Marcel et son Orchestre - Interview

/ Interview - écrit par Emeric, le 08/07/2004

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Interview de Marcel et son Orchestre

C'est après un set festif comme on les aime que l'on retrouve, autour d'une table, Frank, JB et Bouli de Marcel et son Orchestre. C'est une bonne occasion de les découvrir et d'en apprendre plus sur leur motivation et leur engagement.

Krinein : Comment avez-vous trouvé votre prestation d'aujourd'hui ?
Franck : On doit tomber dans l'autosuffisance ou pas ?

K : C'est vous qui voyez !
F : Bon on va dire oui alors ! On a trouvé qu'on était sensationnels, épatants. On aime bien les grands rassemblements, on s'y sent à l'aise ! La difficulté c'est que tu as 50 min montre en main ! Et ça ne peut pas déborder. Et comme on n'est pas super synthétique, c'est un peu compliqué car d'habitude on reste 1h45 à 2 heures sur scène! Alors l'avant-concert, c'est souvent la foire d'empoignes, on s'engueule méchamment entre nous pour choisir les titres "celui ci est mieux, l'autre il tourne pas trop en ce moment". Ça fait toujours des déçus mais c'est comme ça. Là on a fait une liste plutôt punk avec néanmoins les 3 ingrédients Marcel : Danse-Déconne-Dénonce. Les coups de gueules, de bluffs et les coups de fun ! Il a " Proce bal" qui est un texte très frontal sur l'arsenal répressif Chirac-Sarokozy sur le dernier album. Quand on a composé cet album, à un moment on n'arrivait plus à évacuer nos flips à coup de heu...
JB : ... Frein à mains !
F : ouais de frein à main. On n' arrivait plus à rire à la gueule de nos peurs, on avait le moral dans les chaussettes. Alors on s'est dit puisqu'on en parle beaucoup et bien écrivons le ! Dans les anciens albums de Marcel, il y a des coups de gueule mais c'était plus alambiqué , caché derrière la farce. Là c'était vraiment direct. On est de Boulogne sur Mer et avec les réfugiés de Sangatte, on dit partout que le Nord pas de Calais ce n'est plus le conservatoire de la misère et pourtant on s'est pris 10 000 licenciements en un an. C'était compliqué tout ça, on a écrit les chansons et on verra si on les gardera. Et après l'idée n'était pas non plus de plomber le moral de tout le monde, d'une part fallait rire à la gueule de nos peurs et d'autres part à celles de nos ennemis . Parce-que si tu ne ris pas à la gueule de tes ennemis, ils peuvent bomber le torse et ça leur donne de l'importance. Si dès le départ on avait ri du front national il ne serait pas là où il est aujourd'hui , on l'aurait ridiculisé et ce gros cochon il se serait dégonflé comme un ballon de baudruche. Mais on n'a pas su le faire...

