Kyo - Interview

/ Interview - écrit par Loic, le 06/07/2005

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Interview de Kyo

La conférence de presse a lieu en même temps qu'un concert, nous obligeant à utiliser une sono et des micros pour couvrir la musique et la voix du chanteur. Nous avons pu voir le paradoxe Kyo en action : alors que beaucoup de monde n'aime pas le groupe, cette conférence était la plus peuplée entre curieux, teigneux et sympathisants.
Le groupe était venu au complet, pas sur la défensive mais avec beaucoup d'humour.
Il y avait donc Benoît (Chanteur), Florian (Guitare/Choeurs), Nicolas (Guitare/Sampler) et Fabien (Batterie/Choeurs).

(Autre désigne une personne présente à la conférence ne faisant partie ni du groupe ni de Krinein)

Krinein : Suite aux ventes impressionnantes du précédent album (Le Chemin), vous avez eu plus de moyens pour le nouveau (300 Lésions) ?
Benoît : En fait, on a déjà eu la chance d'avoir eu beaucoup de moyens pour Le Chemin et c'est vrai que la maison de disques a dit dès le départ « on va faire les choses bien » donc on a eu du temps, ce qui est quand même ce qui coûte le plus cher, et un studio avec du matos. C'est vrai qu'on a l'habitude de dire « l'album ne sortira pas tant qu'on ne sera pas satisfait complètement, on va faire décaler la date de sortie plutôt que de le sortir hâtivement » et on a eu le même type de fonctionnement pour 300 Lésions. On a de la chance.
Florian : On a pu se permettre d'aller faire des cordes à Londres, des vraies cordes, ce qu'on n'avait pas forcément fait sur Le Chemin parce que ça coûtait cher. C'est toujours assez impressionnant d'arriver dans les studios où t'as 20 musiciens qui jouent sur tes titres. Ils ont tous leur petit violon... c'est chanmé.

Autre : Moi je voulais savoir d'où vient le nom « 300 Lésions » ? Pourquoi ce nom d'album ?
Benoît : C'est un petit peu de la branlette d'artiste. Nan en fait c'est tiré d'un poème que j'ai écrit parce que j'ai écrit beaucoup de textes pour 300 Lésions avant les mélodies, avant la musique, ce qui n'était pas le cas pour l'album d'avant. Et donc j'ai écrit plein de choses qui au final ne sont pas devenues des chansons et qui sont restées des textes, des poèmes... des trucs comme ça. C'était le titre d'un des mes poèmes. On trouvait que ça représentait bien l'atmosphère de l'album qui est une fois de plus pour Kyo une énumération de blessures, en l'occurrence 300 exactement.

Autre : Et ces poèmes, vous comptez les médiatiser ou pas du tout ?
Benoît : Non, on les garde pour nous. Généralement, ce qui n'est pas sorti c'est ce qui n'était pas bien.

Krinein : Vous avez fait la couverture de Rocksound assez récemment et pourtant dans le même numéro, ils ont mis qu'ils ne vous aimaient pas vraiment. C'était pour chercher une reconnaissance parmi les lecteurs de Rocskound ou par pur désir sado-maso ?
Benoît : Nan mais déjà, quand on a fait la couverture, l'article n'était pas fait. On s'imaginait bien que ça n'allait pas être un article où on allait être encensé. En l'occurrence, j'aime bien cet article parce qu'il est constructif parce que des fois on a des critiques de merde du genre « Kyo ça vend des disques, c'est de la merde ». Ca je ne peux pas entendre, c'est insupportable. En revanche, là il y a des trucs qu'ils n'aiment pas et des démarches qu'on a faites qu'ils n'aiment pas. Ils le disent et ils disent pourquoi ; ça à la limite c'est intéressant. Après il y a un petit côté, pas sado-maso, mais plus provoc'. Ca nous plaisait de faire cela avec un gros *un riff de guitare bien puissant couvre la fin*. J'ai été censuré !

