9/10Idem - The Sixth Aspiration Museum Overview

/ Critique - écrit par Dat', le 03/10/2008
Notre verdict : 9/10 - Idem, Its an endless world (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

Idem revient avec un nouvel album  cathédrale, noyé sous les saturations électroniques et les guitares noisy. Grosse réussite.

Dans la jungle du Dub français, Idem a rapidement endossé le rôle du vilain petit canard. Attention je ne parle pas du caneton rejeté par sa famille, mais bien de celui qui fout le bordel dans la baraque à coup de tronçonneuses. Des groupes aliens estampillés Dub français, il y en a eu, et des bons : Zenzile qui déboussole en passant du roots à la minimale, pour finir sur du Punk. Fumuj qui plonge superbement dans un hip-rock enragé. Ez3kiel qui tutoie les cieux avant de se saigner avec un métal en fusion. Des exemples de la sorte, il y en a des tonnes. Après avoir joué le rouleau compresseur, annihilant toute notion de perception sous des couches de reverbs électronisées, le dub français a pété les plombs. Un besoin évident de s'affranchir d'une recette presque dupliquée en mode automatique. On flingue le rock, on flirte avec le hip-hop, on baise avec la Techno.

Vu d'ici

Idem au complet
Idem au complet
Pour Idem, la situation est différente : ils nous ont effrayé dès le début, en nécrosant toute tentative de classification. Atmosphères indus ultra prononcées, guitares éraillées, rythmiques sourdes... les albums du groupe nous rentraient directement dans le lard, sans nous laisser prendre le temps de divaguer dans les limbes de l'inconscience. Idem, c'est âpre, ça crisse, ça vibre. Les mélodies implosent et les voix sont perdues. Dans ce maelstrom, seules quelques réminiscences de réverbérations relient la formation au Dub, sans compter évidemment cette ligne de basse affolante, meurtrissant ces paysages arides en bourdonnant bien méchamment.

La donne n'a pas changé sur ce The Sixth aspiration museum overview, et ce dès l'entame de Who or What ?, qui débarque comme une anomalie dans vos oreilles, entre échos et paraboles sonores cradingues. La rythmique est cinglante, sèche, elle tape, frappe et se dédouble sur une guitare de plus en plus appuyée. Ça monte, ça monte, ça oppresse, ça étouffe peu à peu, avant de tout submerger par une vague métallique hurlante. Ko technique.

Mais la plupart des morceaux de cette nouvelle galette vont accueillir des voix, plus ou moins scandées, plus ou moins fantomatiques, pour poser sur ce maelstrom en fusion. Up To Good laissera Loone, de l'excellent groupe Aiwa, se balader sur une simili drum & bass décharnée, se dérobant avec grâce pour laisser une ahurissante mandale débouler, hurler, emplir la pièce, carbonisant toute âme qui vive. Bande son parfaite pour une cavale dans les méandres d'une mégalopole cyberpunk, entre poubelles, rues grises, overdoses et psychopathes rodant dans l'espoir de trouver leur prochaine proie. Une certaine Julie Bornikov hantera Biesy, morceau apeuré, en flux tendu constant, qui frôle avec le tube remixé à la perceuse.

Mais c'est l'habituée Isabelle « Pitch » Ortoli qui se retrouvera le plus souvent en premiere ligne, courbant la tête sous les rafales noise du groupe pour espérer déclamer de sa voix grave des textes flirtant avec le prophétique. Niveau bourrasques industriello-noise-rock-electronica-truc-shoegaze-dub (?!?) E.C.O.W se pose presque comme LA charge à subir en live. Celle qui ravage les nuques, qui coupe les jambes, qui irradie les colonnes vertébrales. Les montées sont effarantes, comme se prendre un immeuble sur la tronche trois fois de suite.

Même combat pour Trauma et Wake up Wake up, qui saignent vos oreilles à coupIdem²
Idem²
de fouets. Mais c'est The Mermaid Song qui flinguera encore toute esgourde trop sensible, en prenant le contre-pied des massues disséquées au dessus. Le morceau est beaucoup plus ouvert, plus dérouillé dans sa structure, s'autorisant même une ouverture avec une gratte enfin apaisée, qui ferait presque croire à un morceau folk, avant qu'une bonne grosse ligne de basse électronique vrombisse au deuxième plan. La guitare devient diffuse, la voix scande un texte presque inintelligible dans le marasme ambiant, avant que le tout se rebelle, se soulève, s'emballe, et embrasse à nouveau les tourments chers à Idem. Le titre va constamment osciller entre phases d'un calme presque absolu (toutes proportions gardées) et déchirures dégueulées par les musiciens. Merci pour les ruptures d'anévrisme.

L'album se terminera sur une pièce encore plus jusqu'au-boutiste, Extrod Erty, diamant du disque, qui semble entériner l'amour des membres d'Idem pour tout ce qui se rapproche de près ou de loin à la Noise. Ligne de guitare sombre et sublime, à filer la chair de poule, chevauchée par des chœurs fantomatiques et zébrée de saturations, le titre s'avance lentement vers un escalier montant vers les nuages. L'ambiance s'alourdit, des grésillements surviennent, parasitent la structure pour s'effacer quelques secondes plus loin. On navigue dans une bulle malsaine mais pourtant rassurante, presque apaisante. Malade mais sereine. Et au moment où l'on s'accorde un petit moment d'évasion, que l'on se laisse porter par l'ensemble, que l'on commence à vagabonder, les yeux fermés, Idem dynamite les portes de notre inconscient, viole nos tympans, en fracassant, annihilant toute notion de rêverie, avec cet éclat hurlant pendant quelques secondes. Tempête brusque et fugitive, ultra violente, superbement amenée. On tombe à la renverse, on perd pied, chute, réveil, reprise des horizons calmes de l'introduction. Comme si rien ne c'était finalement passé, ville rasée en un claquement de doigt.

Noise material

Idem, en concentrant ses forces sur une musique implacable, irradiée de métal et de saturations, prend le parti de ne ressembler à aucune autre formation du coin. La notion de Dub s'est éloignée (sans disparaître) et seule reste l'envie de nous écarteler, de nous ensevelir, de nous étouffer sous des couches de sons effarantes dans leur propension à cristalliser un effet "mur", massif et dantesque, qui s'écroule littéralement sur notre gueule.

Même si la réputation du groupe n'était plus à faire dans les fresques rudes mais profondes, The Sixth Aspiration Museum Overview pousse le groupe dans ses derniers retranchements, aspirant désormais à la construction d'impressionnantes cathédrales, fracassées et hypnotiques. La réussite est totale.

 

Idem - The Sixth Aspiration Museum Overview
01. Who Or What?
02. Up To Good
03. E.C.O.W
04. Presque Jour
05. Show your Right On
06. Trauma
07. Stinking Flies
08. Wake Up Wake Up
09. The Mermaid Song
10. Biesy
11. Extrod Erty

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