Kool Shen - Interview

/ Interview - écrit par Toma, le 13/11/2004

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Interview de Kool Shen

A l'occasion de son passage à la coopérative de mai à Clermont Ferrand, Krinein a interviewé Kool Shen. Prévu à 18h, notre interview sera légèrement décalée. Pour s'excuser les membres de l'équipe IV my people nous permettent d'assister aux balances. C'est plus qu'original de voir un artiste sur scène, dans les mêmes conditions que le concert, mais devant une salle totalement vide. C'est aussi l'occasion de découvrir un Kool Shen ultra perfectionniste à l'affût du moindre larsen. Nous entendrons 5 fois de suite la même chanson avant que cette séance de réglages se termine. Nous montons ensuite dans les loges de la coopé pour commencer notre entrevue. Kool Shen, nous met très rapidement à l'aise et nous voici parti pour un quart d'heure d'interview.

Krinein : C'est un nouvel album pour vous mais c'est surtout votre premier album solo. Comment vous est venue l'envie de le faire ? C'était quelque chose que vous aviez prévu depuis longtemps ?
Kool Shen : Non, c'était je vais pas dire un concours de circonstances mais disons que depuis qu'on a fini avec NTM en 98, on a monté IV my peoples. Le premier but c'était de sortir des nouveaux artistes sur des nouveaux albums. C'est ce qu'on a fait avec des artistes comme Busta Flex par l'intermédiaire de WEA. Quand on est sorti vraiment en indépendant on a sorti Salif, Serum, là on est en train de travailler l'album de Toy. On a fait des projets collectifs, on a sorti une compile qui s'appelle Certifié Conforme, un album collectif qui s'appelait IV my peoples Zone et pendant ce temps là moi j'écrivais des trucs de mon coté et y'à un moment donné j'avais suffisamment de matière et je me suis dit : bon je vais vraiment me concentrer sur mon album solo. Ça n'a pas été après l'album d'NTM un truc du genre « maintenant il faut que je me concentre sur mon album solo ».

Krinein : Donc sur l'album il y a certains titres qui sont assez anciens ?
Kool Shen : Oui tout à fait, il y en a qui date de 2000.

Krinein : Comment s'est déroulée la création de l'album ? C'est un album solo mais vous n'avez sûrement pas dû le faire tout seul dans votre coin !
Kool Shen : Ben un peu à vrai dire. De toutes façons à la limite moi, toutes ces années, j'écrivais tout seul dans mon coin. Après il se trouve que quand on est en studio t'as des personnes de IV my People qui passent de temps en temps comme Zoxea, Serum ou Toy, y'a aussi des potes, pas que des gens de IV my peoples. Mais en réalité t'es un peu tout seul dans ton coin. La conception de l'album je l'ai faite tout seul.

Krinein : Ça fait une grande différence par rapport aux albums d'NTM où vous étiez 2 ?
Kool Shen : Ben ouais t'as personne, t'as pas ton pote que tu peux appeler et à qui tu dis : voilà j'ai écris ça, qu'est-ce que t'en penses ? Pis là il peut te donner une bonne idée et ça te fait rebondir. Là t'es vraiment seul.

Krinein : Ça permet aussi d'être plus libre dans la création !
Kool Shen : Ouais mais en même temps avec NTM on était très libre. Quand il y avait un thème sur lequel y'en avait un qui avait pas trop envie d'écrire, on faisait des solos. J'ai fait That's my peoples, c'est un titre solo. Sur le dernier album d'NTM Joey a fait Je vis juste. On a toujours fait des épopées un peu solos même à l'intérieur d'NTM. Y'avait déjà une totale liberté. Maintenant peut être que pour des trucs vraiment personnels là j'ai pus les mettre en avant alors que sur NTM ça n'avait pas lieu d'être.

Krinein : Le fait d'être signé sur votre propre label élargi encore cette liberté.
Kool Shen :
On était au contrôle de tout de a à z.

Krinein : Déjà à l'époque ?
Kool Shen :
Ouais même chez Epic. C'est nous qui nous occupions des pochettes, des visuels, des clips, de la production, c'est nous qui choisissions notre mixer,...
Après Epic c'est une équipe de promotion, de marketing, c'est une grosse machine derrière. Mais sinon artistiquement on avait une liberté totale déjà chez Epic donc pour IV my People ça change pas.

Krinein : D'ailleurs c'est quoi votre rôle au sein de IV my People ? J'ai lu que vous étiez directeur artistique mais concrètement ça consiste en quoi ?
Kool Shen :
Ça consiste à repérer des artistes entre guillemets qui m'intéressent, et d'essayer de déceler des gens qui sont capables de faire une carrière même si tu sais pas la première fois que tu le vois. Mais en tous cas essayer de pas signer des gens qui font un morceau qui marche bien et qui sont pas capables de faire d'autres trucs derrière. Si un mec te ramène 5 morceaux et que c'est 5 fois le même tu sens vite que ça va tourner en rond. En gros c'est essayer de déceler en très peu de temps et avec peu d'informations quelqu'un qui est capable de faire du hip hop pendant un bout de temps.

