8.5/10Le Main Square Festival 2012 par Krinein

/ Compte-rendu de concert - écrit par Lopocomar, le 14/07/2012
Notre verdict : 8.5/10 - Un main square carré et fun du premier concert au dernier

Temps de lecture estimé de l'article : 9 minute(s) - 2 réactions

Main Square Festival : du Rock en ville

Accoutumé aux festivals avec les Eurockéennes, Rock Werchter et Pukkelpop je découvre le Main Square Festival (MSF), sa citadelle et ses artistes. Ainsi que son temps estival digne d’un mois de mars, son alternance de soleil, de nuages menaçants et d’averses intempestives qui vous trempent jusqu’à l’os et vous transforment la plus belle prairie en champ de boue, avant de laisser à nouveau place à un soleil narquois.

Mais ni le cagnard (si si !), ni la pluie, ni la gadoue n’auront raison de l’entrain des festivaliers ! Avec ses deux scènes et son site hors norme, le festival offre durant 3 jours une programmation éclectique rock-pop-rap-électro de qualité, qui a tenté plus de 220 000 amoureux d’électro-rock en 2011.



Quand le rock investit les lieux d’histoire.

S’il est bien une spécificité du MSF, c’est sa localisation. Situé dans l’hyper-centre de la ville d’Arras, le festival nous invite au cœur de la citadelle: les festivaliers foulent les vieux pavés, les dépendances forment une enceinte « naturelle » au site de la main stage dont la scène jouxte la petite chapelle. Une particularité qui donne un cachet supplémentaire à l'habituelle prairie prête à être dévastée qu'on retrouve souvent en festoche.

« Victime » de son succès grandissant, le MSF a été contraint il y a deux ans de quitter son emplacement historique, la grand’ place d’Arras pour se délocaliser quelques pâtés de maisons plus loin, dans le parc de la citadelle. Pour avoir vu Radiohead et Depeche Mode là-bas, un constat : c'était aussi beau pour les yeux que fatigant pour les jambes. La faute aux pavés qui n'étaient pas fait pour être arpentés d'aussi longues heures, surtout que l'accès aux toilettes était vraiment compliqué. Détail trivial mais ô combien important pour tout festivalier nourri au liquide houblonné.

Maintenant rien à redire : l’organisation impeccable. Malgré la contrainte logistique et spatiale : fléchage et accès au centre-ville et parkings / partenariat SNCF et navettes spéciales à prix très réduits, ponctualité des concerts et qualité sonore. Deux fausses notes : un concert d'Izia de 30 minutes décalé pour faute de pluie et une proximité entre les 2 scènes qui parfois parasitaient les groupes qui y jouaient en même temps.

Un festival qui, toujours par sa localisation – au carrefour des grandes capitales européennes - pour en reprendre le description officielle, est également polyglotte. Et ce n’est pas la finale de l’Euro qui aura dissuadé les nombreux Italiens et les Espagnols présents (et les autres nationalités aussi d’ailleurs) de rater la prog du dimanche soir.

 

Une programmation de qualité et des artistes qui assurent

*** J1 ***

Le festival s’ouvre vendredi après-midi, sous un ciel clément, avec The Maccabees, qui offrent une belle prestation et rencontrent leur public, malgré l’heure peu propice à l’attroupement des foules. Lolito, quatuor pêchu et mimi ne convainc pas, surtout au chant…

The Subways est sans doute LA bonne surprise du jour. Duo charismatique qui nous gâte d’une très belle performance. Un chanteur plein de patate et content d'être là, c'est toujours mieux pour bouger une foule ! Pour le souvenir, vous connaissez sûrement leur tube planétaire : Rock'n'Roll Queen.

La soirée va crescendo dans sa programmation, pleine de promesse. S’enchaînent : Simple Minds, Garbage, Kesabian, et Justice à la clôture de ce 1er jour. Et pourtant…

Hélas, nous ne sommes pas égaux face aux ravages du temps qui passe… Cet adage vaut pour la Joconde mais aussi pour Simple Minds. Le groupe semble téléporté à la mauvaise époque il faut le dire et même si les tubes sont toujours là, on peine à accrocher. Faut dire que 1978, ça date pas d'hier et que le groupe était plutôt la caution « quadra » du jour.