K : c'est vraiment important d'être un groupe engagé pour vous ?
F : Je ne sais pas si on est engagés, on va dire concernés ! L'engagement, on ne le fait pas sur scène mais plus en dehors. Personnellement je milite dans un parti, sans y être carté, depuis X année je milite dans des organisations comme Attac.
Ce qui nous embêtait à un moment, c'était la gueule de l'engagement, houla c'est pas terrible ; Si être un groupe engagé c'est chanter à bas le racisme, chanté à bas la guerre et dire on voudrait respirer l'air pur...
JB : et fumer des joints.
F : ...alors quel est le crétin qui n'est pas engagé ?! Voire même sur l'anti-racisme, cela nous a mis en colère car des mecs ont laissé entendre, quand même, que c'était courageux, rebelle et audacieux d'être anti-raciste mais c'est rien de tout ça ! C'est obligatoire ! Donc laissé entendre que ce n'était pas la norme que c'était courageux , c'est dangeureux et c'est une attitude imbécile. C'est pas être engagé de dire cela, c'est le minimum requis tout simplement, et beaucoup de personnes confondent militantisme et bons sentiments. Et peut-être qu'aujourd'hui le militantisme est plus contre la société de consaomation. Et les mecs qui gueulaient un maximum sont tous endorsés par des multinationales de la sappe et ils sont les ambassadeurs de la pensée unique, ça jouent les punks mais ils plus endorsés que les tennis man même! A un moment ça nous fait bien marrer, quel hypocrisie le rock n roll! L'idée de Marcel et son orcheste c'était : méfiez-vous des apparences. On est habillé baltringues, on promène un carnaval itinérant mais justement parce-que le carnaval c'est le moment où tu peux sortir du cadre, du rang, mettre à mal les codes de bonnes conduites, rire des autorités, de l'institition et de la religion, tu peux te lâcher
JB : Tout le monde est égaux!
F : On est dans une société où plus personne se lâche, les punks sont ultra-conformes à ce qu'on attend du comportement punk, les groupes pop c'est pareil bientôt ils vont se funiculer la tuberculose pour faire bien maniaco-dépressifs. Les groupes reggae sont ultra standardisés : ils vont dire trois fois" yes man, babylon, legalize" et tout le tralala. Mais qu'est ce que c'est triste, où est l'originalité ! Ils sont extrêmements conformes chacun dans leur tribu et il n'y a rien qui déborde. Un groupe métal est convaincu qu il faut avoir son tatouage tribal ! Un moment tu dis : ils m'emmerdent !

K : Vous faîtes du Ska car justement c'est un style de musique qui a le cul un peu entre deux chaises ?
F : On ne fait pas spécialement du ska, on nous a étiquetté ainsi, on est curieux de tout et spécilaliste en pas grand chose ! On fait de tout , on peut aussi bien faire du rock de la chanson de la salsa , c'est l'orchestre ! On joue ce que les gens aiment. On est aussi fan du côté convulsif du punk du rock et en même temps amoureux de toutes les musiques à danser, les musique du corps : la soul, salsa, le funk , le zouk , le rythm and blues, tout ça nous branche bien ! On ne veut pas choisir dans tout ca. On ne s'est pas réuni sur des affinités musicales, on voulait être un collectif d'attentats fantaisistes . Sous ce nom, au début, on a fait pleins de manifs un peu débiles. Ce qui nous réunissait était l'amour des marx brother, les monty pythons, des collectifs jallons, des situationistes, des doux dingue belges comme l'entarteur ou George le Gloupier, tout ces gens qui ont participé à l'écriture de l'anthologie de la subversion carabinnée. Ces gens là nous plaisent ! On a cru que le rock était révolutionnaire alors qu'il est conservateur. On aime la musique en y mettant une grosse dose de fantaisie. Et tout ça avec un nom le plus handicapant possible pour voir jusqu'où on pouvait pousser ce handicap dans ce monde de frime et de paraître.

K : C'est pour cela que vous vous déguisez ?
F : Le déguisement vient de nos origines du Nord, il y a une grosse tradition dans le Nord pas de Calais ! Il y a entre Février et Avril tous les WEs des carnavals, là-bas c'est plus compliqué de prendre ses congés à cette période qu'au mois de Juillet et Août. C'est vraiment quelque chose de social et culturel important. On dit qu'on est les New York Dolls ; c'était un groupe punk du début des années 70 très androgyne et travesti, et les News York Dolls perdurent au carnaval de Dunkerque. Le carnaval c'est vraiment irrévérencieux parce-que dans la même fête tu vas avoir le chirurgien dentiste et le RMIste au coude à coude car il n'y a plus de frontière sociale, l'Europe les a rétablie. Si tu dois analyser les origines des gars qui écoutent du rap, du rnb ou du rock , tu te rends compte que tu as une vitrine de la société. Le carnaval ce n'est pas ça !

