9/10Manu Le Malin - On The Way Home

/ Critique - écrit par Dat', le 13/12/2007
Notre verdict : 9/10 - This is Hardcore (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 7 minute(s) - 4 réactions

On The Way Home regroupe 15 ans de musique du plus influent des musiciens de hardcore éléctro français, de ses premiers morceaux avec les Daft Punk au groupe de hardcore rock Palindrome, en passant par une multitude de morceaux inédits / rares de Manu Le Malin.

« 15 ans d'activisme Rave ». Cela sonnerait plutôt pompeux si ce slogan n'ornait pas un disque de Manu Le Malin, résumant sa carrière en 14 titres rares et/ou inédits. Manu Le Malin, a.k.a The Driver a.k.a Emmanuel Dauchez est sans conteste l'une des têtes les plus influentes de la musique électronique française, à l'instar des Daft Punk ou de Laurent Garnier. Chef de file du Hardcore français, il est surtout celui qui l'a popularisé, rendu acceptable pour un plus large public, malgré le fait que ce style musical traîne depuis toujours une image de musique pour drogués en manque de sensation, ou pour jeunes fascistes sur le retour. Mixant avec Laurent Garnier dans les rues de Paris, tournant dans le monde entier pour balancer ses morceaux aux basses tonitruantes, Manu Le Malin est surtout connu pour ses mixs Biomechanik et compiles Bloc 46, sélectionnant la crème de la crème du genre à chaque Opus. Il impressionnera même son monde pendant Août 2000, en organisant avec son acolyte Torgull un concert historique à l'Opera de Montpellier, accompagné des 90 musiciens de l'orchestre National de la ville, pour une performance mêlant musique classique et techno hardcore. (Je rêve d'une retranscription de la performance en Cd, ne faisant pas parti des élus ayant pu assister à l'évènement)

Il n'est pourtant, au milieu de tous les Cd de Mix et compiles qu'il peut sortir, auteur d'un seul et unique « véritable » album, Fighting Spirit, sublime double disque, proposant deux facettes du bonhomme : L'une menée tambours battants, tabassant tout ce qui bouge avec un Hardcore balancé dans les règles de l'art, et une autre plus progressive, plus apaisée, plus riche. Car contrairement à beaucoup de ses pairs, le français aux tatouages impressionnants (que l'on peut admirer grace à une superbe photo inclue en grand format dans la pochette) aime faire monter la sauce dans ses concerts et ses productions, n'hésitant pas à privilégier les longues montées en puissance plutôt que le long et fastidieux déroulement de basses pachydermiques sans variations.

Avide de croisement des genres, et persuadé que sa musique n'est pas si éloignée de la mouvance Métal, de part ses textures sombres et sa brutalité plus ou moins retenue, Manu Le Malin va même former un groupe, Palindrome, qui tente de réconcilier Hardcore Techno et Hardcore Rock sur le disque "Rions Noir".

Un long (et riche) parcours que tente de résumer On The Way Home, qui, s'il n'est clairement pas exhaustif, reste néanmoins une excellente initiative. (En plus d'égratigner les yeux avec une pochette drolement classe)

Hardcore Spirit

Il faut le savoir, Manu le Malin a commencé dans sa chambre à tripoter ses machines avec les Daft Punk, et les deux morceaux ultra rares que sont 12.02 Black Day et M18 sont là pour le rappeler, composés par les deux entités. Et si elle était encore timide, on sentait déja perler la brutalité dans les compositions. 12.02, constamment martelé par un pied massif, jouie aussi des petites saturations chères à la période Homework des Daft, avant te partir dans une orgie de snares, à faire pâlir toutes paires de jambes avides de Dancefloor.

Manu Le Malin, par Yann Arthus-Bertrand
Manu Le Malin, par Yann Arthus-Bertrand
Le Hardcore, le vrai, on le retrouve dans On The Way Home. (Tiré d'une compile Bloc 46). Un morceau d'une force impressionnante. Et c'est en écoutant ce genre de titre que l'on comprend pourquoi Manu Le Malin fait parti des grands du genre. Directement bombardé par des beats hallucinants, inhérents au genre, de sonorités sombres et agressives, des basses tellement fortes et denses qu'elles semblent provoquer des ondes sismiques à chaque atterrissage dans nos tympans, et armé de simples bleeps éparses, le morceau débute d'une façon presque austère. Pourtant, en son tiers, une nappe grandiloquente débarque sans crier gare, transformant le pilonnage réglementaire en véritable hymne guerrier, pouvant transformer une foule entiere en un amas inhumain, n'ayant pour seul et unique but que de sauter sur place, de se tordre de douleur et de plaisir, à s'en décrocher la nuque en hurlant à la mort. Un morceau de terroriste, comme seul Manu Le Malin peut en balancer d'aussi bons, en prenant bien le soin de faire propulser avec patience le tout, jusqu'à au paroxysme de la folie grace à ce roulement de rythmique tétanisant. La fausse fin ne trompera personne, et l'ultime rappel finira d'achever les pleutres qui n'auraient pas encore fait le choix entre fuir, ou se fondre à jamais dans ce violent maelstrom. Une des meilleures productions du Monsieur. (en 2001)

Et 6ans après, Manu Le Malin sait toujours autant dynamiter nos oreilles, comme le prouve l'inédit Someone Was There, juste ahurissant. Le morceau est dans une veine beaucoup plus Rave que son congénère, privilégiant les nappes rugueuses et les murs de claviers plutôt que les beats pachydermiques, sans mettre de coté sa brutalité, plus insidieuse mais toujours aussi frappante. Le français accouche d'une véritable bombe pour Dancefloors anormaux, façon Titty Twister, comme si Justice ou Vitalic s'étaient soudainement transformés en Cannibales incontrôlables.

