9/10Kaly Live Dub - Fragments

/ Critique - écrit par Dat', le 29/04/2008
Notre verdict : 9/10 - Never trust a Kaly (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 1 réaction

Kaly Live dub enflamme le dub français, pour en tirer ce que l'on pourrait y trouver de mieux, et accouche d'un album indispensable.

On a énormément parlé de High Tone, Zenzile et Ez3kiel au début des années 2000. Porteurs de l'étendard Dub à la Française, ces trois groupes, toujours en activité, et peu avares en changements de tessitures et directions, ont tous occupé le terrain d'une façon fascinante depuis 8 ans. Pour les amateurs, ceux qui se sont fait emporter dans le courant Dub dès la première mesure du premier disque du genre écouté, il devenait alors indispensable de creuser le giron, de s'engouffrer dans une brèche qui allait connaître une véritable petite explosion entre l'aube du nouveau siècle et 2004. Des groupes de Dub français en veux-tu en voila, des side-projects en cascade, explosant les barrières, flirtant avec tous les genres dans une partouze enfumée ô combien galvanisante. Pour les amateurs des groupes précités, Kaly Live Dub devenait l'alternative indispensable aux "grosses sorties" (toutes proportions gardées) avec un premier album alien, presque dérangeant dans sa forme, avec ce quart d'heure de musique placé en intro, manifeste certain d'une envie d'éclater les structures et de partir dans les coins les plus jouissifs de l'electro-ethno-dub.

D'un album étrange bricolé dans un garage à l'imposant Répercussions, en passant par le monolithe Hydrophonic qui étonnait par son coté homogène et presque "roots", là ou tous les petits camarades amorçaient un virage électro ou rock plus appuyé, Kaly Live Dub a imprimé une patte clairement identifiable pour tous, en gardant une ligne et une façon de fonctionner presque rassurante au vu d'une famille musicale qui commençait à sérieusement bouchonner après quelques années.

Et c'est après une collaboration affolante avec notre grand trompettiste national Erik Truffaz que Kaly nous sert un nouveau disque, très attendu pour tous les amateurs d'un mouvement qui semble completement noyé par une vague dubstep, sur toutes les lèvres, ne laissant que peu de place aux disques dénués de wobble bass...

 

A Breath Of Fresh Attire

Kaly a beau exploser dans toute les directions, le groupe a toujours gardé ce "groove" Dub, cette basse cristalline autrefois inhérente au genre. Et c'est sûrement ce qui a toujours fait la force d'un groupe comme Kaly. Savoir se poser sur tous les terrains sans jamais lâcher sa racine première, cette envie de faire danser la nuque de l'auditeur, d'imprimer un mouvement perpétuel sur votre corps, tout en envoyant valdinguer votre esprit dans la stratosphère.

Kaly Live Dub au grand complet
Kaly Live Dub au grand complet
Et c'est par des rythmes pachydermiques que le groupe va accueillir vos tympans. Va administrer la mandale réglementaire, avec un son lourd, grave, rampant, qui tente d'étouffer une basse Dub qui serait à peine discernable si cette dernière ne mourait pas dans des échos absolus. Cordes menaçantes, vibrations extatiques, on assiste à un vrai tabassage en règle. Du bon vieux dub bien crade et massif, à s'en pourlècher le trou du cul, et avec le sourire s'il vous plait... Même son de cloche avec Broken Atom qui va dérouler des paraboles âpres comme la mort, noyées dans des reverbs à filer le vertige, le tout surplombé de discours à la véhémence presque hip-hop, brocardant la foule des que la structure prend soin de pilonner les passages plus calmes du morceau. Naviguant entre vagues de violence et passages presque atones, Broken Atom se vit comme une guerre des tranchées.

Frein à main, comme si le groupe se rendait compte que les chevaux avaient été lâchés dès le début (non sans oublier de vous foutre un coup de sabot dans la mâchoire), les deux titres suivants agissent comme une vraie plongée au sein d'un univers malade. The Crumb renvoie au meilleur du Dub electro à la française, avec cette rythmique sautillante et claire, embourbée dans des cordes lointaines, émoussées par un travail de sample à faire frémir. On vous balance au milieu d'un temple d'une immensité ahurissante, les fantômes tournent autour de vous, vous susurrent de l'inintelligible à l'oreille, et font frémir avec grâce des cordes orientales semblant sortir de nul part.

