9/10Modeselektor - Happy Birthday !

/ Critique - écrit par Dat', le 18/09/2007
Notre verdict : 9/10 - Bullet-time (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 7 réactions

Les deux allemands reviennent avec un disque jouissif, bourré d’invités prestigieux, de synthés cristallins et de basses à faire trembler les murs.

Quand un groupe allemand sort un disque sur le label d' Ellen Allien, BPitch control, référence électronique teutonne, avec tout les compliments de cette dernière, ce n'est pas rien. Quand on trouve sur le premier disque, Hello Mum !, un featuring (ravageur) de TTC, les franchouillards tendent les oreilles. Et justement, ce Hello Mum ! fait son petit bonhomme de chemin, avec son electro lourde, rentre dedans, dansante comme la mort...

Come On My Selektor 

Modeselektor
Modeselektor
Coup de projecteur inespéré, la voix de Radiohead, Thom Yorke, clame alors que Modeselektor est, à coté d'Autechre, son groupe favori. Il fait presque une demande express pour participer au prochain album du groupe, Happy Birthday !. Mais ce n'est pas le seul featuring (de luxe) : TTC rempile, les marionnettes des Puppetmastaz s'incrustent, sans oublier Maximo Park, Siriusmo, Apparat, le petit esprit malade d'Otto Von Schirach et le grand homme du reggæ Paul St Hilaire. Eclectique ? Oui, mais plus encore...

On ne va pas tergiverser 3 heures : si Hello Mum ! avait fait son petit effet il y a deux ans, il était quand même entaché d'une certaine lourdeur sur la durée, presque indigeste. Avaler le disque d'une traite relevait plus de l'exploit qu'autre chose. Hello Mum !, c'était un peu le Macdo du samedi soir. C'était bien gras, bien lourd, bien bon, on prenait un plaisir fou à le consommer n'importe comment, mais ça pesait drôlement sur les esgourdes au final.

Happy Birthday !, c'est pareil, mais avec une belle leçon de diététique entre temps. Modeselektor a toujours envie de remplir l'estomac d'une façon pas toujours adroite, mais il va forcer cette fois plus sur la forme que le fond. Ici, c'est l'enrobage qui file des maux de ventre : des feats en veux-tu en voila. Et des gros noms s'il vous plait. Et cela sur 18 titres... 18 titres de Modeselektor sur un même disque! On aura presque l'impression d'être une oie juste avant gavage au moment de poser la galette sur sa platine. Et pourtant. Les Allemand ont décidé de jouer les montagnes russes, d'alléger la formule, de diversifier leurs beats et de voyager à travers les styles.

Oh, ne tremblez pas, les fans de la première heure en auront pour leur argent. Godspeed, The Black Block ou l'imparable Déboutonner feat. Siriusmo déroulent leurs rythmiques de sauvages et leurs synthés bien crades, parfait pour perdre la tête dans un club enfumé. Ça tabasse dur. Dans le style, on se mettra à genoux devant Suckerpin, impériale, tout en progression, belle et rageuse dans le même mouvement, pour un final proche de l'explosion.

Modeselektor
Modeselektor
Mais Modeselektor va s'affranchir de cette ligne de fonctionnement, en tirant cette dernière dans l'extrême tout d'abord, avec Hyper Hyper sorte d'OVNI techno tuning, qui ferait vomir tous les bien-pensants si la montée du titre, sur plus de 3 minutes, n'était pas aussi jouissive. Voix d'outre-tombe d'Auto Von Schirach, basses presque « thunderdomesques », synthés façon Dance Machine, la mixture monte lentement, pour finir dans une trance énorme qui rend minable toutes les dernières compilations de tuning réunies. Si l'on met toutes ses considérations musicales de coté le temps de ce morceau, c'est juste le pied total. Surtout que ce titre, putassier en diable, succède au sublime Edgar, petite perle electro-pop, sautillante, guillerette, rêveuse, presque enfantine. La mélodie, la tenue et la beauté de l'ensemble tireraient presque des larmes de nostalgie au petit amateur de musiques électroniques en recherche de ritournelles simplement « belles et simples ».

"C'est la techno dans la cathédrale, c'est la rave party gothique, sort tes glowsticks, c'est le black metal !"  

