Regardez la pochette, juste au dessus... Prenez votre temps... C'est bon ? Oui ne paniquez pas, c'est une crise d'épilepsie. Voila. Respirez. Vous l'avez eu. On peut commencer maintenant. Non, parce qu'imaginez que la crise, après un coup d'œil malvenu, survienne comme ça, au milieu de l'article... on aurait l'air de quoi nous chez Krinein après ? Vous aller attendre aussi de finir le texte avant de feuilleter le livret ou (surtout) de fureter sur son site officiel, si cela ne vous dérange pas. Sauf si le LSD vous fait défaut et que vous voulez manger votre chat en poussant des râles gutturaux avec des yeux exorbités. Car le site est rempli de dessins du même acabit que l'artwork du dessus. (Et en plus, ça bouge et ça clignote de partout... pire qu'un clip de Prodigy entre 1992 et 1995 ! Si si c'est possible !).
Mais alors, qui est cette nana qui ose agresser les clients de la Fnac avec une pochette pareille ? Une Sri-lankaise / Anglaise qui avait sorti un album extraordinaire il y a 2 ans. Qui nous servait, sur des beats à faire trembler les murs, des textes à forte teneur politique. Un hip-hop electro monstrueux, aux basses ronflantes gigantesques, à défriser n'importe quelle colonne vertébrale (des colonnes frisées évidemment) Des parents activistes et rebelles pendant la guerre civile Sri-lankaise ? M.I.A en apposera le nom de son père sur le premier disque (Arular) et celui de sa mère sur cette deuxième livraison, Kala.
Et elle était belle la M.I.A, amazone sublime et naturelle se tortillant sur des rythmiques pachydermiques, faisant onduler sa chevelure noire sur des textes fustigeant les conflits armés et la politique internationale sans jamais tomber dans un pathos vomitif.
Voila qu'elle revient, deux ans après, avec une perruque bleue fluo et des lunettes de soleil pour sortir un deuxième album en grande pompe. M.I.A troquerait sa Kalachnikov verbale contre un mainstream dénué d'intérêt ?
Rupee !
Il faut se faire à l'idée d'un changement assez flagrant dans les sonorités servies par la miss (accompagnée à la prod par Switch ou Diplo sur certains morceaux). Les productions seront bien plus organiques que par le passé. Sur beaucoup de morceaux, les lignes crades se font remplacer par des percussions et autres sonorités plus world, sans en perdre le rythme endiablé. Les deux premiers « singles » précédents la sortie de l'album en sont les parfaits représentants. Birdflu est une avalanche de percus sur fond d'enfants donnant le « la » en chœur. Qu'une envie, participer à la transe collective en sautant dans tous les sens. Boyz est, elle, ahurissante d'énergie, avec ses beats sourds à percer les tympans, permettant au gimmick presque irritant de flinguer vos neurones, histoire de leur dire que la seule solution de survivre à ce morceau est de danser n'importe comment. Les paroles ultra répétitives finiront d'achever le tout, à coup de « How many no money boyz are crazy ? / How many boyz are raw ? / How many boys are rowday / How many start a war ?". Fatiguant. Mais jouissif comme la mort.

M.I.A (c'est ecrit)Le choc est donc bien violent quand on échoue sur la piste suivante, Jimmy, sorte de tube dance à la sauce Bollywood. M.I.A a passé pas mal de temps en Inde et cela se ressent sur le disque, mais l'entendre susurrer des « Jiiimmmmmyyyyy » sur une pop sucrée en traumatisera plus d'un. Apres une première réaction de rejet, on est obligé de s'agenouiller devant une production au petits oignons et des paroles qui en interpelleront plus d'un («Jiiiimmmmyyy / When you go Rwanda Congo / Take me on a genocide tour / Take me on a truck to Darfur / Take me where you would go ») . Une raison de plus de croire que M.I.A fait un peu ce quelle veut, quitte à apposer de la pop sucrée indienne au milieu de morceaux frisant la convulsion. Reste que les allergiques aux sonorités indiennes kitsch partiront en courant.
Alors on va remettre les choses en place avec un hip-hop grime de haute volée, Hussel, zébré par un clavier bien sale, et un rythme ramassé qui va accueillir le flow d'un certain Afrikan Boy. Le refrain est splendide, entre electro crasseuse et chœurs à vous vriller le cortex, sorte de tsunami synthétique qui ravagera le club assez fou pour passer un titre pareil.
Même compliments pour 20 Dollars, LE tube du disque. Titre extrêmement lent, avec une ligne de synthé emplissant tout l'espace disponible dans vos tympans, le tout pilonné par de grosses baffes bourrées d'échos. C'est tout simplement imparable. Je parie d'ailleurs 20 rupee que la mélodie est inspirée de Sandwiches des salaces Detroit Grand Pubahs. M.I.A déroule le tout tranquillement, pour imposer une piste de grande classe, une vraie tuerie, l'un des meilleurs morceaux qu'ait pu enfanter la demoiselle.