Je me rends donc vers la Green stage pour écouter les Versaillais de Stuck In The Sound, qui nous ont gâté de leur compos rocks les plus énervées, faisant oublier le côté parfois midinette de leur dernier album… Apparemment très irrités de la mollesse du public, qui se prélassait dans l’herbe au soleil et oubliant que pour les travailleurs, le vendredi c’est le WEEKEND !!!), le groupe quitte la scène sans sommation 20 minutes avant la fin prévue de son set. En voilà des manières pour un groupe qui peut s'avérer usant, à l'image de son chanteur agacé et agaçant.

Tout l'inverse de Garbage et sa chanteuse sous prosac qui nous livrent un show conforme... au nom du groupe. L’absence d’entrain et de motivation de la chanteuse est communicative : le public s’ennuie dans sa fosse au moins autant qu’elle sur scène ! Heureusement, Kasabian nous réveille tout ça. Fidèle à lui-même, le groupe offre une performance de qualité. Et les festivaliers, conquis, ne boudent pas leur jumps, leurs cris et leurs applaudissements. Le statut de groupe de stades des anglais n'est plus à faire et ils n'ont pas volé la tête d'affiche.

Autre carton de l'année dernière qui n'en finit plus de tourner : Metronomy et sa prestation carrée et rodée.The English Riviera tourne maintenant depuis plus d'un an dans vos oreilles mais aussi sur la route et leur a permis d'atteindre une popularité méritée. Un set pop maîtrisé 46 minutes que vous pourrez regarder sur Dailymotion, qui finira sur une partie électro plus nerveuse à l'image de leurs albums précédents. D'ailleurs une remarque , essayez d'écouter leur premier album Pip Payne 3000 et vous serez étonnés du changement de style !

Un finish funky et dansant, transition idéale pour Justice qui déroule un show efficace visuellement et puissant. Un jeu de scène réduit à néant n'empêchera pas la foule de perdre la voix sur We Are Your Friends ou de bouger leurs fessiers sur D.A.N.C.E. L'injustice des tubes dans toutes leurs splendeurs.

Un best-of vidéo de cette journée :

 

 

*** J2 ***

Ma 2ème journée commence sous un soleil radieux avec Skip The Use, les enfants hyper-actifs du pays, qui mettent le feu à la foule des festivaliers, réunis nombreux pour l’occasion. Le grain de folie du chanteur et ses déhanchés possédés emballent la foule en deux chansons. Peu importe si certaines chansons ont l'air de dater de l'époque où Blink 182 était 1er des ventes, c'est le groupe qu'il fallait à ce moment-là pour démarrer la journée et l'enflammer.

Il est difficile, derrière Miles Kane, d’oublier les singes de l’arctique. Il faut dire que le bonhomme a surtout marqué par sa collaboration au duo The Last Shadow Puppets avec Alex Turner des Arctic Monkeys. Paternité dont il est ardue de s’affranchir, d’autant plus quand Miles pousse le vice jusqu’à reprendre certains titres dans son set. Question prestation, rien ne dépasse mais un réglage des drums surpuissant à vous décrocher le cœur. Littéralement.

Ovni de la programmation journalière : Florence+the machine nous a procuré un moment intense et féerique. En communion parfaite avec la nature et le public, Florence et sa team nous ont ramené le soleil, nous permettant ainsi d’accueillir Pearl Jam dans les meilleurs conditions qui soient. A ce titre, je joins mes remerciements à ceux d'Eddie Vedder. Anecdote 2.0 : le batteur de Florence a avoué avoir réalisé son rêve de gamin en ouvrant pour les auteurs de Ten.

Pearl Jam : Que dire d'un groupe qui possède plus de 700 concerts à son actif ? Quand on ajoute le fait qu'ils ont pour but de ne jamais jouer 2 fois la même setlist, on a déjà une idée de l'intégrité et de l'envie d'une bande qui n'a plus rien à prouver en plus de 20 ans de carrière. Même si la France n'a jamais été LA terre d'accueil de PJ, ils ne sont pas rancuniers. Une prestation digne d'un best-of qui aligne les plus belles ballades comme des perles : Jeremy, Alive, Given To Fly, Black... Elles sont toutes là et pourront parfois faire regretter un manque de nervosité à certains. Eddie Vedder, celui dont on aimerait être à la fois le pote, le frère et le fils a régné de sa classe et de sa voix cristalline. Dieu du rock, il a lié l'utile à l'agréable en appréciant le bon vin français durant tout le concert.