Autre : Bonjour, Nadia, Radio Vexin Val de Seine Les Mureaux.
Benoît :
On connaît bien.
Autre : Oui je sais. D'ailleurs on ne vous a pas revus depuis un moment
Benoît :
Depuis qu'on est connu. On est des vrais connards (rires).
Autre : Justement depuis cette reconnaissance du public, est-ce que vous pensez que votre style a évolué ?
Benoît : Disons qu'il y a eu une progression entre Le Chemin et 300 Lésions. Heureusement on est plus à l'aise avec notre dernier album qu'avec celui d'avant. Je dis « heureusement » parce que c'est quand même le but du jeu. A priori j'espère que le prochain... *la guitare continue* Ta gueule putain ! Le prochain...
Autre : Le prochain s'appelle « Ta gueule ! » ?
Benoît : Ouais voilà (rires). Nous on essaye d'évoluer d'abord pour pas qu'on se fasse chier - parce que dans ce cas on arrêterait la musique - et ensuite pas faire chier les gens, pas ressortir le même truc, la même recette, sans que ce soit un style complètement barré ; c'est loin d'être le cas. Ca reste très accessible et populaire mais oui il y a de choses qui ont changé dans 300 Lésions par rapport au Chemin comme le chant lexical qui s'est un petit peu élargi.
Florian : Le succès nous donne plutôt des ailes, des envies de faire des trucs...

Autre : Des envies d'être plus libre ?
Florian : Ouais, d'être un peu moins pote. Tu te dis que les gens vont écouter de toute façon 300 Lésions - c'était à peu près sûr - et que les média allaient s'y intéresser. C'était pas le cas de l'album d'avant. Quand on l'a sorti, on était totalement inconnu et on ne savait pas si on allait arriver comme ça et disparaître complètement. Donc là il y a ce petit coté rassurant. On a eu un petit peu de pression mais on s'est plutôt lâché. On s'est plutôt laissé aller.

Autre : Cette présence au festival Furia, vous pouvez nous l'expliquer ? C'est venu comment ? Dans le cadre d'une tournée ?
Florian : C'est notre tout premier festival d'été de cette année. En fait on a fait une quinzaine de dates plutôt dans des clubs depuis deux mois dont l'Elysée Montmartre et des salles avec entre 500 et 1000 personnes qu'étaient super agréables et là on entame les festivals donc on en a une dizaine un petit peu partout dont les Francofolies, un autre truc à Nîmes,... et après plus des Zénith et des salles encore plus grosses à partir de l'automne. Donc en octobre... *un mec fait les balances vocales au loin assez fort* Oh ! Oui il a du son (rires)... A partir d'octobre donc des Zénith jusqu'en décembre voir peut-être mars de l'année prochaine.

Autre : Et ces festivals d'été vous les abordez comment ?
Florian :
Avec un grand sourire. Et souvent en short. J'ai mis un string par contre. (rires)

Autre : Musicalement et scéniquement, ça va changer des choses d'être dans des festivals...
Florian :
Nous on aime beaucoup ça. En fait on s'est fait une tournée parfaite pour nous c'est-à-dire des petits clubs parce qu'on aime beaucoup se retrouver très proche des gens, les gens collés à la scène, avec un bar dans le fond et ce genre d'ambiance. On aime aussi les grosses salles comme on va faire en octobre et les festivals qui sont un peu au milieu. C'est une ambiance qui est particulière, qui est vachement festive, et tu peux rencontrer plein d'autres groupes. Tu regardes le matos qu'utilisent les autres musiciens. Et toi-même, tu te retrouves un peu en tant que spectateur. T'essayes de te glisser un peu dans la foule et voir des groupes que t'aurais jamais vus donc c'est assez agréable. Souvent on fait des rencontres formidables sur ce genre de date.

Autre : Est-ce que vous avez l'impression d'être attendus par le public ? Parce que le public des festivals est souvent exigeant ou différent, pas forcément les goûts de Kyo...
Benoît :
En l'occurrence, quand on regarde la programmation d'aujourd'hui, c'est clair qu'on est un peu l'ovni de la soirée mais je pense qu'on a beaucoup de fans et qu'ils sont venus nombreux ce soir donc c'est assez rassurant. Mais encore une fois on joue dans cette optique de progresser, d'évoluer... Les festivals c'est parfait pour cela parce qu'il y a de gens qui pensent que Kyo c'est de la merde. Il y en a peut-être qui repartiront en se disant c'était vrai et puis il y en a peut-être la moitié si on a assuré ce soir qui se diront qu'en fait c'est mortel. En tout cas, c'est le but.

Autre : Il y a un enjeu...
Benoît :
Oui il y a un enjeu qui est très excitant par rapport à... même si on s'éclate quand notre public est là parce qu'il y a un truc qui se passe qui est incroyable, là c'est totalement différent même si on a tout autant intérêt à assurer.

