JMPZ - Interview

/ Interview - écrit par Filipe, le 10/06/2005

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Interview de JMPZ

Il est bientôt 19h. La sixième édition du festival "La Tour prend l'air" touche à sa fin. Les Mass-Hysteriens s'apprêtent à monter sur scène. Les JMPZois passeront juste après eux. Formation atypique constituée de deux basses, une batterie et un didjeridoo, le quatuor mâconnais crée un son jazz rock à mi chemin entre la transe tribale et l'indus métallique.

L'occasion nous est donnée de nous entretenir avec les deux membres fondateurs du groupe...

Krinein : Merci de nous recevoir à l'occasion de ce festival. Au sein des JMPZ, chacun a l'air issu de milieux musicaux différents. Pourriez-vous, en guise d'introduction, nous raconter la manière dont vous vous êtes rencontrés et comment a surgi l'idée d'une telle association ?
Didj : Si on veut parler d'historique, ça risque d'être un peu difficile, parce que depuis la création du groupe, il y a eu énormément de changements au niveau des artistes. Historiquement, on va dire que c'est 1996. La dernière mouture date plutôt de 2003 - 2004. Nous sommes des artistes issus de diverses formations musicales. Juju et moi sommes à l'origine du groupe. Et plus récemment, Ben (ndlr : à la basse) est venu se greffer à nous et Seb (ndlr : à la batterie) est arrivé en 2001. JMPZ, c'est une réunion de musiciens issus de diverses formations. Rien de bien transcendantal. Vous êtes peut-être un peu déçus (rires)...

Non, non, pas du tout. Mais comment vous est venue l'idée de juxtaposer autant d'instruments, de faire cohabiter un didjeridoo et une guitare basse, un percussionniste et un DJ... C'est ce qui fait votre originalité, non ?
Juju : Je pense que c'est un peu le fruit du hasard. Tout ça est lié aux rencontres. A la base, on était plusieurs musiciens. Il y avait des bassistes, des batteurs... On a ajouté un didjeridoo. C'est comme ça que ça s'est fait au départ. On s'est dit que ça pouvait donner quelque chose d'intéressant et on a persévéré. On a voulu tenter et voir ce que ça donnerait.
D : On a fait quelques voyages. On a été en Australie, d'où le didjeridoo : ça coule de source. Mais pour le coup, tout ça était vraiment lié au hasard. Il n'y avait rien de préformaté, de prédéterminé.
J : On ne s'est pas dit : "Tiens, on va créer un groupe avec une formation atypique..." On s'est dit : "Tiens, toi t'es là. Eh bah viens, on va faire un boeuf..." Et voilà, dix ans après, on est toujours là.

Le groupe voit le jour en 1996. Votre premier album sort en 2001. Vous dites ensuite qu'il y a eu pas mal de changements au sein de votre effectif, avec quelques scissions... Etait-ce dû à une volonté d'évoluer artistiquement ?
D : Oui, il y a eu pas mal de mouvement, comme dans beaucoup de groupes... les départs n'étaient pas forcément dûs qu'à ça. Il y a eu quelques départs liés aux familles, liés au besoin de manger (rires).
J : Il y a eu quelques carences financières, qui ont fait que des gens sont partis. On a dû les remplacer. Les départs s'expliquent surtout par ça.
D : En fait, ce n'est jamais un choix artistique, que de se séparer des gens, loin de là... C'est peut-être arrivé chez certains groupes, mais on n'en fait pas partie.

Comment faites-vous pour harmoniser tout cet ensemble d'instruments ? Est-ce qu'il y a une manière particulière de faire ? Chacun écrit ses partitions de son côté ? Ou bien est-ce que vous vous asseyez tous autour d'une table ?
J : Il y a plusieurs manières de composer. Pendant longtemps, on composait tous ensemble dans un local. On faisait des premiers jets, on regardait ce que ça donnait. Et puis à l'écoute, on apportait les "modifs" nécessaires. On allégeait, le plus souvent. Le problème à plusieurs, c'est qu'on a tous tendance à vouloir en mettre tout le temps. Maintenant, on bosse plutôt par petits groupes. On enregistre et on fait tourner les bandes auprès de chacun. Chacun amène alors ses idées. On retravaille ça. On fait pas mal de préproductions sur un morceau. On fait des adaptations "live" aussi.
D : Le plus souvent, on part quand même d'un ou de plusieurs "basse batterie". A partir de là, il n'y a plus que la chansonnette à poser.
J : Chacun y amène sa couleur, et puis ça donne ce qu'on veut que ça donne... On fonctionne en général de manière très instinctive.

