9/10Lhasa - La Llorona

/ Critique - écrit par Danorah, le 13/08/2006
Notre verdict : 9/10 - Lascive et lancinante (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - 7 réactions

Un petit bijou de sensibilité et de délicatesse doté d'une puissance émotionnelle proprement renversante.

Une fois n'est pas coutume, intéressons-nous à une chanteuse qui n'écrit ses textes ni en français, ni en anglais, mais en... espagnol. La chanteuse en question répond au doux nom de Lhasa, et son premier album est intitulé La Llorona ; autrement dit, La Pleureuse, personnage légendaire mexicain à l'histoire - forcément - funeste. Quel meilleur titre que celui-là pour cet album écorché vif où se mêlent étroitement audace et folklore ?

Lhasa, c'est une voix extraordinaire au service d'une sensibilité à fleur de peau. Une voix hors normes pour une interprétation d'une rare intensité. Dans des chants aux influences hispaniques prononcées, et plus encore à travers ses textes sombres et poétiques, Lhasa semble chercher une délivrance, un exutoire. La jeune femme confie ses peines aux instruments gémissants qui tissent autour de sa voix un cocon protecteur, l'enrobent et la subliment, cette voix chaude et grave, comme un écrin met en valeur un diamant. Brut, le diamant. Sans fioritures, surtout. Fragile et bizarrement fissurée, la voix de Lhasa transporte, berce, apaise. Fait surgir des frissons du plus profond de l'être avec une force étonnante.

Que ce soit dans des titres brûlants de douleur et de révolte (El Desierto), ou dans des intermèdes plus guillerets (Los Peces), Lhasa fait preuve de la même justesse d'interprétation, jamais excessive, mais toujours suggestive. Elle est aidée en cela par des arrangements somptueux laissant la part belle aux instruments acoustiques traditionnels : guitares évidemment, mais aussi accordéon, violoncelle (l'intro de De Cara A La Pared) et clarinette (notamment sur La Celestina, où elle s'offre un solo ravissant mais trop court) sont largement mis à l'honneur par une production sans faille et une qualité sonore impressionnante. Les rythmes lancinants se marient à la perfection avec les humeurs ombrageuses de la chanteuse, accompagnant ses lamentations sur El Payande (complainte d'une esclave), soutenant ses regains d'espoir (El Pajaro, magnifique) avec une discrétion admirable. Pas de contre-chants grossiers et convenus, pas de deuxième voix artificielle et surfaite : la musique habille et ne dénature pas le chant, profitant en revanche des nombreux passages instrumentaux pour laisser s'échapper des soli proprement enchanteurs.

Presque dix ans après sa parution, La Llorona demeure un régal pour les oreilles, un petit bijou de sensibilité et de délicatesse doté d'une puissance émotionnelle proprement renversante. L'on ne saurait trop recommander cet album criant de sincérité, magistralement interprété et servi par des instruments exploités (pour une fois) à leur juste valeur... Serait-ce l'exception qui confirme la règle ?


Lhasa - La Llorona
01. De Cara A La Pared
02. La Celestina
03. El Desierto
04. Por Eso Me Quedo
05. El Payande
06. Los Peces
07. Floricanto
08. Desdenosa
09. El Pajaro
10. Mi Vanidad
11. El Arbol Del Olvido

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