Evénement dans le monde de la pop : Madonna vient de sortir un nouvel album ! Voilà maintenant plus de 20 ans que celle que l'on surnomme « Queen of pop » (rien que ça) occupe les plus hautes places sur les charts, et chaque nouvel album voit se poser avec un peu plus d'insistance la question fondamentale : qui de la star ou de la gloire s'essoufflera en premier ? Tandis que Ray Of Light et Evita semblaient avoir porté une Madonna presque quarantenaire au sommet du succès, tant critique que commercial, Music et American Life amorçaient une pente descendante, qui paraît se confirmer avec un Confessions On A Dance Floor loin d'être mauvais, mais qui sent vaguement le réchauffé.
Et oui, difficile d'être encore à la pointe de l'innovation après 20 ans de ce périlleux exercice. Si Madonna a su brillamment s'accommoder et même se poser comme un élément précurseur des tendances musicales ou vestimentaires (certains iront jusqu'à lui attribuer une participation active au mouvement d'émancipation de la femme - pourquoi pas...), on ne peut nier que l'âge se fait sentir, et l'icône de la pop a bien compris qu'elle ne pouvait éternellement demeurer la provocatrice qu'elle a été. Madonna ne semble pas pour autant avoir rendu son tablier, et use de moyens plus ou moins détournés pour continuer à capter l'attention des médias ; entre films ratés et accès de mysticisme, la Madone a néanmoins trouvé le temps d'enregistrer un nouvel album, qui au contraire d'un American Life qui se voulait très expérimental, se réclame d'un retour aux sources de la dance et de la house.
Premier point positif concernant l'album : que l'on aime ou pas, on ne peut pas reprocher à Madonna d'avoir fait les choses à moitié. Comme à l'habitude, la production a été soignée à l'extrême, et la durée de l'album est largement supérieure à la durée habituelle des albums actuels. Les chansons s'enchaînent par fondu, et le rendu global de l'album à la première écoute est très linéaire, voire un peu trop plat. Hung Up, qui ouvre l'album, avec sa reprise d'Abba, annonce la couleur très 80s, mais est loin de représenter le meilleur titre de l'album : si son refrain est absolument mortel (du genre à rester ancré dans votre tête jusqu'à ce que mort s'ensuive), on ne peut s'empêcher de trouver le titre globalement poussif et vocalement non maîtrisé. Madonna n'a jamais été une grande chanteuse, c'est un fait. Mais ses performances dans Evita ont prouvé qu'elle était capable, littéralement, de donner de la voix. Malheureusement, l'âge est ici encore un obstacle : les cordes vocales, comme toute autre partie du corps, ne sont pas éternelles et infatigables, et Confessions On A Dance Floor est marqué par une certaine faiblesse vocale.
Pourtant, l'album recèle de jolies petites surprises, comme ce I Love New York, aux harmonies, presque dissonantes, plutôt osées pour un titre pop. En outre, le récent engouement de madame Ciccone pour la kabbale ne pouvait pas ne pas trouver son pendant musical, et c'est ainsi que Madonna nous fait part d'un titre pour le moins surprenant : Isaac. Entre les sonorités des violons, les samples électroniques, la guitare acoustique et les « mmm » de Madonna rappelant Frozen, s'élève une voix incantatoire plus ou moins orientale... Etrange, cela va sans dire, surtout lorsque ce chant que l'on suppose traditionnel est juxtaposé à des beats électro loin d'être discrets. Et pourtant, le résultat est plutôt intéressant, sorte d'OVNI musical qui ne ressemble pas à grand-chose de connu. Sorry joue également sur le terrain de la spiritualité et de l'universalité, titre sur lequel Madonna s'applique à prononcer la phrase « je suis désolée » dans un nombre incalculable de langues différentes (la seconde voix répétant « I heard it all before » étant du plus bel effet). Plus classiques, Jump et Push sont deux titres efficaces comme Madonna sait si bien les faire, succès formatés tout prêts à faire un tabac sur les dancefloors (ça tombe bien). How High se veut plus électronique que dance, avec un retour en force de la voix vocodée. On ne peut que constater qu'encore une fois, le refrain fait mouche.
Les autres titres de l'album (Get Together, Let It Will Be, Forbidden Love...), ne méritent qu'un intérêt moindre, trop conformes à ce que la « reine de la pop » produisait il y a quinze ans de cela : on croirait parfois entendre une sorte de mélange plus ou moins indigeste entre Vogue et Holiday. Future Lovers parvient à peu près à sortir son épingle du jeu, ainsi que Like It Or Not, pour son rythme un peu plus posé. En effet, on a affaire avec Confessions On A Dance Floor à une production très compacte, dépourvue de ballades, qui officie plus ou moins dans les mêmes tons et les mêmes rythmiques. Seul Like It Or Not, titre de clôture, rompt - un peu tard - la routine qui s'était installée. Ce qui ressort finalement à l'écoute de Confessions On A Dance Floor, c'est la teinte presque mélancolique que prend l'album, teinte assez inhabituelle dans un album de ce style, a fortiori lorsque Madonna déclarait vouloir réaliser un album festif et qui donne envie de danser... Et c'est pourtant cette atmosphère un peu passée, brouillée, comme une vieille photographie un peu jaunie, qui sauve l'album de la mièvrerie et l'auditeur de la consternation.
Madonna nous livre avec ce Confessions On A Dance Floor une oeuvre en demi-teinte, qui s'assume comme n'étant ni innovante ni transcendante, et comporte autant de titres intéressants que de chansons d'une platitude confondante. On ne saurait trop conseiller des artistes à la personnalité musicale plus affirmée, et pourtant le personnage de Madonna exerce toujours une étrange fascination : comment ce petit bout de femme, parti de rien ou presque, est-il parvenu à un tel niveau de notoriété, et à le conserver pendant si longtemps à travers les critiques, les modes et les générations ?
Certes, Madonna n'est plus la star qui chaque jour engendre un nouveau coup médiatique, et il est peu probable que ce nouvel album renouvelle son auditorat. Les détracteurs de la dame sont nombreux et certaines de leurs critiques sont fondées. Pourtant, le succès et les millions d'albums vendus sont bien là... Madonna aura au moins eu le mérite de soulever une question à laquelle je n'aurai pas la prétention de répondre : est-il plus facile d'élaborer une musique intellectuelle, artistiquement exigeante et qui finalement ne rencontre qu'un auditorat restreint, ou de créer une musique populaire et de se maintenir dans les bonnes grâces d'un très large public réputé versatile, et ce sur une période de presque un quart de siècle ? Libre à toi, lecteur, de choisir ton camp.
Madonna - Confessions On A Dance Floor
01. Hung Up
02. Get Together
03. Sorry
04. Future Lovers
05. I Love New York
06. Let It Will Be
07. Forbidden Love
08. Jump
09. How High
10. Isaac
11. Push
12. Like It Or Not
Danorah []

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