Au-delà de vos instruments de prédilection, votre deuxième album regorge véritablement de sonorités : on y perçoit du violon, du violoncelle, de la clarinette... L'idée, c'est de battre un record ?
D : Non, non, absolument pas. C'est juste qu'on ne se limite pas sur un plan artistique. Si on veut mettre des cordes sur un morceau, pourquoi s'en priver ?
J : Sur le deuxième album, il y a eu cette volonté de se faire plaisir en ajoutant des cordes, parce que ça donne une autre atmosphère, une autre ambiance. Comme on est très friands de ce genre de petits mélanges, on les a faits.
D : Et puis, là on parle d'un morceau en particulier. On ne retrouve pas des cordes sur l'ensemble de l'album. C'est plutôt un clin d'oeil qu'autre chose.

Comment expliquer que ce second album soit nettement plus rock que le précédent ? C'est pour profiter de l'effet de mode actuel ?
D : C'est voulu.
J : Mais on ne réfléchit pas comme ça, en fait.
D : On avait envie de revenir sur des bases rock'n'roll, puisqu'on vient de là.
J : S'il y a bien un point commun à tous les musiciens, c'est bien cette influence rock, qui est sous-jacente. Je crois qu'on peut dire que ça nous est venu de manière un peu naturelle. Une fois de plus, à l'instinct.
D : C'est vrai que tu prends du rock, tu ajoutes quelques "percus" et un didjeridoo, et ça sonne tout de suite un peu moins rock. Pour cet album, on n'avait plus de percussionniste, donc on l'a remplacé par une batterie. On a aussi ajouté quelques boucles electro, parce qu'elles nous plaisaient bien. On délirait bien dessus. Le résultat est ce qu'il est. Il ne nous déplaît pas.
J : On en est même plutôt contents (rires).
D : Le premier album était un bon petit polaroid de ce qu'on était à une époque. Le deuxième en est un autre.
J : Entre-temps, il y a eu trois ans de tournées. On a forcément mûri. Donc on considère que cet album est plus mature, et on espère que le troisième le sera encore plus, et le quatrième encore plus... On se nourrit de notre environnement de manière quotidienne, et ça jaillit dans ce qu'on écrit. L'expérience aidant, on épure davantage. On gagne en efficacité. On met plus les contrastes en relief. C'est bien d'aller à l'essentiel.
D : Eviter de trop se regarder le nombril, de se demander si on doit en mettre un peu plus ou un peu moins...

J'imagine que vous devez gagner un temps fou en studio pour vos enregistrements, du coup...
J : Non, même pas !
D : On a pris beaucoup plus de temps à enregistrer notre deuxième disque.
J : Quand tout le monde joue en même temps, il y a plein de trucs qui passent à la trappe. On est moins pointilleux. Mais quand on commence un peu à épurer, et qu'on regarde les choses un peu plus en profondeur, on se rend compte qu'il y a plein de petits détails sur lesquels il faut qu'on porte notre attention. Donc au final, je ne suis pas sûr qu'on gagne du temps en épurant.