Autre : Vous vous êtes préparés aux sifflets ?
Benoît :
Mais non parce qu'on aime ça. On est super bizarre. On est un peu des tarés. Je me souviens d'un festival en Belgique l'année dernière, on s'était pris des tomates.
Fabien : Ouais mais que sur toi. (rires)
Benoît : Ca devient un jeu. Tu vois tu gagnes des points. Si tu lances la tomate deux fois sur le guitariste, t'as 50 points. Et après on t'offre un t-shirt Kyo à la fin. Nan mais c'est un truc qui nous amuse mais, c'est chiant comme réponse, en fait on a tellement de chance et on se marre tellement à faire ce qu'on fait que quand il y a des petits évènements comme ça qui sortent de l'ordinaire ça nous fait plutôt marrer qu'autre chose et ça nous permet de tester notre habileté à esquiver (qu'ils ont mis en pratique le soir même NDLR).

Autre : Moi je voulais demander si Kyo était content de ce qu'il faisait actuellement, si ce qu'il avait fait avant ça lui allait ou s'il regrettait des trucs - je pense surtout au niveau du style - et si par la suite ça allait rester pareil ou vous nous ne voyez pas de souci à ce que ça change radicalement ?
Benoît : Je pense qu'un virement extrême serait bizarre. Nous on essaye de faire évoluer notre musique. On est tout à fait ouvert à faire avancer les choses et explorer et on n'a pas assez d'une vie pour explorer tout ce qu'on a envie dans la musique donc on va essayer à chaque fois, à chaque album de ne pas renouveler le style mais euh... tu m'as compris ? Et voilà par contre avant le quatrième Kyo, je pense que chacun va faire un peu des trucs que ce soit dans la musique ou dans d'autres domaines artistiques. Tu veux être présentateur télé je crois savoir Florian ?
Florian : A la roue de la fortune.
Benoît : C'est le nouveau Christian Morin. Et nan je pense que depuis que ça commence à marcher pour nous, on enchaîne et on enchaîne. Quand tu enchaînes trop, à un moment tu n'as plus de recul sur ce que tu fais. Là ça va mais on n'a pas envie de continuer tout le temps album, tournée, album tournée... A un moment, tu n'as plus le temps de te poser. Je pense qu'avant le quatrième on fera d'autres choses chacun de notre coté parce que ça fait quand même 12 ans qu'on se voit tous les jours 24h/24 et ça se passe super bien mais à un moment donné, il faut qu'on s'accomplisse et qu'on s'épanouisse chacun de notre coté pour se retrouver et faire un album qui défoncera tout.

Krinein : Et vous avez des projets solo par exemple dont vous pouvez nous parler, ou c'est encore secret ?
Benoît : Solo je pense pas. Je ne sais pas pour les autres car on ne s'est pas concerté. Peut-être qu'on va apprendre des choses ce soir.
Florian : Un album de guitare.
Benoît : Avec que des solos et harmonisé ! (rires) Moi j'ai un projet de groupe, car j'aime le groupe, j'aime Kyo avant tout. Ca restera toujours le truc le plus important dans notre vie mais on a tellement de potes qui font de la musique qu'on a que l'embarras du choix quand on a envie de travailler avec des gens et de se marrer à faire de la musique. Et après soit ça sort, soit ça ne sort pas. Soit on fait des concerts, soit on n'en fait pas. Rien en solo donc mais on fera plein de trucs à côté.

Autre : Ce que vous faites, ça ressemble à ce que vous-mêmes écoutez séparément ou pas forcément.
Benoît : Ah non justement. C'est là un peu où je voulais en venir. Quand on se retrouve tous les 4, c'est Kyo et on est complètement en phase sur le style et sur ce qu'on a envie de faire mais je pense qu'au final on a tous des goûts qui peuvent différer mais s'il y a plein de groupes qu'on aime en commun comme Radiohead, System Of A Down, Coldplay... La liste est longue mais on écoute aussi des choses assez différentes. Moi j'écoute beaucoup de hip hop, je sais que Fab aussi, Nico et Flo ils écoutent des groupes vachement plus vieux comme les Pink Floyd. Ca n'a vraiment rien à voir.

Autre : Ce soir, il y a quelque chose que vous auriez aimé prendre le temps d'écouter ?
Benoît :
J'aurais aimé voir Luke, car j'ai jamais vu. Sauf à la télé. Ca avait l'air vachement bien. Je sais qu'il y a La Rumeur qui devait jouer. J'aurais beaucoup aimé les voir car il parait que c'est mortel sur scène. Le reste je ne sais pas, je n'ai pas trop regardé.

