9/10Avec Kan ya ma kan, Interzone délivre un nouveau bijou

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 21/03/2019
Notre verdict : 9/10 - Sur les cordes raides (Ecrivez votre critique)

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Il était une fois un quatrième jour, une quatrième rencontre entre un joueur de oud syrien et un guitariste français. Il était une fois la chronique du quatrième album d'Interzone.

Il était une fois… ou il n’était pas une fois. Il était même plutôt quatre fois, quatre albums célébrant la rencontre presque improbable entre un guitariste électrique français, ex-membre d’un des plus grands groupes rock des années 90, et un joueur de oud syrien, cet instrument à cordes pincées dont l’origine se perd dans les limbes de l’Antiquité européenne. La rencontre s’est faite en 2002 dans un Damas pré-révolutions arabes. Deux univers différents, deux cultures différentes, deux langues différentes mais un coup de foudre et un seul langage : la musique qui rassemble par delà toutes les différences. Et comme consécration un premier album, Interzone, en 2005, magnifique de bout en bout, vite suivi d’un deuxième opus, Interzone deuxième jour en 2006. Avant le troisième numéro, Serge Teyssot-Gay ira notamment faire un tour avec Zone Libre pour deux albums remplis de rage, L’angle mort et Les contes du chaos. Interzone troisième jour Waiting for spring sorti en 2013, il a fallu attendre presque 6 ans, car Teyssot-Gay qui ne vit que pour la musique multiple les projets comme personne, pour réussir à obtenir le quatrième volet d’une collaboration amenée à durer longtemps. Après le fabuleux concert à la MJC Ô Totem, voici la galette posée dans le lecteur et le casque monté sur nos oreilles.

L’album répond au doux nom de Kan ya ma kan, soit « Il était une fois ou il n’était pas une fois », la phrase d’accroche qui sert à ouvrir les contes arabes, car c’est évidemment à un véritable voyage dans un monde à la croisée des chemins, entre Orient et Occident, que va nous convier ce superbe album. L’Occident est représenté par Serge Teyssot-Gay dont le talent à la guitare n’est plus à démontrer tandis que l’Orient est, évidemment, présent, voire omniprésent par la grâce de Khaled Al-Jaramani, de son oud et de sa voix. Chaque titre de l’album, répondant aux noms évocateurs de Tapis volant, Ivresse ou Paradis perdu, est une petite perle née de la fusion des deux styles de cordes qui se marient remarquablement bien. Ainsi sur le titre éponyme qui ouvre du reste l’album, c’est l’oud qui débute seul avant que, petit à petit, les boucles de la guitare tissent autour de l’instrument de Al-Jaramani et que ce dernier réhausse le tout de sa belle voix grave et chaude. Au fil du morceau qui semble fonctionner en miroir, c’est finalement la guitare qui prend un peu plus de lumière laissant l’oud tourner en sourdine. Mais les deux instruments ne se contentent pas de se mêler, ils savent aussi laisser le silence prendre toute sa place : les notes semblent alors laisser une évanescente présence dans l’air (Erik Satie, le début de Tapis volant).


DR.

Dans un album magnifique de bout en bout, deux titres nous semblent se démarquer toutefois : dès les premières minutes de Paradis perdu, on entend parfaitement la mélancolie que l’on pourrait ressentir à l’évocation justement d’un paradis disparu, oublié, et la voix de Al-Jaramani, qui chante en arabe le rêve d’une bien aimée dont il ne reste que le souvenir, sublime encore une chanson qui pourrait nous arracher des larmes. Et Fête d’adieu, avant-dernier morceau de l’album, n’est pas en reste : la guitare se fait ici trame nocturne, sur laquelle l’oud peuple le réel de mille étoiles. Certes cette sensation n’a pas grand-chose à voir avec le titre du morceau mais il y a quelque chose, dans ce titre, qui transcende l’espace et le temps, qui ouvre des horizons inconnus, loin, très loin de la banale rencontre entre l’Orient et l’Occident qui ouvrait notre chronique.

Mettre la lumière sur ces deux titres est un choix totalement personnel et il va sans dire que chacun des morceaux de Kan ya ma kan est un petit bonheur, un miracle auditif sans cesse renouvelé, une musique tissée directement à partir des contes et des songes, une ode au voyage et à la rencontre avec les autres cultures. Un album quasiment parfait.

En écoute Kan ya ma kan

La critique en 140 caractères :

Du fil des contes et des songes, les cordes d’Interzone tressent une ode au voyage et à la rencontre culturelle.

Interzone – Kan ya ma kan

01. Kan ya ma kan
02. Tapis volant
03. Ivresse
04. Paradis perdu
05. Erik Satie
06. Like wings
07. Hala hala haïa (chant de Caravanier)
08. Fête d’adieu
09. Aller-retour

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