7/10Les Fatals Picards manquent le 7ème ciel

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 15/11/2013
Notre verdict : 7/10 - Félix Faure (Ecrivez votre critique)

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Le voilà il est tout beau, il est tout chaud, c'est le dernier Fatals Picards. On ne pouvait pas franchement passer à côté !

Ah les Fatals Picards ! Plus de dix ans qu'ils nous régalent avec leurs albums dans lesquels règnent l'humour absurde et le jeu de mot facile et marteau. De Navet Maria en 2001 à Coming out en 2011, ils ont déjà sorti six albums. Rien de plus normal que ce dernier opus soit le septième et qu'il réponde au nom de 7ème ciel, c'est toujours plus classe que la Septième Symphonie de Beethoven. Le groupe a su, au fil des ans, conquérir un public de plus en plus large avec en guise d'apothéose une place d'ex-aequo avec le Royaume-Uni dans un concours musical. Ex-aequo avec la patrie des Beatles, c'est quand même un exploit ! Toujours est-il que leur musique mêlant rock et chanson française a su réjouir petits et grands. Qu'en est-il de ce septième album ? Saura-t-il nous conduire au septième ciel comme le groupe nous le promet ?

Orgasme acoustique

Le chemin vers l'orgasme acoustique est long, plus d'une cinquantaine de minutes. Les Fatals Picards se
DR. Ils le font même dans la baignoire !
permettent même de ménager une pause dans leur élan histoire que l'on puisse savourer ce fameux morceau caché qui deviendrait presque une marque de fabrique fatalpicardienne. Mais ce chemin est aussi musicalement varié, une autre marque de fabrique, les Fatals sachant manier douceur et rapidité pour nous faire atteindre plus lentement l'extase. C'est ainsi que la power ballad Gros con côtoie la vieille chanson française de Hortense, que le rock plus classique de De l'amour à revendre rencontre le jazz manouche de... Manouches. Mais ce sont surtout les chansons qui dépotent comme P.P.D.E. qui permettent de tenir sur la durée. Le punk proclamé de Punks au Liechtenstein ne vous procurera guère de sensations au contraire du bien nommé Pogo d'amour qui, lancé à 300 à l'heure, est idéal pour une chevauchée endiablée. Ajoutez au mélange une reprise ambiguë du Sans contrefaçon de Mylène Farmer et un Atomic twist qui vous fera remuer du bassin comme au temps d'Eddy et de ses Chaussettes Noires et vous aurez un album sexuellement parfait.

Plus de sushis

Mais les Fatals Picards, c'est aussi du texte, du texte savoureux, du texte absurde, du texte drôle. Et là les métaphores sexuelles vont franchement manquer. Il nous faut obligatoirement parler de P.P.D.E. acronyme de Petit poisson d'évelage qui multiplie les jeux de mots sur le poisson (« il n'y a pas de fumée sans saumon », « arrête, arrête, petit poisson », « arrête de te faire tant de sushis »). Bon d'accord on peut dire que ça ne vole pas très haut mais c'est quand même plutôt rigolo. Atomic twist est aussi remarquable par l'absurdité des paroles qui évoquent un twist dans à peu près tous les lieux de catastrophes nucléaires (Fukushima, Hiroshima, Mururoa ou... Fessenheim). Ces morceaux sont propres à détendre les zygomatiques et à nous placer dans de bonnes dispositions pour atteindre ce fameux 7ème ciel. Bah oui c'est quand même le but de cet album.

Noces de tristesse

Il nous faut admettre cependant que les Fatals Picards savent aussi oublier leur aspect potache pour passer
DR.
des textes plus graves comme sur Hortense où la mélodie cache la triste réalité de la famille, de l'héritage et de la mort, sur Robert qui traite de l'alcoolisme ou sur De l'amour à revendre qui revisite la vie d'un couple de la « chambre de bonnes » aux « noces de tristesse ». Mais c'est Gros con qu'il convient de mettre en lumière. Comme sur Au mariage de Kévin et ma sœur ou Mon beauf de Renaud, on a une évocation... d'un gros con, celui-ci étant du genre à tabasser sa femme. On est loin de la déconnade, loin de l'orgasme mais c'est aussi ça les Fatals Picards, même s'ils ne peuvent pas s'empêcher de placer des jeux de mots comme le « cumul des mandales » ou les « hématomes crochus ».

Après cette démonstration assez fabuleuse, il est évident qu'il est difficile d'atteindre le 7ème ciel avec ce nouvel album des Fatals Picards, la faute à des textes beaucoup trop graves et à un évident manque de sensualité. Par contre pour un album de musique c'est une franche réussite, même si, à part peut-être Atomic twist, il n'y a pas de titres aussi marquants que Goldorak est mort ou Bernard Lavilliers.

Point faible : le titre de l'album qui nous a conduit à cette éreintante métaphore sexuelle

Point fort : le point G (désolé comme dirait Denisot)

En extrait, un bout d'Atomic twist

Les Fatals Picards – 7ème ciel

01. Atomic twist
02. Gros con
03. Punks au Liechtenstein
04. De l'amour à revendre
05. Manouches
06. Robert
07. Ernestine
08. P.P.D.E.
09. Hortense
10. Sans contrefaçon
11. Pogo d'amour
12. Le dimanche au soleil

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