Krinein : Comment vous expliquez le fait qu'en France, le rock qui se vend - pour ne pas dire commercial - est si mal considéré ? D'où vient un tel clash qui fait que passé 15 ans, les gens finissent par penser cela ?
Benoît :
Nous ça change un petit peu avec cet album là. Il y a beaucoup de jeunes à nos concerts et qui achètent les disques. Nous on est à l'aise avec cela. Le rock à la base c'est une musique de jeunes. C'est un truc d'ado, un truc de rébellion... enfin peut-être pas forcément en ce qui concerne Kyo. Après c'est dans le son, l'attitude... La scène c'est un truc de jeune... Je ne sais pas pourquoi en France c'est péjoratif, c'est un truc qui m'échappe.

Autre : Vous dites que Kyo ce n'est pas un truc de rébellion mais alors vous voyez cela comment ?
Benoît :
Je sais pas. Comme un truc de fun. Quand on s'est rencontré il y a 12 ans et qu'on était des gosses, on a commencé à répéter ensemble et on s'est tellement marré à faire des reprises des Guns pitoyables et on adorait cela. On s'est dit « on veut êtres les Guns ‘n Roses, on veut boire du Jack Daniel's, se marrer dans les loges, plaire aux filles et faire des conneries. »
Fabien : et avoir un bandana.
Benoît : et avoir un bandana et un t-shirt pourri (rires). Ca a toujours été pour le fun et pour le plaisir. Il se trouve qu'on a réussi à en vivre et à en vivre très très bien au jour d'aujourd'hui. Après je pense que ça a évolué dans nos têtes aussi. En 10 ans, on s'est vachement concentré sur la musique et on a quand même travaillé pour que ce soit bien sur scène et on se casse le cul pour que nos albums ne soient pas comme tout ce qu'on entend. Peut-être qu'à notre âge, même si on est un peu des attardés, on commence à avoir une conscience sociale et politique, ce qui n'était pas le cas avant. C'est aussi pour cela qu'on prend notre temps avant le nouvel album. Peut-être qu'on aura envie de parler de choses différentes et de le faire bien donc on va prendre notre temps.

Autre : Combien de temps à peu près ?
Benoît :
Ca peut être long. J'ai un peu envie de changer de vie, d'être Antoine, de faire le tour de la Méditerranée, de faire des petits films avec de la musique de merde derrière, des pubs pour Atoll (rires)...

Krinein : Vous feriez par exemple une chanson sur Sarkozy et sur ce qui se passe en ce moment ?
Benoît :
Nan. Je ne sais pas. On n'est pas très au fait. (ironique) Qu'est ce qui se passe en ce moment ?
Krinein : Le contexte sécuritaire, les flics partout...
Florian : Ouais mais tout le monde le sait.
Benoît : C'est vrai qu'il y a plus de policiers, c'est vrai que je suis obligé d'avoir plus d'albums sur moi quand je fais des excès de vitesse. Tu vois c'est le problème de la justice en France. D'ailleurs je conseille à tout le monde de faire du rock et d'avoir un groupe qui marche parce qu'on peut passer à coté de plein de désagréments.
Autre : Ah bon combien de fois ?
Benoît : Je peux pas le dire. C'est une conférence de presse.
Florian : Il y a déjà beaucoup de gens qui font des chansons sur cela, vraiment au premier degré. Je trouve pas ça forcément très intéressant.

Krinein : Mais c'est parce que vous parliez de conscience politique...
Autre : Et on peut penser à Sinse et « Bienvenue en Chiraquie ».

Florian : Ouais enfin les mecs ils ont tous voté pour Chirac. J'espère même qu'ils ont voté pour lui au deuxième tour.
Autre : C'était particulier.
Benoît : C'est vrai. Mais perso je la connais pas cette chanson. Vous la connaissez ?
Autre : Oui mais je chante faux.
Benoît : Je pense que ce qu'est super important à dire c'est qu'il y a des gens qui font ça bien et qu'on n'a pas envie d'enfoncer des portes ouvertes donc on prend nos précautions et le jour où on fera une chanson là-dessus, ce sera le jour où on aura quelque chose à apporter au débat. Peut-être qu'aujourd'hui on est pas à même de la faire. Mais j'espère qu'on arrivera à parler de cela et d'autres choses.