Ce qui impressionne, c'est cette notion d'espace, d'immensité, de flottement. On erre sans but dans une gravité viciée, qui nous trimballe au gré de la bande Kaly. Notion sublimée avec le sublime (ça ne s'invente pas) Magnetic Dust. Ici, le lourd bagage dub est oublié, on plonge dans une pop éthérée et céleste, emplie de tintements cristallins, bercée par une voix angélique et des bruits sourds. Magnetic Dust , c'est regarder la voix lactée une bière à la main avec des brins d'herbe qui vous caressent doucement les pieds sous l'effet du vent, et le portable qui vibre au loin, désintéressé. C'est voir toute une ville basculer dans la nuit tous éclairages dehors, perché sur le plus haut de son immeuble. C'est rêver éveillé de l'amour de sa vie, à 5 heures du matin, après une lutte intense pour tenter de s'endormir en vain. Tout se mélange, tout se confond. Le silence se fait, la musique devient presque imperceptible, les yeux se ferment. Tout s'accélère, s'emballe, on étouffe, on crie, explosion, guitares dehors, saturations, larsens de folie. Magnetic Dust, c'est prendre le meilleur du Spaced d'Alif Tree pour le plonger dans une moulinette dub. Un grand morceau. Qui doit rompre les échines en live, broyer les colonnes, et qui fera date sur les galettes de la formation.

 

Spaced & Brain Kitchen

Et si la rêverie se prolonge succinctement sur le morceau titre, Fragments, les rythmes plus escarpés regagnent du terrain dès l'amorce de Silent Moment, avec son dialogue japonais qui va introduire une ligne sourde, frappée par des rythmes dubby bien marqués, des claviers de folie, et une montée vers un maelstrom sonore qui bascule dans une rage presque incontrôlée : on nous crame les acouphènes. Dans le même genre l'explosion graduelle de l'oriental See No Sense en secouera plus d'un, après les avoir pris au piège d'un début entraînant. L'explosion pue le souffre, et le martèlement hardcore qui soutiendra les ondes post-apocalyptique de l'incendie finira d'achever les dernier courageux à coups de pelle. Au secours, la baffe est violente.

Reste que comme tout bon psychopathe digne de ce nom, Kaly nous prend dansKaly enfumé
Kaly enfumé
ses bras rassurants dès qu'il nous sent trop secoué par les violences administrées plus haut. Et quand ces cinq lyonnais nous cajolent, il y a de quoi vite perdre la tête. Sample's squall va nous trimballer dans une complainte presque jazz, diffuse au possible, vous plongeant la caboche dans un océan d'échos. On se croirait encore dans un écrin sculpté par Alif Tree, avec des nappes que l'on croirait directement sorti du chef d'œuvre précité plus haut. Et ce n'est pas le superbe dub de Comma, qui part petit à petit dans une folie contenue, se transformant en caverne de glace tant les sons semblent rebondir dans tous les sens, en se reflétant sur chaque facette de vos tympans. Les basses dub claquent comme jamais et des chants-chorale-mystico-chair-de-poule (A moins que cela ne soit un tour de force du claviériste) vous balancent aux confins du sublime.

Je dois vous avouer qu'en voyant perler les 9 minutes de Ravmone.exe, j'étais loin de me douter de tomber sur un truc aussi barré. Ambiance spectrale, synthé ayant fait ses classes dans une église, beats âpres qui se font la guerre en horizon, le tout semble plutot pépère, en impressionnant par le sentiment d'immensité sonore. Grondement, les forces obscures se réveillent, et Kaly Live Dub nous balance en pleine face une composition de fou furieux, digne d'un Venetian Snares halluciné, avec ce magma de Beats acérés comme milles couteaux fondant sur vous pour vous déchirer la peau. Breakcore soutenu par cet orgue mutant, et des basses dub qui semblent se faire littéralement mutiler par l'assaut sans rémission d'une rythmique qui monte, qui explose, qui s'étire, qui se nécrose, mue, mute, hurle, s'arrache les viscères dans une cérémonie de fin du monde. Ce n'est plus la commune expérience du groupe de dub qui tente la Drum and Bass, c'est littéralement le saut de l'ange dans un ravin Drill, les yeux bandés et les mains attachées derrière le dos. Grandiose.

 

Répercussions

Le virage de Kaly, c'est justement de ne pas en faire. Ou si peu. C'est de garder cette ligne directrice qui commence tant à s'émousser au milieu des élucubrations Rock, hip-hop ou dubstep de ses camarades. De convier toutes les meilleures forces du Dub français sur 11 titres et le faire flirter avec bien des horizons. Lui tenir la main sans jamais la lâcher, pour se la jouer tour-operator, des contrées désertiques orientales aux excavations londoniennes, en passant par des steppes balayées par un vent glacial. Et de plonger le tout dans une résonance, un espace, une immensité impressionnante pour les oreilles.

Sans oublier ce je-ne-sais-quoi qui fera remuer nos petits culs, à se balancer aux grés des rythmes tantôt cinglants, tantôt extatiques, dilués, perdus dans des échos à vous faire réellement comprendre que les vortex temporels, c'est cool, quitte à en ressortir méchamment ahuri.

Superbe album.

 

Kaly Live Dub - Fragments
01. Cluster
02. Broken Atom
03. The Crumb
04. Magnetic Dust
05. Fragments
06. Silent Moment
07. Cross Rulings
08. Sample's Squall
09. See No Sense
10. Comma
11. Ravmone.Exe

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