15e album de la plus fine équipe d'Angleterre, ce nouvel opus ne se contente pas de surfer sur la notoriété d'un groupe qui a pu vendre quasiment autant d'albums studio que de best-of et de live. Encore que pour ces derniers, il n'y a pas grand mal de fait, car c'est bien sur scène que le groupe est le plus à sa place. C'est d'ailleurs considérant cela qu'on peut se faire la plus juste des idées sur tel ou tel album : que vaudrait-il sur scène ? Cette question, jamais elle ne viendra à l'esprit de l'auditeur par le biais d'un effort particulier en écoutant The Final Frontier. Cet album semble avoir été pensé et produit pour être balancé sur scène, procurant alors un plaisir indescriptible à ceux qui seraient les témoins privilégiés de ce spectacle, et à aucun moment le doute à ce sujet n'est possible. Même considérant les morceaux les moins inspirés, on se voit très bien remuer sa tignasse en total synchro avec le line-up au grand complet, chacun un pied sur une enceinte de retour.
Il est très difficile quand on est familier du style de ce groupe de départager les éléments qui font que tel titre est terrible et tel autre juste passable, 
car bien souvent il s'agit des mêmes. Ainsi, ce qui est un défaut dans l'un est une des sources des qualités de l'autre. On sera donc bien en peine de se prononcer avec rigueur et sagesse sur un titre en particulier. Tout au plus prendra-t-on le risque de relever certains points et en tout premier lieu le fait que, à l'exception de rares moments qui font tiquer (mais y a-t-il un album qui en soit dépourvu ?), on assiste à un déballage méthodique des caractéristiques musicales du groupe, responsables ici du meilleur comme du moins bon. Du meilleur quand elles accompagnent avec inspirations l'énergie et le lyrisme de certains morceaux, utilisant parfois l'auto référence en guise de clin d'œil. L'usage ostensible du riff de Wasted years dans El Dorado attirera alors l'oreille du fan (complice de tous les instants) pour l'amener à constater le découpage particulier du titre et l'inciter à acheter un billet pour leur prochain passage dans sa région (celle du fan, pas du billet. Quoique...Et la région, pas l'oreille. Quoique... derechef).
Mais n'oublions pas le moins bon, comme quand le groupe donne l'impression de s'auto-parodier dans une succession un peu creuse de petits trucs qui lui sont propre. En l'espèce, Mother of mercy, malgré un prérefrain excessivement bien amené et un refrain entêtant donne assez fortement cette impression. On y entend d'ailleurs assez distinctement les coupures de montage dans le chant, laissant en plus un sentiment d'inachevé. Parfois c'est l'inspiration qui fait légèrement défaut, comme pour The wild wind blows, qui laisse assez peu enthousiaste alors qu'il s'agit du seul morceau véritablement construits sur des hymnes, une des plus grande particularité d'Iron Maiden, dont le plus entêtant reste encore celui d'Heaven can wait. Pourtant, en se les remettant dans les oreilles on a de plus en plus de mal à se persuader que ces deux morceaux, pour peu engageant qu'ils soient sur l'album, ne seraient pas ceux qui enverraient le plus de bois en live, et voilà une autre raison pour laquelle, quand on connaît Maiden, c'est vraiment dur de râler.
Contentons-nous alors de dire que le sentiment prédominant, c'est celui d'avoir affaire à la suite directe de Somewhere in time et Seventh son of a seventh son. Dans l'intention, la pêche, les gimmicks, tout y fait penser, jusqu'aux titres et thèmes des morceaux. Et quand on porte le regard, après écoute, sur les photos promotionnelles (qu'on ne trouve d'ailleurs pas dans le livret) c'est presque un choc que de voir les têtes que tirent les gaillards aujourd'hui, avec plus de 30 ans de carrière au compteur. En effet, le rock ne conservant que jusqu'à un certain point, on se rend bien compte que les années les font ressembler de plus en plus à Eddie. Pourtant à l'oreille, rien de tout cela ne transparaît.
Bref, ce dernier album témoigne d'une fougue intacte et surprenante pour des gars avec autant de bouteille, de celle qui font se prosterner et dont la voix de Dickinson reste la meilleure des preuves. Il leur aurait pourtant suffi de pondre un opus en demi-teinte et sans conviction pour faire se rassembler illico une foule de chevelus (et reconnaissons-le, de mecs en costard-cravate, l'âge provoquant parfois ce genre d'accoutrement) qui n'auraient alors pas trouvé grand chose à y redire. Car, seul groupe de hard-rock aux propos ésotériques (voire satanistes, même si c'est pour le fun) capable de se produire avec autant de succès aux US, en Europe, en Inde et en Arabie Saoudite, Maiden, comme Maradona, c'est presque une religion. Et quand ils sortent ce genre d'album, on révise ses prières.
Iron Maiden - The final frontier
01. Satellite 15... The final frontier
02. El Dorado
03. Mother of mercy
04. Coming home
05. The alchemist
06. Isle of Avalon
07. Starblind
08. The talisman
09. The man who would be king
10. When the wild wind blows
athanagor []

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