Autre : Vous n'aimez pas Sinsemillia ?
Benoît & Florian : Si si.
Benoît : Je comprends les gens qui détestent Kyo parce qu'on est trop passé à la radio. Moi Sinsemillia j'en pouvais plus.
Autre : « Bienvenue en Chiraquie » ne passe pas à la radio...
Benoît : Nan mais je parlais du single.
Florian : Nous on aborde les choses d'un angle différent. On ne va pas citer Chirac car tout le monde sait ce qu'il fait. Tout le monde sait ce que fait Sarkozy. Tout le monde sait ce qu'il ne fait pas aussi. On sait que la France est dans la merde, qu'il y a beaucoup trop de chômeurs... Après si on dit « le chômage et la guerre c'est mal » ça sert à rien. Nous on a un angle un peu plus social, le fait de parler de nous, êtres humains, à d'autres humains, sans passer par les média, la politique en citant gauche, droite,... Pour moi, c'est tous des pourris. J'aimerais pas avoir Jospin comme président non plus. Je préfère parler aux gens directement, leur donner un peu d'espoir et qu'ils s'épanouissent dans la vie. Ce sera déjà une belle étape de faite.
Benoît : Il y a plein de gens qui pensent que comme on n'aborde pas ce genre de sujet, qu'on parle de choses qui nous touchent nous, on ne fait pas avancer les choses et on ne fait pas de bien aux gens. C'est une erreur car la plupart du temps on reçoit plein de lettres qui disent qu'on arrive à aider les gens, à leur faire traverser des épreuves. Au début, on était super étonné et on disait « ah bon ? ». Et en fait, une chanson comme « Je saigne encore » qui parle de l'adultère, on pensait que c'était une truc très perso mais tous les gens à qui s'est arrivé, ça leur a fait du bien. C'est une démarche moins politisée mais qui fait du bien aux gens aussi.
Florian : Faut aussi écouter un peu les textes de temps en temps et les décrypter. Ce n'est pas parce que tu ne cites pas Sarkozy dans ta chanson que tu ne parles pas de lui. Mais pour cela faut s'intéresser un petit peu plus, pour les gens qui pensent que ça ne parle pas de ce genre de choses. Tout n'est pas premier degré dans les textes. C'est ce qui est intéressant.
Benoît : Il y a des codes franc-maçon dans nos chansons (rires).

Krinein : Quelle est votre plus grosse prise de conscience récente ?
Benoît :
Déjà, faut savoir qu'il y a des choses qui ne se passent pas bien en France mais il y a un truc qui gonfle aussi c'est qu'il faut aller voir juste ailleurs. En France, on a l'accès aux soins. On a les intermittents du spectacle alors qu'il faut savoir que ce n'est pas le cas en Angleterre, en Belgique et qu'il y a très peu de pays en Europe dans lesquels ça existe.
Florian : Dans aucun.
Benoît : Dans aucun ? On est les seuls ? Bon bah on est dans un pays où il y a des choses qui ne vont pas mais on est extrêmement privilégié et ça on fera peut-être une chanson pour le rappeler vu qu'on aime bien faire chier le monde. Mais bon... dans nos projets, on a prévu de faire le tour du monde. Peut-être prendre un an pour aller voir ailleurs ce qu'il se passe, prendre une vieille caisse pourrie -un diesel - et prendre du recul par rapport à notre pays.

Krinein : Et vous feriez ça totalement en solo ou ça aboutira sur une série de concerts avec un dvd à la clé ?
Benoît :
Ah non vraiment rien à voir. C'est le road trip. On a maté Carnets de voyage il y a pas longtemps et on s'est dit « ok c'est bon on s'arrache » avant qu'on vieillisse.
Florian : On n'a pas pu le faire quand on était étudiant. Ca doit faire 4 ans qu'on n'a pas eu plus de 10 jours de vacances de suite. Tu vois, partir comme un bon étudiant avec son sac...

Autre : Et ce serait dans combien de temps ?
Benoît : C'est difficile à dire. J'aimerais sortir un album avant le quatrième Kyo, faire un film avec mon pote Marc, faire un quatrième Kyo, faire le tour du monde et sans oublier la fête des mères à chaque fois et je sais pas trop dans quel ordre ni combien de temps ça va me prendre. On a 26 ans et on s'est laissé encore 4 ans pour être cons et faire toutes les conneries qu'on a envie de faire avant de fonder une famille et d'être sérieux.

