7/10L'insolitude, nouvel opus d'Andoni Iturrioz

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 12/09/2014
Notre verdict : 7/10 - Seul et insoumis (Ecrivez votre critique)

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Pour le lecteur qui n'est pas attentif, Andoni Iturrioz n'est pas un inconnu sur Krinein. Sous le nom de Je rigole, il avait sorti un album mâtiné de chanson française et d'expérimentations, Qui chante le matin est peut-être un oiseau.Voici donc Andoni de retour avec L'insolitude qui mélange là encore allègrement une chanson française finalement assez classique et des morceaux qui dérouteront ou séduiront, selon les appétences de l'auditeur.

Apologie naïve

L'album commence ainsi de façon attendue avec Apologie naïve de la haine, L'insolitude et Combien ?, trois morceaux aériens et poétiques (« J'ouvre la pluie comme un rideau ») portés par une voix légèrement grave et toujours en retenue. L'esprit de l'auditeur ne peut s'empêcher de rattacher alors l'album à des artistes comme Les Têtes Raides ou Les Tit'Nassels. Il faut toutefois noter l'importante présence de la percu sur Apologie et Combien qui donne une sorte de profondeur décalée très agréable. Dans la suite de l'album cet aspect typiquement chanson française se rencontre encore sur des titres comme Choubidou ou Tu garderas le soleil...

Pourquoi je chante

Mais avec la survenue de Bleu nazi, L'insolitude prend une autre coloration puisque le titre s'achève sur un final échevelé où les instruments s'adonnent à une folle sarabande juste après que la voix de Iturrioz a crié sa haine. Avec l'avancement de l'album, cette voix initialement calme perd de sa quiétude : sur Pourquoi je chante elle se charge d'énergie avant de partir dans des hurlements chantés, hantés, aux accents néanmoins traditionnels. On retrouve du reste ces hurlements qu'on qualifierait volontiers de chamaniques sur L'aurore.


DR. Je rigole pas trop quand même.

 

Le monde est magique

Deux titres se démarquent de l'ensemble. Car oui il est possible de se démarquer encore dans un album aussi surprenant. Gure bazterrak dépare d'abord par l'abandon de la langue française au profit du basque (c'est en tout cas notre supposition vu le nom du bonhomme). Sobrement accompagnée d'une guitare, la voix de Iturrioz y est belle et douce et charme donc agréablement l'oreille. Sans rien de commun avec Gure bazterrak, Le monde est magique est une longue scansion habitée par l'horreur de ce monde. Un morceau d'une puissance rare et d'une beauté évidente qu'on peut rapprocher de certains morceaux de Nevcherhirlian.

Sous le nom de Je rigole, Andoni Iturrioz ne rigolait pas vraiment. Sous son vrai nom, il n'a pas découvert le bonheur apparemment. Il en résulte un album qui, sous des abords de chanson française classique, développe ses appendices expérimentaux pour exploser les structures avec quelques morceaux juste parfaits.

Point fort : une chanson française expérimentale qui fait la part belle aux textes

Point faible : un nom décidément pas fait pour passer à la télé

La critique en 140 caractères : Je rigole, ou Andoni Iturrioz, ne rigole toujours pas et développe des tentacules expérimentales dans l'eau sombre de la chanson française.

En extrait : L'insolitude

Andoni Iturrioz - L'insolitude

01. Apologie naïve de la haine
02. L'insolitude
03. Combien ?
04. Bleu nazi
05. Tu garderas le soleil
06. Pourquoi je chante
07. Choubidou
08. L'aurore
09. Gure bazterrak
10. Le monde est magique
11. Presque

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