Pourquoi la voix a-t-elle aussi pris une plus grande place sur cet album ? C'est une volonté...
D : ... C'est ma volonté, oui (rires).
J : Sa volonté, oui. Et puis il se trouve qu'on avait de bons morceaux, sur lesquels de bonnes voix pouvaient se poser. On a trouvé de bons "gimmicks" de voix. Et puis on aimait bien ce que ça donnait, donc on a décidé de la maintenir à chaque fois. Il y aurait pu avoir un seul morceau chanté, comme il aurait pu y en avoir dix ; ça n'a pas vraiment été un facteur déterminant. S'il y a davantage de chansons avec du texte, c'est aussi parce que ça nous faisait plaisir d'avoir des rappels de voix sur scène. Pour la communication avec le public, c'est plutôt sympa. Et puis ça amène d'autres couleurs, ça nous permet d'explorer d'autres univers. On est vraiment dans notre élément.
D : Et puis on n'est pas tombé dans le cliché de l'anglais. Il y a deux titres en anglais, mais il y en a aussi un en japonais...
J : Vu qu'on a la chance d'avoir un chanteur qui parle japonais, faut dire qu'on en profite un peu...

J'ai entendu parler des actions que vous meniez concernant les risques auditifs. Est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus à ce sujet ?
D : Alors, c'est une action que l'on mène depuis environ trois ans. On travaille avec une association qui s'appelle "Luciole", avec laquelle on a mis au point un projet, grâce à des financements institutionnels : le conseil général, le conseil régional... On a mis au point une animation d'environ deux heures, pour sensibiliser les collégiens et les lycéens au sujet des risques auditifs, quand ils écoutent leur baladeur, quand ils vont voir un live. Il faut savoir se protéger quand on est sensible. Parfois, il vaut mieux utiliser une paire de bouchons, plutôt que de perdre de l'audition ou se retrouver avec des acouphènes. En tant que musiciens, ça nous a paru pertinent de le faire. On s'est un peu plus regardés travailler. On travaille différemment, en protégeant nos oreilles, en évitant de faire quatre heures de "répèts" non stop. C'est peut-être plus pertinent pour un collégien, que ce soit un musicien qui vienne lui expliquer ça en s'appuyant sur sa propre expérience, plutôt qu'un médecin, qui viendrait lui faire la morale. Y'a plein d'autres artistes qui participent à ce projet. On doit être sept ou huit groupes. C'est une activité qu'on mène en semaine, qui nous permet d'aller voir un peu ailleurs tout en restant assez proches de la musique.

On peut parler de vos projets, si ça vous dit ? Vous avez peut-être déjà quelques idées pour votre prochain album, peut-être ?
D : Depuis la sortie de l'album, on a une centaine de dates de prévues. Ensuite on va se poser un petit peu et se mettre à la composition du troisième album. Il y aura aussi un DVD live.
J : Une tournée à l'étranger.
D : Tout plein de projets.
J : Il y a des gens qui bossent dessus pour nous.
D : On travaille avec "Le Périscope", une boîte située à Grenoble et qui s'occupe du management du groupe. Ils sont très professionnels...

Et pour ce troisième album, vous garderez votre petite mascotte ? D'où est-ce qu'elle vous vient ?
D : Tu veux parler de notre petit personnage ? C'est un coup de crayon d'un pote...
J : Un copain graphiste, qui nous a montré son book. Et dans son book, il y avait ce dessin. On a fait : "Ouaaaahhh... mortel! T'en fais quoi de ton petit gribouillis ?" ; "Eh bah je vous le donne..." On l'a pris, et on l'a conservé. C'est notre visuel de "comm" maintenant.

Pour finir, on demande parfois aux artistes de nous parler d'un événement culturel qui les a récemment marqué...
D : Dans ce cas, on va parler d'un événement culturel qui a eu lieu à Marmandes, dans le sud-ouest de la France. Une grosse claque. Un festival qui a réuni douze mille personnes. On s'est retrouvés avec le Peuple de l'Herbe et les Svinkels à faire une énorme java. C'est vraiment un gros coup de coeur. Génial. Humain. Ensuite, on a plein de disques qui tournent dans le camion. Des choses assez éclectiques. On s'intéresse pas mal à ce que font les gens de notre réseau, et c'est agréable de voir qu'il se passe plein de choses. Des choses qui, malheureusement, restent trop méconnues à Paris.


Merci à Didj et Juju.
Merci à Caroline et Charlotte.
Merci à Olympus et Energizer.

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