Krinein : Vous pensez trouver des sonorités nouvelles dans ce tour du monde ?
Benoît :
Ouais c'est le but aussi. Il y a plein de musiques tribales qui sont assez fascinantes et on voudrait s'inspirer de cela aussi. Si ça se trouve on ne va pas du tout le faire et se dire « bah putain le rock c'est quand même ce qu'il y a de plus cool. Vive la Californie ! » ou peut-être qu'on va changer. On n'y va pas pour changer mais pour voir.

Krinein : Un pays en particulier ?
Benoît :
Je pense qu'on va rester en Thaïlande plus longtemps qu'ailleurs, sur les belles plages.... C'est vachement instructif (rires).
Florian : Connaître les différents types de cocotier.
Benoît : Apprendre à faire un bon mojito. Je pense que c'est important et qu'il y plein de gens qui ne savent pas le faire.

Autre : Quel est votre meilleur souvenir, votre meilleur public, meilleure salle... et votre pire souvenir ?
Benoît :
Celui qu'on a oublié ?
Autre : Celui que vous voulez faire croire que vous avez oublié.
Benoît : Je sais pas... Généralement y a 3 publics : Lille ça défonce, Marseille ça défonce et Bruxelles. C'est généralement des publics où c'est flagrant, c'est des gens qui aiment festoyer plus que les autres et qui sont au taquet du début à la fin quand ils vont à un concert. Nous on a de la chance car tous nos concerts se passent bien jusqu'à maintenant et il y a toujours une bonne ambiance. Dans ces villes-là, c'est assez particulier.
Florian : y a Rennes aussi. En Bretagne ça varie un peu plus. Rennes, Nantes... ça boit, ça fait la fête. Nan mais c'est vrai... du moment que tu conduis pas après. Tu prends le bus.
Autre : C'est politiquement correct.
Florian : C'est légal l'alcool en France.
Autre : Du moment que tu ne tues pas quelqu'un au volant.
Florian : Et donc t'attends le mauvais souvenir ? On n'en a pas énormément... J'ai perdu mes clés lors du tournage du dernier clip à Montreal. Quand je suis arrivé chez moi, je les avais plus. Mon sac de voyage c'était craqué, c'était un moment très dur à vivre.
Krinein : C'était une des 300 Lésions ?
Florian : 301 Lésions alors (rires).

Autre : Mais sinon niveau musical ? Une galère avec les instrus, le public...?
Florian :
On en a eu une où on a eu des petits problèmes techniques. C'était à Lille justement. On était en première partie et on a du finir le concert en acoustique et les gens était à donf, ils ont chanté les morceaux qu'ils connaissent à peine et pour le refrain ils chantaient avec nous...
Autre : En fait c'était un bon souvenir ?
Florian : (rires) Ouais mais ça commençait très mal. Personne n'a un mauvais souvenir ?
Benoît : Je sais pas. J'ai eu une gastro à l'Olympia.
Florian : Une gastro à l'Olympia ? c'est plutôt un bon souvenir ça !
Benoît : Avec du recul, c'est vrai que c'était marrant.

Autre : Et votre premier concert, c'était un bon souvenir ou pas ? Le tout premier.
Benoît :
Déjà, tous nos premiers concerts il n'y avait personne. Mais vraiment personne. Je me souviens qu'une fois on avait fait un concert exclusivement de reprises de Korn. Je pense qu'au bout de 3 chansons il n'y avait plus personne mais ça ne nous a pas empêché de faire 1h30. Là encore c'était pas un mauvais souvenir.
Fabien : Il restait les 3 fans de Korn.
Florian : Sinon on a fait un showcase dans une fnac. Des fois tu joues un petit peu entre les rayons, entre la « pop-rock ». Et des fois c'est une salle carrément à part en sous-sol donc c'est cool, t'es bien sauf que personne ne vient. Y'avait personne. Il y avait notre manager, le mec qui fait le son et le mec de la fnac. Il y a un mec qu'a passé la porte. Il a regardé. Il a vu qu'il y avait personne et il s'est barré. (rires) Et voilà, on a fait notre petit showcase. C'était cool.

