8.5/10La rage de Lofofora toujours là sur L'épreuve du contraire

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 19/09/2014
Notre verdict : 8.5/10 - Reçu avec mention (Ecrivez votre critique)

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Le dernier album de Lofofora est arrivé. Et il est brûlant. Comme d'habitude me direz-vous.

Depuis quelques années, Krinein se fait fort de vous faire découvrir ces groupes qui débutent sur la scène, qui apportent un souffle nouveau sur la musique. Ce qui ne nous empêche pas de revenir parfois sur quelques uns des monuments de la musique. Et Lofofora est assurément l'un de ces monuments, en tout cas en France. On vous épargnera les sempiternels « ça fait X années que le groupe est présent sur la scène française » mais on se rappellera quand même que Lofofora date de 1995, ça ne nous rajeunit pas.

Brûlot metal

Reuno, au contraire, semble éternel dans sa rage qu'il éructe au long des 14 titres de L'épreuve du contraire, 14 titres enregistrés en 14 jours pour garder la saine énergie de Lofofora, cette énergie qui est, à chaque sortie, comme une bouffée d'air dans le paysage musical français. Encore que bouffée d'air soit certainement un terme mal choisi tant L'épreuve du contraire nous prend à la gorge dès l'entrée en matière sous la forme d'un brûlot metal qui n'a d'innocence que le nom. Pornopolitique enfonce le clou à base de batterie endiablée et de guitares parfaitement mises en avant pour instaurer une atmosphère explosive. Oui Lofofora est de retour, et Lofofora n'est pas content ! Lofo ne nous ménage pas et envoie ses 55 minutes de chansons à 100 à l'heure comme sur ce Trompe la mort qui bastonne fort de la double pédale.


DR. Non mais comme ça ils ont l'air sage

 

Sombre et rampant

Mais Lofofora excelle aussi dans des titres plus calmes, plus calmes signifiant ici que le groupe sait aussi ménager des plages sombres et rampantes, presque inquiétantes. Pyromane ou La dérive sont deux exemples parfaits de cette obscurité musicale palpable à des degrés divers, le premier contenant encore un peu d'énergie malsaine tandis que le deuxième se noie dans une gluante fange qui engloutit l'univers. Ces deux morceaux sont, de notre point de vue, tout simplement les deux meilleurs titres d'un album qui ne manque pourtant pas de qualité !


DR. Eub quoique...

 

Amour vicié

Trois autres titres ont aussi retenu notre attention : Romance, Karmasutra et Chanson d'amour. Quoi ? Lofofora aurait tourné casaque et se serait dans la bluette sentimentale. On vous rassure tout de suite, il n'en est rien comme le prouve justement Chanson d'amour où Reuno semble regretter de ne pas être un crooner et de ne pas chanter l'amour. Mais voilà au vu du monde qui l'entoure, le chanteur ne peut décemment pas verser dans la chanson d'amour et préfère « garder la haine et les crocs ». Karmasutra est, elle, un bel exemple d'écriture où la foi des religions est remplacée par une vocation plus charnelle… Enfin Romance serait ce qui se rapproche le plus de la chanson d'amour, une chanson d'amour qui serait passée à la moulinette de l'ultra-violence d'un amour tordu, sadique, égoïste. Non Lofofora n'a pas toujours pas abandonné sa rage.

Comme il le dit lui-même sur Double A, Reuno veut toujours rester « un adolescent attardé » et, avec L'épreuve du contraire, on veut bien toujours le suivre dans son délire, le rock français manque certainement de groupes de cet acabit, des groupes qui se permettent d'appuyer là où ça fait mal.

Point fort : la rage de Reuno évidemment !

Point faible : on cherche toujours… ah si la pochette ne sous satisfait pas...

La critique en 140 signes : avec L'épreuve du contraire, Lofofora exhale toujours une rage salvatrice dans une sombre mais réaliste vision du monde.

En écoute : Contre les murs

Lofofora – L'Épreuve du contraire

01. L'innocence
02. Pornopolitique
03. Contre les murs
04. Trompe la mort
05. Le malheur des autres
06. Romance
07. La dérive
08. Pyromane
09. Karmasutra
10. La tsarine
11. Double A
12. Chanson d'amour
13. Transmission
14. Notre terre

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