Modeselektor
Modeselektor
Attention, Happy Birthday ! c'est aussi du hip-hop, étouffé dans les machines évidemment, avec deux groupes ayant acceptés de se faire chahuter pour le coup. 2000007 lancera TTC sur des terrains jadis foulés, avec une instrue toute cassée, bourrée d'aspérités en tout genre et d'éclats rythmiques. Reste que le morceau ne serait pas foncièrement marquant si Tekilatex ne posait pas un couplet de feu, sur des clavecins électroniques très grandiloquents, en lançant un déjà culte : « C'est la vengeance, c'est la punition, c'est la techno dans la cathédrale  / C'est la rave party gothique / Sort tes glowsticks /  C'est le black metal ! ». Quand aux futures célèbres marionnettes dégénérées des Puppetmastaz, elles dérouleront parfaitement leurs flows nasillards sur un The Dark Side of the Sun presque trop pimp pour le reste du monde.

On en parlait avec Edgar (le morceau, pas mon oncle catcheur), ce disque de Modeselektor, c'est aussi, et surtout, des titres à vous filer la chair de poule.

Le titre avec Thom Yorke évidemment, The White Flash, presque parfait, d'une grâce exceptionnelle, qui rivalise avec le meilleur de The Eraser. Ciselé à l'or fin, avec ces chœurs fantomatiques, ses éclats industriels et cette voix à vous arracher la colonne vertébrale. On frise la perfection. Quand à (I Can't Sleep) Without Music, il plonge les rockeurs de Newcastle Maximo Park dans une pop éthérée qui prend tout son sens sur sa moitié, avec son break de synthés complètement extatique, entre des Pet Shop Boys drogués et un Tepr des grands jours.

Modeselektor
Modeselektor
Les Allemands ont donc décidé d'injecter une dose de superbe dans leur disque, et Let Your Love Grow en est le meilleur représentant. Co-produit avec Apparat (qui a signé l'un des disques de l'année, autant le préciser) et avec Paul St Hilaire au chant, Let Your Love Grow est absolument sublime. Mais vraiment. Une basse énorme va vous frapper tout du long. Le chant vous enveloppe jusqu'à la lie. Mais le summum n'est pas là. Ce sont ces synthés, gigantesques, cristallins, planants, parfaits. Prenant la place d'une basse dub, ils résonnent, comme la mort, dans votre tête, vous pétrifiant par tant de beauté. Et l'on se rend compte d'une chose : on a là un morceau de dance, un vrai, mais ralenti au maximum. Modeselektor prend le Hit Machine, et passe le tout en slow motion, gardant des claviers lunaires et des basses tonitruantes. A tomber. LE morceau de Happy Birthday !, mais surtout un grand morceau tout court.

Et ce phénomène de dance au frein à main, on la sent partout dans tout l'album. Une grande partie des morceaux, accélérés, pitchés ou rehaussés, ou je ne sais quoi encore, auraient pu faire des excellents tubes dance pour feu Hit Machine. Mais des Bons. Des trucs qui enterrent Corona ou Masterboys à coups de pelle, et qui se permettent de cracher sur leurs cadavres en rigolant. Que ce soit le tonitruant Hyper Hyper, le sublime Let Your Love Grow, le bizarre Happy Birthday ou les perles (I can't sleep) Without Music et Edgar, on a toujours cette impression tenace :

Happy Birthday! de Modeselektor, c'est le meilleur du Dance Machine passé au bullet-time...


Modeselektor - Happy Birthday !
01.  Happy Birthday
02.  Godspeed
03.  2000007 (feat. TTC)
04.  Let Your Love Grow (feat. Paul St. Hilaire)
05.  Em Ocean
06.  Sucker Pin
07.  Edgar
08.  Hyper Hyper (feat. Otto Von Schirach)
09.  B.M.I
10.  The Dark Side of the Frog
11.  The Dark Side of the Sun (feat. Puppetmastaz)
12.  Déboutonner (feat. Siriusmo)
13.  The Black Block
14.  The First Rebirth
15.  The White Flash (feat. Thom Yorke)
16.  Late Check Out
17.  The Wedding Toccata Theme
18.  (I Can't Sleep) Without Music (feat. Maximo Park)

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