Autre : Encore un bon souvenir en fait... Et les concerts à ciel ouvert, ça vous plait ?
Florian :
Oui beaucoup. En plus, là on va jouer et il commencera un peu à faire nuit. Donc c'est juste le moment où le soleil se couche et où la lumière commence à prendre un petit peu de romantisme... je rappelle que j'ai mis un string. Nan c'est super agréable. Nous on aime beaucoup varier entre les petits et les grands trucs et là en plus il y a l'ambiance des festivals qui est excellente. Vers 22h, ça commence à devenir un peu excitant. Les gens ont commencé à se mettre des races au soleil. Ca va être bien. Les gens ne se tapent pas dessus comme à la fête de la musique. T'as vu le message un peu social ?

Autre : Excusez-moi je vais peut-être casser un petit l'ambiance par rapport à vos souvenirs de concert mais votre venue a semé la polémique sur le forum du furia avec un débat « pour ou contre Kyo ». Jusqu'à maintenant, Furia avait une identité assez « propre ». J'imagine que votre venue sur d'autres festivals a causé le même genre de polémique. Qu'est-ce que vous en pensez et comment vous appréhendez votre passage ce soir ?
Benoît : C'est quoi le résultat de la polémique ?
Florian : On a gagné ou on a perdu ?
Autre : Je n'ai pas lu les 20 pages du forum mais les avis étaient très partagés. Il y avait plus de gens contre.
Florian : C'est là que commence le fascisme.
Fabien : Mais au passage, souvent les gens qui sont contre vont poster comme des fous sur tous les sites. Et puis il y a les gens qui s'embêtent un peu et qui s'occupent en nous cassant.
Benoît : En plus nous on est tellement habitué à cela que je ne sais même plus ce qu'on en pense c'est-à-dire que Kyo, à chaque fois, c'est la polémique. On connaît le délire par coeur, on l'a vécu 1000 fois, on le vit encore aujourd'hui. Mais bon... Nous on est là, on a des bières plein le frigo. En plus on a bien mangé. On discute avec des gens sympa, on va faire un concert ce soir et on adore jouer. Je crois qu'on s'en fout vraiment.
Fabien : Par contre le mot « propre » je ne sais pas comment le prendre. On est des garçons propres.
Florian : Ce qui est assez marrant c'est que la plupart du temps, ce sont les fans qui se prennent la tête et pas les groupes. Nous on est très pote avec des groupes comme Mass Hysteria qui sont contents quand ils nous voient et n'ont pas envie de tourner le dos. La musique c'est un partage contrairement à la politique où on peut se prendre la tête. La musique ce n'est pas fait cela pour cela. Un festival c'est prévu pour qu'on fasse la tête. Y'a plusieurs scènes donc personne n'est obligé de nous voir. Ils peuvent aller sur une autre scène, boire des coups... On jouera pas trop fort, on ne veut pas les déranger.
Benoît : Je crois qu'il y a 3 types de personnes qui écoutent de la musique. Il y en a qui écoutent la radio et ça leur suffit. Ils sont peut-être un peu mouton par rapport à ce qu'on leur propose. Il y en a d'autres qui aiment la musique, qui font attention, qui écoutent des trucs variés et puis il y en a d'autres pour qui c'est une identité à base de « j'écoute cela donc je suis quelqu'un parce qu'on est pas nombreux. On forme un clan, une minorité donc j'existe ». Pour Kyo, c'est pas possible. Le succès est tellement populaire donc tous les gens qui auraient pu aimer ce qu'on fait n'ont pas envie de faire partie de « tout le monde ». Donc ils rejettent cela et c'est dommage. Nous on était super fan des Smashing Pumpkins à la base, quand c'était pas du tout connu en France. A un moment donné, sur le troisième album, c'est devenu énorme et tout le monde s'est mis à connaître, à parler de ça. Pareil pour Muse. Et nous on adore toujours les Smashing Pumpkins, on adore toujours Muse. On écoutait le premier album de System Of A Down. Là ils ont rempli un Bercy entier et ils sont numéro un des ventes dans 20 pays d'Europe et on continue d'adorer ce groupe. Leur dernier album c'est le putain de meilleur album qu'ils ont jamais fait. Ce n'est parce qu'un groupe se vend qu'il ne faut plus aimer. Quand on est un petit peu artiste, on sait que c'est une démarche ridicule.
Fabien : Le mot de la fin : « Cabriole ». C'est pas le meilleur.
Benoît : Merci à tous pour ce débat intéressant. Nous on va aller se préparer.

Remerciement au groupe et à Jennifer pour les contacts.
Propos recueillis par CBL et Mad dog

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