belle ampleur. Ici, Brotherhood of men adopte un rythme sombre, aidé d’une voix caverneuse et linéaire qui donnaient déjà à Orgasmatron sa force tellurique inquiétante, à la hauteur de son sujet. De la dénonciation des figures tutélaires destructrices, on passe ici à l’observation de la société humaine, avec un mélange pesant de déception et d’abattement, se résolvant néanmoins dans un titre sublime.

Devant ce pessimisme, le choix semble alors être laissé entre un carapaçonnage encore plus épais ou une fuck you attitude généralisée. C’est ce dernier camp que semble avoir choisi Lemmy. Consommant alcool et femmes, il continue à sillonner les routes avec son groupe, ne s’arrêtant que pour enregistrer de nouveaux albums. Ainsi, il prêche la parole du rock auquel il a dédié sa vie et dont il peut se targuer d’être, d’une certaine façon, l’incarnation. À cela, on ne peut que témoigner du respect, et aussi, quand les albums sont aussi inspirés que celui-ci, un peu d’admiration.

 

Motörhead – The wörld is yours

01. Born To Lose
02. I Know How To Die
03. Get Back In Line
04. Devils In My Head
05. Rock ‘n’ Roll Music
06. Waiting For The Snake
07. Brotherhood Of Man
08. Outlaw
09. I Know What You Need
10. Bye Bye Bitch Bye Bye

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