Pour un aperçu du set :

The Rapture, dont une partie du set chevauche celui de Pearl Jam, n’est pas en reste : sa pop électro endiablée fait swinger dans la boue les festivaliers en transe. Ils sont fin prêts pour le set final !

Pour clôturer cette monumentale journée en apothéose : Birdy Nam Nam envoie du très lourd dès l’intro et fait danser les festivaliers sur le sol encore détrempé jusqu’au petit matin. Ou simplement jusqu’à la dernière navette et c'est déjà pas mal. Bonne nouvelle pour les DJ's d'être revenu en pleine forme après une première partie de tournée qui avait mal démarré avec des insultes sur les réseaux sociaux et un set teasing aux Eurocks l'an passé pas bien équilibré.

Best-of vidéo de cette journée :

 

 

*** J3 ***

Mes goûts musicaux m’empêchent probablement d’apprécier la programmation de cette dernière journée à sa juste valeur. Mon dimanche commencera réellement à 18h avec Noah and the Wale, dilettant mais planant qui me feront oublier la folk ennuyeuse de Michael Kawinuka, le rap de Wiz Khalifa ou encore le rock passe-partout de Girl's Toys. À noter que la dédicace du pote de Snoop Dogg était un grand moment de solitude, sa popularité outre-Atlantique est loin d'avoir franchi nos frontières et sa présence isolée dans un festival résolument rock manquait peut-être de public.

Avec Incubus, retour aux années lycée où comme je disais plus haut Blink, Limp Bizkit et Korn trônaient sur les couvertures de Rock Sound & co. La voix du chanteur est toujours aussi bonne et les quelques tubes sont présents mais ça n'a jamais été ma tasse de thé. De l'autre côté, Ben Howard offre une excellente performance et confirme son premier album comme un joli petit concentré de folk à écouter au coin du feu.

Rien à voir avec The Mars Volta qui doit en choquer plus d'un par ses morceaux à rallonge et l'allure d'un Cédric Bixler, chanteur halluciné et hallucinant. Se demandant bien ce qui fait tourner l'innarrêtable touffe de cheveux dansante, ce set reste plus « calme », ou disons rangé, qu’à l’accoutumée, avec une prestation mesurée et des compositions principalement issue du dernier album. Ce qui explique son tempo plus posé, au vu de la nature plus électronique de Noctourniquet chroniquée ici même par Krinein.com. Quatrième concert de la bande validé pour ma part et c'était loin d'être le plus mauvais. On rappelle tout de même qu'en parallèle se déroulait sur la grande scène le concert de Blink-182. Est-il possible de faire un plus grand écart que celui-ci entre le groupe punk-rock commercial par excellence et un groupe psyché totalement barré dont le morceau moyen dure 8 minutes en changeant 5 fois d'orientation ? Ça montre l'ouverture du festival et à la fois la précision avec laquelle il a su servir tous les fans de rock.

Pour finir cette ronde de festivals, M83 sort une très très bonne performance qui, encore une fois, fait sauter la foule et nous met en condition pour le final électro. Un set également remarquable pour ses effets de lumières et qui fait plaisir à voir pour un groupe qui prend de l'ampleur et qui s'apprête à signer sa première B.O de film.

 

Province-capitale : 1-0

Avec sa programmation qui allie éclectisme et qualité, ses têtes d’affiche internationales et son site unique, le festival d’Arras n’a vraiment à envier à son pendant parisien, qu’il surpasse d’ailleurs sur deux aspects notables : la gestion des foules, notamment en transport en commun, et de la météo. Ce n'est pas pour tacler mais on a encore en travers de la gorge l’annulation partielle du concert d’Arcade Fire en 2011 pour cause de pluie et les métros surblindés qui s'en suivirent... Cette édition 2012 marque par sa cohérence. Fini les mélanges pop, rap, électro dancefloor et rock à outrance : on n'a pas eu à subir les Black Eyed Peas, Mika ou Pink au sein du festival comme les années précédentes et en tant qu'amateur de rock, on apprécie.

En tout cas, les chffres ne mentent pas, le MSF est aujourd’hui le 3ème festival de France. Les festivaliers viennent de plus en plus nombreux et viennent de plus en plus loin pour découvrir le festival ch’ti...

Une vue aérienne de la Citadelle.

En espérant vous avoir convaincus d’en faire autant !

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