K : Dans dix ans, vous vous voyez encore déguisés sur scène ?
F :Tu sais on ne sait même pas où l'on sera demain! C'est ça le côté clown , tu ne te projettes pas, on s'est construit cette histoire "à la va comme ca vient", puis on est devenus intermittants du spectacle par nécessité. On a ignoré la Sacem jusque 97 parce-qu on s'en branlait, on était convaincus d'être kepon' issus de la scène alternative, la sacem était l'ennemi puis on a plus eu le choix ! Il s'agit de prendre du plaisir et aujourd'hui on en vit on ne va pas s'en plaindre, mais ce n'était pas calculé ! C'est intéressant de se faire porté par le vent, de ne pas avoir de plan de carrière, cela évite les désillusoins. Aujourd'hui on est une machine c'est vrai on est moins léger avec 14 personnes sur la route, on a des bébés, on est plus responsables. En même temps si ça s'arrête demain et bien ça s'arrête, un groupe rock reste fragile, on est des grosses gueules et de temps en temps on sort les crocs et il a des embrouilles.

K : Des embrouilles , il y en a quand vous écrivez les textes et la musique ?
F : Généralement j'écris les textes je leur soumet, ils ne sont pas d'accord alors on s'engueule,
JB : Première baston.
F : Je change trois quatre conneries je reviens ils ne se sont toujours pas daccord, je fais sembant qu'il y a trois références au situationistes , genre Paul Lafargue,"le droit à la paresse", ils me disent "ho, tu fais pas ton intellectuel c'est nul" alors je peux pas les avoir comme ça donc je fais le débile de base et la dessus ça marche bien ! Tout dépend de nos humeurs, de ce que tu as fais la veille, par ex love-love avec ta copine tu vas jouer un truc soul et guimauve et si tu as eu embrouilles tu as envie de métal . Il ne faut pas trop réfléchir même si tout le monde n'est pas d'acccord.

K: Quelle est votre actualité ?
F : Gala gala gala ! On est sur la route jusqu'au 23 Août le dernier album date d'Octobre qui s'appelle "Un pour tous chacun ma gueule" . Il y a quelques dates encore en France en Belgique peut-être au Québec en Italie voir en Allemenage.
JB : Un projet de Dvd également.
F : Oui en gestation, pour le premier semestre 2005.

K : Pour le Dvd, vous savez quels sont les concerts que vous allez filmer ?
F : C'est pas évident car faut avoir les autorisations des organisateur, l'Olympia coûte très cher ! Et puis si tu déplaces une équipe faut pas se louper donc c'est interessant de jouer deux fois dans le même lieu, pour d'éventuels raccords, ça reste une histoire de gros sous.
JB : On fonctionne assez en indépendant, on na pas de grosse maison de disque qui nous avance de l'argent pour ce genre de projet très couteux : On le sort vraiment de notre proche , on ne veut pas se rater.
F : On prend quand même quelques images par ci par là tout de même. Je ne sais pas pour les autres, mais personnellement je ne vois pas le dvd sur UN concert, mais comme plusieurs choses : "est-ce que Marcel est débil, est-ce que Marcel est engagé"... faire des chapitres un peu comme ça et faire des histoires à travers des minis sketches. Faire quelque-chose de complet en utilisant tous les outils de la vidéo. Un concert de Marcel doit être senti ,pouvoir voir les gars de Marcel se changer sur le parking, se mettre en condition c'est aussi important que le concert, c'est pour ça qu'on dit promener un carnaval car c'est une sorte de communion, une interactivité entre des gens!
JB : Souvent Marcel, ce sont les gens et nous l'orchestre !
F : On le pense vraiment ca !

K : Les textes partent souvent d'une anecdote de la vie quotidienne, comment ça se passe ?
F: Il n'y a rien de pire que le manichéisme et les donneurs de leçons. Une chanson efficace c'est 3-4 min sans histoire de format radio, en 3-4 min tu ne peux pas faire thèse antithèse synthèse. Il ne faut pas angéliser ni diaboliser ! Cest plus intéressant de faire une tranche de vie. Il n'ya rien de pire que l'identitarisme ou les mecs qui veulent généraliser "tous les flics sont cons..." C'est bien de croquer un caractère d'un individu ! Cela évite d'avoir des idées reçues sur le groupe, cela évite les généralités !

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