Krinein : Et vous intervenez beaucoup dans la production même ?
Kool Shen :
Ouais, j'ai forcément le nez partout. J'ai pas que le rôle d'un directeur artistique et j'ai pas non plus vraiment entièrement le rôle d'un DA. Un vrai DA il va vraiment intervenir. Enfin en même temps il va intervenir sur les groupes qui n'ont pas vraiment d'identité. Notre DA par exemple on l'a jamais vu avec NTM. On n'a jamais eu personne en studio avec nous qui donnait son avis sur les trucs qu'on avait à faire. Mais moi je dois aussi aller au bureau, m'informer des budgets des choses comme ça donc c'est encore une autre partie. J'ai pas un rôle fixe et à plein temps tu vois. Je suis les projets du début jusqu'à la fin mais un peu de loin. Je suis pas constamment avec les artistes en train de leur dire « fais ci fais ça ». Quand tu signes un artiste t'es content quand c'est vraiment un artiste qui sait où il va et à qui t'as pas besoin de dire ce qu'il doit faire.

Krinein : Vous essayer d'éviter de faire ce que vous n'aimeriez pas avoir : quelqu'un trop derrière votre dos.
Kool Shen :
Voilà on essaye. Après comme tout le monde on est là on donne des conseils comme je te disais. Quand Alcide H et Dany Boos (qui forment le groupe SERUM ndlr) passent en studio ils vont me dire la même chose que moi quand c'est leur album. « Voilà moi j'aime pas trop ci, ça, ça je trouve que ça manque d'énergie, ça je trouve ça trop mou,... ». Voilà tu donnes des conseils.

Krinein : Vous avez été impliqué dans le travail graphique de la pochette de l'album, avec les textes qui sortent de vos mains ?
Kool Shen :
Ouais. On l'a fait ensemble moi et un mec de IV my people qui vient du graffiti et qui s'appelle Nosé. Il a niqué la France un peu partout à coups de graffiti et maintenant il bosse pour la marque 2 High. Et il fait aussi les visuels des différents albums IV my people. On se connaît très bien, il connaît mon univers. On a fait une séance photo pis cette photo m'a plu donc on l'a gardée pis on l'a travaillée. Et puis comme j'aime bien la calligraphie voilà. C'est mon écriture d'ailleurs sur la pochette.

Krinein : En ce qui concerne le titre de votre album Dernier Round. Il fait clairement référence aux albums d'avant, les Clashs entre IV my People et Boss. Le fait que ce soit le dernier round signifie-t-il que vous vouliez faire une rupture avec le passé ?
Kool Shen :
C'était pas de ce but là mais je trouvais que ça fonctionnait bien avec les albums du Clash. Et puis y'a un morceau qui s'appelle Dernier Round avec Oxmo Puccino qui est le dernier titre de mon album. Ce morceau dit qu'il faut faire comme si c'était le dernier round parce qu'on sait pas ce qui va se passer demain donc il faut vivre la vie à plein temps. C'est ce que ça dit, c'est ce qui transpire de mon album. Un côté un peu urgence pessimiste. Je trouvais que ça résumait bien l'album en fait.

Krinein : Le concept même de « Round » fait directement référence à la boxe. Ça vous plait cet esprit boxe, battle,... ?
Kool Shen :
Oui tout à fait le coté challenge, compète. Nous on toujours vécu ça un peu comme une compète donc ouais. Déjà à la base, même entre nous, on était associés, mais au moment où on passait derrière le micro, on essayait de faire mieux que l'autre.

Krinein : C'est peut être après ce qui vous a donné envie de faire les albums Clash justement. En fait on a l'impression qu'il y a toujours eu une continuité : NTM, les Clash et maintenant Dernier Round...
Kool Shen :
Oui mais moi j'avais envie de garder l'esprit NTM dans ce que j'ai fait. De toutes façons je sais pas faire autres choses donc ça se ressent. Même si c'est un album solo je me sens pas tellement différent quand je rappe en solo que quand je rappait avec mon collègue.

