8/10Merzhin, à la poursuite du temps avec Des heures à la seconde

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 16/03/2014
Notre verdict : 8/10 - 3600 battements de cœur (Ecrivez votre critique)

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Merzhin continue ici son petit bonhomme de chemin et nous prouve qu'on peut se renouveler encore et toujours. Surtout quand on ne bénéficie pas de l'aveuglement des projecteurs médiatiques.

Et de 6, Des heures à la seconde est en effet le 6ème album des Bretons (what else ?) de Merzhin après Pleine lune, Adrénaline, Pieds nus sur la braise, Moon orchestra et Plus loin vers l'ouest. En parlant d'heures et de secondes, faisant le point nécessaire sur la durée : avec ses 12 titres, Des heures à la seconde dure sa petite quarantaine de minutes, durée semble-t-il devenue idéale pour un album avec des titres oscillant entre 2 et 3 minutes. Mais pourquoi parler autant de temps dans cette introduction ? C'est tout simplement que le temps, la durée semblent être les thématiques principales de cet album.

La vie est un éternel recommencement

Des heures à la seconde semble ainsi créer au fil des titres une vie humaine. En revendiquant le fait de faire Merzhin, à la poursuite du temps avec Des heures à la seconde
DR. Une histoire de temps
partie de l'humanité, le premier titre, Je suis l'homme, serait ainsi une allégorie de la naissance. Bande passante serait, toujours dans cette hypothèse, le cap des 40 ans (« on n'a plus 30 ans, c'est évident »), cet instant clé durant lequel on fait le bilan de sa vie passée en tremblant pour sa vie future. Un brin mélancolique donc. Encore plus nostalgique, Les heures vagabondes parle de « compteur qui tourne » comme si le temps qui avançait était finalement assez incompréhensible, sans but, sans finalité : dans le sens, comme dans le rythme, ce titre semble être le miroir de Bande passante, peut-être justement histoire de passer la ligne de démarcation, de sauter le pas et de traverser ce fameux miroir pour passer à un autre âge de la vie. Quand vient le silence se passe de commentaires dans ce contexte, d'autant plus qu'il est suivi par l'extraordinairement lente et triste Après l'écho qui sonne vraiment comme la fin d'une ère avant qu'une explosion soudaine semble tout remettre en cause : il est à noter qu'on retrouve ce thème de l'écho dans Je suis l'homme ; on peut ainsi voir Des heures à la seconde comme l'allégorie d'une vie qui serait un éternel recommencement, voire tout simplement d'une vie réincarnée. Ce n'est bien sûr qu'une rapide explication de texte qui ne s'appuie même pas sur la totalité des titres exposés dans Des heures à la seconde mais cela semble tellement évident au fur et à mesure des écoutes qu'on ne peut passer à côté... Il faut cependant noter que, de toute façon, le temps est le thème principal de cet album jusque dans la pochette qui montre des engrenages sur le visage d'un bébé.

Atmosphère étouffante parsemée d'instants punk

En ce qui concerne la musique, Des heures à la seconde se développe dans une atmosphère de plus en plus Merzhin, à la poursuite du temps avec Des heures à la seconde
DR. Click, clack
étouffante depuis l'assez classique Je suis l'homme jusqu'au superbe point d'orgue Après l'écho qui rampe, sombre serpent annonciateur d'une apocalypse tellement retenue qu'elle se déverse avec un certain bonheur dans les oreilles des auditeurs. Entre temps, on se sera enfoncé petit à petit avec la gentiment nostalgique Bande passante, la beaucoup plus triste Les heures vagabondes qui nous met la tête sous l'eau ou la berceuse désespérée et déboussolante La raison. Pourtant il faut reconnaître à Merzhin le talent de ne pas se contenter de développer cette tristesse, ce mal-être et de détourner souvent son chemin de ce qui semble être la colonne vertébrale de Des heures à la seconde. C'est ainsi que Dans ma peau envoie du lourd dans une rythmique punk et avec des paroles lancées à 100 à l'heure ou que Welcome circus semble mélanger road movie à pédale écrasée et univers du cirque, ça peut paraître bizarre mais c'est néanmoins ce qu'on ressent à l'écoute. Il faut aussi noter L'éclaireur qui est loin d'être la meilleure chanson de l'album mais qui fait une belle place à Manu, l'ex-chanteuse de Dolly de retour depuis l'année dernière avec La dernière étoile : l'ensemble Merzhin/Manu a finalement quand même une certaine gueule.

Après près de 20 ans de présence sur scène, Merzhin parvient à encore nous étonner et à se renouveler avec ce très sympathique album célébrant le temps qui passe, le temps qui nous fuit sans cesse et qu'on n'arrivera jamais à rattraper.

Point fort : une certaine idée du temps

Point faible : un tout petit peu loin d'un concept album

À découvrir, Je suis l'homme en version acoustique.

Merzhin – Des heures à la seconde

01. Je suis l'homme
02. Dans ma peau
03. L'éclaireur (feat Manu)
04. Bande passante
05. Welcome circus
06. Les heures vagabondes
07. Lignes d'horizon
08. La raison
09. Quand vient le silence
10. Le pantin
11. Après l'écho
12. Les indignés

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