M.I.A ²Toujours dans l'efficace, façon Boyz , Kala renferme d'autres grosses bombes comme World Town, booty bass mutante et stridente, ou XR2 qui donne l'impression de vous parachuter dans une rave organisée en pleine jungle. On n'évitera malheureusement pas les écueils avec un Mango Pickle Down River bien trop mou et monocorde ou un The Turn un peu trop lourd et pâteux...
Mais Timbaland, le most wanted de la planète musicale passe par là pour la conclusion de l'album, Come Around, et pond comme à son habitude une vraie petite bombe, plus calme et moins électrique qu'à l'accoutumé, avec un refrain qui restera longtemps perché dans vos esgourdes... Une vraie petite réussite.
Bamboo Babou
M.I.A fait du M.I.A, en ouvrant un peu la recette. Fini les titres à 90% composés de grosses boucles vrombissantes à faire trembler les murs. On fait rouler les tambours. On tape sur les bambous. On brûle les oreilles à coup de percussions. Le disque plaira sûrement plus au grand public, étant plus frais, plus accessible, tout en restant brûlant et furieusement dansant. Physique. Torturé. Direct comme un uppercut et tortueux comme pourrait l'être toute prod touchée de près ou de loin par le talentueux Diplo. Certaines pistes vous ferront obligatoirement bouger automatiquement et inconsciemment, comme les bombes Boyz ou Come Around . On appréciera tout autant les plus expérimentales mais géniales pistes comme 20 Dollar et Hussel...Voir même la fausse niaiserie assumée de Jimmy.
Aucun grief donc ? Si. La spontaneité. M.I.A a clairement perdue de sa superbe. On la sentait brûlante, vindicative, explosive sur le petit chef d'œuvre qu'était Arular. Elle éructait, sautait dans tous les sens, crachant sa verve en traumatisant les tendres oreilles. On parlait de la guerre civile en jogging violet miteux et on en était fier. Ici tout est plus travaillé, plus cadré. Un coté pimp est même présent, pourtant pas indispensable. Les textes sont plus dissipés, plus légers. On parle plus de soi et de son style avec des phrases simples(istes) que de la situation du monde avec un ton acerbe. On ralenti un peu le tempo, on est moins dans la charge directe. Bénéfique, me diront les auditeurs circonspects du premier disque, presque harassant sur le long terme. Certes. Mais en se transformant en belle des nuits, la jolie amazone a perdu quelques plumes. Rien de grave cependant.
Car Kala est tout simplement un bon gros disque bien jouissif comme on en fait peu.
Maintenant vous pouvez vous risquer à aller voir le site officiel de M.I.A. (http://www.miauk.com/). Pour cela, privilégiez la posture couchée sur un canapé, pour éviter de vous ouvrir la tête en tombant lors des convulsions. Merci.
M.I.A - Kala
01. Bamboo Banga
02. Birdflu
03. Boyz
04. Jimmy
05. Hussel (feat. Afrikan Boy)
06. Mango Pickle Down River (feat. Wilcannia Mob)
07. 20 Dollars
08. World Town
09. The Turn
10. XR2
11. Paper Planes
12. Come Around (feat. Timbaland)
Dat' []

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