Vitalic, on le retrouve justement aux manettes du remix de Ghost Train, pour une relecture gigantesque de Manu Le Malin, à l'aide d'une rythmique EFFARANTE, hésitant constamment entre brutalité primaire et bestialité contenue, étouffée et gargantuesque à la fois. Quand à la « mélodie » qui intervient à la moitié du titre, je n'ai toujours pas compris comment une telle sonorité pouvait sortir d'une machine, à moins d'avoir directement samplé le réacteur d'un avion tournant à plein régime. Ce morceau est simplement hors des limites de la compréhension humaine, trop massif, trop imposant, trop puissant pour ne pas nous faire accuser le coup à la première écoute. Collaborations encore avec Lenny Dee, légende de la Hard-Techno mondiale, pour un Kaos effrayant, bruitiste comme jamais, flirtant avec la Noise, et à peine calmé par les ambiances fantomatiques qui se prélassent en arrière plan. Et ce n'est pas le gros break Jungle qui calmera les battements de cœur, on navigue bien ici dans un morceau d'une saleté et d'un bruitisme rare. (On ne peut même plus parler d'industriel à ce stade là)

Le morceau bienvenue des Tambours du Bronx, Requiem, remixé par Manu le Malin, donnera une touche de Tribal bienvenue dans ce disque, en gardant toujours cette aura étouffante, trouée, gangrénée par ces percussions folles, proches de la transe collective.

On parlait de lien entre Hardcore Rock et Techno : Manu le Malin, Torgull, AphasiaManu Le Malin²
Manu Le Malin²
et autres membres de la sphère Bloc 46 ont donc formé Palindrome. Et le pari fut plutôt réussi à l'époque, d'où la bonne idée d'intégrer une composition du groupe à ce recueil. Beats Techno, grosses guitares bien grasses et enlevées, on est surtout étonné par un Manu le Malin hargneux au micro, débitant des textes après dans la grande tradition des groupes Hard-Punk français, nous crachant les mots à la gueule, sur des phrases pas toujours intelligibles tellement l'habillage sonore est apocalyptique. Les performances Live ont du faire quelques dégâts dans le public.

 Slave To The Rave

Manu Le Malin, c'est donc 15 ans (voir plus, certains morceaux de cette compilation étant composé en 95) d'une carrière trop courtement, mais diablement bien résumée dans ce « On The Way Home ».  Mais si l'on écarte le mythique Fighting Spirit,  c'est surtout le parfait disque pour s'acclimater de l'univers de Manu Le Malin, et du Hardcore en général. Toujours considéré comme un sous genre transgressif et abêtissant de la musique électronique, car se démarquant faussement par sa violence extrême (Et la mercantilisation presque industrielle du genre par les compilations Thunderdome qui se sont multipliées jusqu'à l'overdose), et son image encore biaisée dans l'inconscient collectif. (Difficile de dissocier musique hardcore et idéologies fumeuses dans le cinéma notamment, ce qui n'aide pas à l'acceptation du genre. Un peu comme le Métal, éternel suiveur des déterreurs de tombes.)

On entrevoie ici une richesse insoupçonnée pour beaucoup, et le travail impressionnant d'un producteur DJ incontournable, l'un des plus important de la musique électro française et l'un des plus influents dans le Hardcore dans son ensemble. Pour les habitués, c'est surtout l'occasion de trouver des morceaux extrêmement rares (voir jamais entendus pour ma part, comme les fameux premiers avec les Daft Punk), le plaisir de retrouver certaines bombes à déflagration qui vont encore marquer pour dix ans (L'énorme On The Way Home, l'effrayant Spirit Of The Air...) et de tomber sur des inédits et remix à couper le souffle (Someone Was Here ou Ghost Train (Vitalic Remix) pour ne citer qu'eux...)

Bref, dans tous les cas de figures, un indispensable.

A moins d'être complètement réfractaire aux musiques convulsives et sans concession.

 Manu Le Malin - On The Way Home
01. War Dancer (Manga Corps)
02. On the Way Home (Manu Le Malin)
03. 12.02 Black Day (Manu Le Malin & T.Bangalter)
04. Kaos (Manu Le Malin & Lenny Dee)
05. Someone Was Here (Manu Le Malin)
06. Ghost Train (Manu Le Malin - Vitalic Remix)
07. We Have Arrived ( Mescalium United - Manu Le Malin Remix)
08. M.18 (Manu Le Malin & Daft Punk)
09. Enemy (Manu Le Malin & Dj Producer)
10. Spirit Of The Air (Manu Le Malin)
11. The Book Part 1 : Suspiri (Manu Le Malin)
12. L'entité (Manu Le Malin & Torgull)
13. Requiem (Les Tambours du Bronx - Manu Le Malin Remix)
14. Wolfen Part II (Palindrome)

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