Ce n'est qu'après le premier titre, Au-dessus du vide, qu'on pourra vraiment commencer à saisir les intentions réelles de Libre. En effet, malgré une mise en place, une énergie et un son dignes d'un rock volontaire et pêchu, ce titre est orné d'un texte assez sérieux, à la poésie toute rebelle et revendicative qui ne suscitera tout au plus qu'une moue dubitative. Bref, on commence à se demander à quel moment il sera judicieux d'arrêter l'écoute sans paraître trop impoli. Mais soudain, une bonne nouvelle surgit, à croire que le groupe a entendu les prières de son auditeur. Ainsi, dès le deuxième titre, la poésie rock un peu mièvre, laisse le pas à une ribambelle de textes recousus au second degré qui va crescendo, jusqu'à un apothéotique Une génération de junkie. D'une chanson à l'autre, le chanteur Janto se fera le chantre hilarant de la biture, de la drogue et du rien à branler, dans le but généreux de faire marrer son auditoire et, pourquoi pas de revendiquer, même outrancièrement, que le Rock made in France remue encore.
On pourrait donc croire que ce groupe n'est qu'une bonne blague. Mais cela va bien au-delà. Certainement emprunté au delirium de certains groupes tels les Wampas ou les VRP, et même un peu à Coluche, Libre nous fait réécouter son album grâce à une musique qui dénote une sérieuse connaissance du Rock et de ce qui en fît une culture à part entière. Grâce à une production riche, qui parvient à meubler l'espace avec un trio gutare-basse-batterie, l'album est complètement abouti au niveau sonore et propose une ambiance qu'on a l'impression de ne pas avoir entendu depuis Let there be rock. D'ailleurs, si l'avant-dernier titre s'avère être le summum des textes rigolos, la partie musicale, grandement à l'honneur sur tout l'album, sera magnifiquement servie par L'Amour va nous sauver, qui termine l'album.
Libre démontre donc, pour tous les aspects musicaux, une connaissance et un savoir-faire s'inscrivant dans la lignée d'artistes français qui ont marqué les esprits. Il faudra donc parler de Trust et de Téléphone, et puis pour ceux 
qui connaissent et qui savent que ce n'est pas une blague que d'en parler ici, Richard Gotainer, dont le superbe travail est par trop souvent cantonné à l'expression publicitaire, au demeurant excellente et universelle. Puis les maîtres inspirateurs des noms précédents viennent se rajouter aux impressions qui peuplent l'écoute, avec en tête de fil AC/DC, époque Bon Scott. Enfin, par son esprit et sa sonorité rugueuse, on ne saura malgré tout se retenir de proposer une dernière analogie entre Libre et un autre groupe, d'outre-manche celui-ci, dont le résultat est aussi musicalement abouti que barré dans ses textes. A savoir The Darkness, qui s'il faut en croire les revendications de leurs fans, sauvent le Rock'n'roll. Et il est vrai que Libre rend au rock français le même modeste service que The Darkness au rock anglo-saxon, en imposant à nouveau la nécessité d'utiliser des riffs sauvages et burnés, nimbés d'une théâtralité outrancière, seuls vecteurs possibles à la communication de messages parfois profonds mais souvent inutiles, et dont la franche simplicité est suspecte au philosophe si elle n'est pas enveloppée de hurlements suraigus.
Donc, musicalement, il n'y a rien à redire, mais il faudra tout de même revenir sur le problème de cette première chanson qui révèle la justesse du groupe à ne s'exprimer avec bonheur que dans les textes facétieux. On vivra heureux, admirablement mis en musique et plongé, en quatrième position, dans l'essence de ce groupe, ne parvient pourtant pas à convaincre pour ce qui y est dit, et surtout par sa façon. En y revenant un peu, on constate que les textes de Libre, souvent marrants, parfois introspectifs, pourraient être les traductions littérales des grands classiques anglo-saxons des années 70 et 80. Mais c'est là l'avantage indiscutable de l'anglais dans la chanson, qui arrive sans difficulté à faire swinguer une recette de salade de fruit, avec zéro vocabulaire et trois onomatopées.
Pour sa grande qualité musicale, très inspirée, son énergie, ses textes, son humour, la rareté de ce style brut 100% rock, et aussi, avouons-le, le chauvinisme qu'il provoque, et pour tout ce que cela suppose comme prise de risque, cet album mérite un sérieux détour.
Libre - Au-dessus du vide
01. Au-dessus du vide
02. Les jolies filles
03. Une bonne bière
04. On vivra heureux
05. La place de ma guitare
06. Elle est super
07. Je dois boire encore
08. Sexy boy
09. La drogue est partout
10. Auguste
11. La fin du monde
12.Une génération de junkies
13. L'amour va nous sauver
athanagor []

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