Lauren Hoffman - Concerts à Lyon

/ Compte-rendu de concert - écrit par camite, le 08/03/2006

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Après six ans d'absence des circuits discographiques officiels et quelques rendez-vous manqués, l'inimaginable finit pourtant par se produire. Le Dieu de la musique se rappelle à mon bon souvenir en amenant l'Américaine Lauren Hoffman dans ma ville. Les occasions de se comporter en gros fanboy à lunettes ont quelque peu fichu le camp ces derniers temps, entre retournement de veste (mais toujours du bon côté) de nos chéris nationaux et promo princière de quelques complices à l'effet caduc. Il faut toujours revenir à la source, là où je termine et où le reste commence.

Fin d'après-midi, entre un couple âgé mais néanmoins branché et une jeune fille à peu près déguisée en moi, dans un escalier de la Fnac Bellecour. Nous attendons l'ouverture du forum, tandis que la voix de Lauren passe au travers des portes. Elle règle sa balance sur Love gone wrong. Déjà magique. Quelques minutes plus tard, nous entrons. Une fois tout le monde installé, elle marche d'un pas décidé vers le petit emplacement où l'attend sa guitare électrique et son ampli, noir dans les cheveux, piercing à la narine gauche, rouge à lèvre vif impeccable et chaussures à talon. Sans détour (un petit hello souriant), elle entame As the stars, émerveillante comme l'indique le titre, prenant doucement les spectateurs par la main tout en leur figeant jusqu'au dernier muscle devant tant de grâce. Et me voilà incapable de prendre la moindre photo, fasciné et les yeux bloqués pour ne pas en perdre une miette. Quand suit Broken, le frisson se répand dans les colonnes vertébrales les plus sclérosées. Sans les arrangements subtils de la version studio, la chanson sonne pourtant magnifique et émouvante. La larme à l'oeil se tient proche de la sortie, au cas où.

« Je m'appelle Lauren Hoffman, je viens de Virginie aux Etats-Unis, et les morceaux que je joue aujourd'hui sont de mon dernier album Choreography ».
Beaucoup ne le savent probablement pas, mais Solipsist et Out of the sky, into the sea, les deux singles virtuels joués dans la foulée figuraient déjà sur le quatre-titres signé The Lilas, ancienne garde rapprochée de la belle. L'électricité se calme (un peu) sur la mélancolique Love gone wrong, puis le set se termine par la sublime Ghost you know, quelque chose entre le huitième ciel et une pluie de baisers soyeux déposés sur les lèvres pendant l'amour. L'artiste encourage enfin les gens à venir la voir le soir même sur un bateau pour en entendre un peu plus. Très simplement, elle se livre ensuite au jeu de la dédicace pour son unique fan français (moi, en fait).

Quelques heures plus tard, me voilà au Sirius, un pub flottant bien connu du coin. Ambiance pour le moins intimiste, scène éclairée de dizaines de points lumineux et décorée de cases de Tintin (!) Preuve que la reine de la soirée s'appelle Lauren Hoffman, une première partie assure le spectacle sous le nom de King Kong Vahine, trio de "pop en français" (et un peu en allemand) qui évoque les premiers Mickey 3D ou le travail d'un Philippe Katerine, couleur locale (Station Garibaldi). Le flegme du guitariste, l'élégance du bassiste et le look petit chaperon rouge de la claviériste fonctionnent bien.


Puis Lauren reparaît, marchant vers le bar pour en repartir un verre de vin rouge à la main. Elle a troqué le pull contre un haut plus léger, encourage les spectateurs à venir s'assoir tout près de la scène, lesquels s'exécutent sans se faire prier. En un peu plus d'une heure et deux rappels, elle délivre la quasi intégralité de Choreography, soit les mêmes qu'à la Fnac plus Crush (et ses superbes passages fredonnés), Another song about the darkness (où la voix porte très haut sur les refrains), Reasons to fall (montée en puissance dévastatrice) et Joshua (calme après la tempête). Ne manque que l'énergique Hiding in plain sight, dommage au vu de la (jolie) tristesse qui règne sur l'ensemble des morceaux. «Une relation habituelle donne une chanson de rupture. Une bonne relation en donne cinq» plaisante-t-elle. Il faut dire que le registre rock se défend moins facilement sans basse, batterie et arrangements additionnels. La monotonie pourrait même gagner les sceptiques devant cette prestation guitare-voix. Mais pour qui connait le répertoire de la dame par coeur, quel bonheur d'entendre les titres dans ce dénuement qui ne saurait survivre au succès (souhaitable) et à une future tournée en groupe.

Outre ses chorégraphies vocales enchanteresses, Lauren Hoffman reprend un morceau de son album précédent (Heavy Scene) et un de son premier (l'immortelle Fall Away). Après avoir dédié une reprise à ses "amis d'une autre planète" et s'être excusée plusieurs fois de "ne jouer que des chansons tristes", elle termine par un titre inédit écrit pour Bono (qu'elle admire) au sujet de la pauvreté du tiers-monde. Elle donne enfin rendez-vous dans quelques mois. Le temps des miracles ne s'achève donc pas ici.

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