8/10L'alchimie des monstres par Klô Pelgag

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 26/02/2014
Notre verdict : 8/10 - Magique (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Avec un nom étrange qui ouvre la porte à de multiples horizons, avec une pochette et un titre d'album dignes de Max et les maximonstres, Klô Pelgag et son Alchimie des monstres partent forcément avec un a priori positif. D'autant plus que l'EP de la jeune Québécoise nous avait plus que charmé. Résumer cet EP en quelques mots était un exercice difficile tant la musique semblait, comme une fleur, pousser petit à petit, éclore et puis se faner, et de nouveau pousser. Toujours est-il qu'avec quelques titres marquants comme Ariane il nous avait enchanté. Comme L'alchimie des monstres nous enchante. À condition de considérer le sens premier d'enchanter qui a forcément un aspect magique.


Ensorcellement

Cet ensorcellement repose principalement sur trois charmes séculaires : une voix très originale, une musique foutraque et des paroles imag(in)ées. Commençons par la musique si vous le voulez bien. Klô Pelgag qui, au passage, est simplement le pseudonyme de Chloé Pelletier-Gagnon, construit avec un ensemble de cordes (violon, alto, violoncelle, contrebasse, guitares évidemment), un peu de piano et des cuivres (basson, clarinette) une sorte d'édifice en équilibre qui manque chaque seconde de s'étaler par terre mais qui tient bizarrement par tout un tas de petites trouvailles, de mille machins comme ce que peut faire par exemple les Tit'Nassels mais au service d'une musique qui ne ressemble à rien de déjà entendu. C'est exotique et occidental, expérimental et chanson pop. Et férocement original.


Un maximonstre. Enfin presque.

 

Chemins de traverse

Peut-être que le ciment de cette construction est cette voix inimitable, perchée, légèrement rauque qui sonne comme celle d'un fée qui, en prenant des chemins de traverse, aurait perdu l'aspect cristallin de son organe. Cette voix qui sait se faire douce ou plus énergique semble toujours à deux doigts de sombrer dans la folie ou de s'envoler en ne laissant qu'un vague souvenir derrière elle. Pour parfaire le tableau, cette voix parvient aussi à garder, et c'est assez rare pour être signalé, une partie d'accent québécois : ce dernier se tient en tapinois au long de l'album, ne se montrant franchement que de temps en temps mais imprégnant chaque mot, chaque syllabe.

Silence épouvantail

Si la musique est la structure déstructurée de L'alchimie des monstres, si la voix est l'omniprésent et nécessaire liant, les paroles sont la touche finale, le parterre de fleurs devant le mur, la pelouse derrière la maison. Klô Pelgag est apparemment fan de Vian, de Dali ou de Magritte et le moins que l'on puisse dire est que le surréalisme imprègne L'alchimie des monstres, ne serait-ce que dans les titres qui sonnent comme autant d'absurdes mais magnifiques paysages : La neige tombe sans se faire mal, Le silence épouvantail ou La fièvre des fleurs. Pour ce dernier morceau, il faut d'ailleurs noter l'excellence de l'écriture qui parvient à cacher une cruelle réalité par des mots fleuris comme vous pouvez le voir dans le très beau clip ci-dessous.


Oui cette photo fait peur.

 

S'il nous faut quand même signaler que à hautes doses, la voix de Klô Pelgag peut, peut-être, devenir irritante, il n'en reste pas moins que cet album fait partie de ces expériences étonnantes qu'on ne rencontre pas tous les jours en musique.

Point fort : l'originalité

Point faible : un peu de lassitude à la dixième écoute

À découvrir La fièvre des fleurs

Klô Pelgag – L'alchimie des monstres

01. Le dermatologue
02. La fièvre des fleurs
03. Les corbeaux
04. Comme des rames
05. Tunnel
06. Le silence épouvantail
07. Rayon X
08. Nicaragua
09. Taxidermie
10. Les mariages d'oiseaux
11. La neige tombe sans se faire mal

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : White crocodile et Fragile, deux EPs, deux univers, deux réussites