Krinein : D'un point de vue Artiste, « Directeur artistique » et tout simplement internaute, que pensez-vous du téléchargement ? Le format DVD+ de votre album c'était pour limiter un peu le piratage ?
Kool Shen :
Même pas à la base je te jure. C'est juste qu'aujourd'hui y'a moyen avec les nouvelles technologies d'avoir sur le même disque un côté audio et un côté vidéo pour le même prix. Mon CD il est pas plus cher qu'un autre CD donc tant qu'à faire autant donner aux gens un peu plus. Parce que je trouve que les disques sont trop chers par exemple, tu vois. La TVA, c'est pas normal, elle est à 5,5 sur les livres et sur les CDs c'est pas la même chose. Je trouve ça problématique. Donc si on a l'occasion de donner plus, que ça nous coûte pas plus et que ça revient pas plus cher au client c'est l'idéal pour tout le monde.
Après pour l'histoire du téléchargement il faudrait vraiment qu'il y ait une législation, quelque chose qui régit un peu l'histoire pour que les producteurs et les artistes puisse toucher des sous quand on télécharge leurs morceaux, ce que je trouve assez normal.

Krinein : Mais en même temps ça permet de découvrir des artistes inconnus ?
Kool Shen :
Si on disait je les découvre et après je vais l'acheter je veux bien mais vas-y c'est quoi le pourcentage des gens qui découvrent et qui vont l'acheter. Celui qui l'a téléchargé et qui l'a chez lui, tu vas pas me dire qui va au magasin pour acheter le truc. Ok découvrons mais téléchargeons pas ! On peut écouter, pourquoi tu télécharges ? Parce que je la connais la rengaine : C'est une façon de découvrir. Ben alors découvre, écoute chez toi pis tu vas au magasin pour acheter le disque. Mais c'est pas le cas. A un moment donné on va pas se voiler la face, si tout le monde ou une grosse partie des gens téléchargent ben la musique elle va mourir.

Krinein : En parlant de musique qui va mourir, on entend beaucoup aujourd'hui que le rap français est mort, qu'il n'y a plus de vrai rap français. Qu'est ce que vous pensez du rap tel qu'on l'entend aujourd'hui sur les radios ?
Kool Shen :
Moi je peux pas généraliser, c'est trop compliqué de dire « Le rap ».

Krinein : Non mais disons qu'on va avoir d'un côté les groupes vachement commercialisés et de l'autre des groupes comme par exemple La Rumeur, avec les problèmes qu'on leurs connaît avec Skyrock ou le ministère de l'intérieur. Qu'est ce que vous pensez de groupes comme ça qui s'oppose plus ou moins à Skyrock par exemple ?
Kool Shen :
Je pense que c'est aussi parce qu'ils passent pas sur Skyrock qu'ils s'opposent à Skyrock. Maintenant si tu veux mon avis sur la politique de Skyrock je la trouve pas une seconde hip hop malheureusement. C'est un diffuseur de peura mais bon...
Y'a encore 4, 5 ans y'avait certains trucs qui étaient pas acceptables mais maintenant c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres. Aujourd'hui c'est du n'importe quoi.
Maintenant on connaît les médias, s'ils veulent toucher plus de monde et c'est ce que veut faire Skyrock, ils veulent concurrencer avec NRJ. Donc y'a un moment donné où c'est plus du tout hip hop. Je sais pas si ça l'a été vraiment un jour en tous cas ça l'est vraiment plus aujourd'hui. Ouais c'est un problème parce que c'est le seul diffuseur de peura en tous cas au niveau national.

Krinein : Parce que pour vous c'est vraiment l'élément marketing majeur pour la promotion d'un album...
Kool Shen :
C'est quasi incontournable. Enfin t'as La Rumeur qui fait sans Skyrock par exemple, mais ça se ressent dans les ventes.

Krinein : On peut donc y arriver par une autre voie. On peut contourner Skyrock quand même...
Kool Shen :
Ils passent pas par une autre voie La Rumeur. Ils sont pas joués par Skyrock c'est tout. Tout le monde se débrouille aussi sans Skyrock. J'ai commencé en 88 à péra et Skyrock a commencé à nous diffuser en 95 donc j'ai fait 7 ans sans Skyrock. On peut vivre sans Skyrock.

Krinein : Oui mais en terme de vente de disques...
Kool Shen :
Enfin tu vois faut pas se leurrer non plus. Je suis pas en train de critiquer La Rumeur, je suis en train de te dire qu'ils font différemment mais qu'ils ne vendent pas de disque. Un peu, mais pas suffisamment pour vivre quoi. Donc c'est compliqué et de toutes façons, t'as pas d'autres solutions que de faire comme ça. Pas besoin de parler de La Rumeur, Serum ils passent pas sur Skyrock. Ben qu'est-ce qu'ils font, ils font des tournées. Ils ont fait 25 dates avant de faire ma tournée. On fait tous la même chose quand y'a pas Skyrock, on va pas leur donner une médaille non plus à La Rumeur.

Krinein : Merci d'avoir pris du temps pour Krinein.
Kool Shen :
Pas de problème, c'est cool.


Nous remercions vivement Kool Shen ainsi que tous les membres de son équipe qui se sont occupés de nous pour que cette interview se déroule dans les meilleures conditions.

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