9/10High Tone - Underground Wobble

/ Critique - écrit par Dat', le 10/10/2007
Notre verdict : 9/10 - From Croix Rousse to Everywhere (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 7 minute(s) - 7 réactions

High Tone nous pond là le meilleur disque de sa carriere, maelstrom grandiose de sonorités world, electro, dub, expérimentales...

Parler d'High Tone, c'est parler du dub français. Genre si large, qui a connu un essor presque miraculeux entre 2001 et 2005. Une sorte de French touch enfumée, où de nombreux groupes hexagonaux se sont révélés comme des incontournables du paysage musical français, pour rayonner sur l'Europe entière. High Tone, Ez3kiel, Zenzile, Kaly Live Dub, Picore, Improvisators Dub, Meï Teï Sho... Tous brassent des styles radicalement différents, du reggae le plus roots au rock le plus gras, en passant par le hip-hop et bien sur l'electro.

High Tone, c'est un groupe qui a une demi-douzaine d'album à son actif. Mais c'est aussi une formation en constante mutation qui se décline sous de multiples side-projects, copulant joyeusement et en musique avec certains des groupes precités (Kaly pour Kaltone, Zenzile pour Zentone...), l'activiste chinois Wang Lei (Wangtone) ou même une troupe de théâtre (Le superbe disque Lenteur). Au centre de tout, Jarring Effects, label lyonnais réussissant à brasser le meilleur de cette culture, pour se retrouver comme l'une des structures les plus intéressantes de la musique indépendante française. Et qui risque, dans les mois à venir, de prendre une place prépondérante dans la musique indé française (jettez vous sur le futur coffret Capetown Beats, qui regroupe des artistes electro - hip-hop -cequevousvoulez venant d'Afrique du Sud).

High Tone, c'est un groupe qui a acquis ses lettres de noblesse sur disque (outre des live ahurissants) avec une trajectoire en constante progression. D'abord étiqueté « ethno-dub », la formation a injecté une dose d'électronique de plus en plus massive pour construire des bombes raves presque trop énormes pour un seul disque (la version live d'Enter the Dragon), des morceaux-cathédrales absolument sublimes (Bass Temperature) ou des gouffres à dépression (Worse & Worse). A trop vouloir tirer dans les extrêmes, le dernier album en date, Wave Digger, était un excellent album de musique électronique. Mais un simplement sympathique album d'High Tone. Une peur perlait presque : High Tone devenait il un simple « bon » groupe de musique électronique ?

Tout le monde annonçait ce Underground Wobble comme un retour aux sources. Trop facile. C'est bien plus que ça. Underground Wobble, où comment les High Tone arrivent à télescoper tout ce qu'ils ont fait de meilleur sur 7 ans. En se payant le luxe de sublimer le tout comme jamais. Au delà de ce superbe artwork, fouler des chemins jamais parcourus jusqu'à lors.


Riddim Collision

Understellar commence parfaitement son office, avec cette atmosphère asiatique martelée par des percussions arides. Textes bien sombres tirés d'on ne sait où, samples world, on est bien chez High Tone. Le tout est immédiatement confirmé par cette vague crade, synthé sur-grave dégageant le tout dans une tornade sombre pilonnée par des basses dub glacées et un Dj Twelve impérial aux platines. Le H.T des premiers amours, mariant à perfection l'electro et « l'ethno-dub ». Ah. On me glisse subtilement que je valide la théorie d'un retour aux sources.

Alors on va directement se prendre un coup derrière la nuque en écoutant X-Ray et Ask the Dust. Parce que pour tout amateur du groupe, ces deux titres resteront longtemps dans les mémoires. Commençant pourtant sans grande surprise mais avec éclat, en proposant ce dub aérien bien appuyé et bourré d'échos, X-Ray va virevolter, s'envoler, en alignant la basse dub et les scratchs, le tout posé sur une incroyable profondeur de son. On croirait que le titre a été enregistré dans l'espace. Pour se stopper net, et plonger dans un break hip-hop presque guilleret, avant de s'envoler une nouvelle fois vers les cimes. Du grand art. On en viendrait presque à se mettre sur les genoux et à lever les bras vers le ciel devant cette architecture sonore, ce monolithe ahurissant qui se payera le luxe de taper dans les ambiances rave avant de mourir en s'orientalisant pour son twist final.

Ask the Dust ? Lui aussi va étonner. Démarrant sur un sample vieillot de deux secondes tournées en boucle. Vinyle qui craque, cordes sublimes qui s'impriment, on hésite entre ambiance de bar enfumé et couleurs tziganes. Puis des percussions douces se font entendre, se placent avec finesse. Immanquablement, on pense à Ninja Tune. Aux disques de Dj Food. Ambiance rassurante.

Gouffre, un vrombissement coupe court à la rêverie, pour nous plonger en plein cauchemar, fait de beats industriels à faire trembler les murs et cris de femmes en détresse, qui semblent maudire leur chute irrémédiable vers le néant. La première écoute est saisissante. Pourtant une touche Ninja Tune va encore se faire entendre. Les nuages noirs laissent entrevoir un bout de soleil. On pense même sans hésitation au dernier Amon Tobin des que ces harpes cristallines pointent le bout de leurs cordes. Bouffée d'air salvatrice avant de retomber dans un breakcore à presque faire pâlir Venetian Snares. Incroyable. Pourtant, les Lyonnais ménageront une piste d'atterrissage sublime, histoire de vous arracher le cœur après avoir autant malmené votre colonne vertébrale. Pour finir la traversée du gouffre sans fond, on vous promène dans une caverne de glace, où des carillons enveloppent votre lit de mort sur fond de scratchs abrasifs, avec le sample du début pour point final. Huit minutes juste grandioses.

« Description bien détaillée que celle là » vous allez me dire. Oui. Mais c'est pour insister sur un fait important. High Tone ne fait plus des morceaux. High Tone fait des fresques, des tableaux, des voyages en plusieurs phases. On navigue sur cinq plans différents, on passe du coq à l'âne avec une cohérence monstrueuse. Ce n'est plus un collectif de musiciens, mais des architectes du son. Ni retour aux sources, ni sample-tour operator, on nage ici dans la perfection presque absolue.

High tone en live (photo : Jil)
High tone en live (photo : Jil)
Rassurons ceux qui ont peur des rollercoasters de luxe, Underground Wobble a aussi du vrai dub, fait dans les règles de l'art, comme on en faisait dans Opus Incertum. Basses rondes, envie de s'étaler dans un nuage de ce que l'on veut. Ballade tranquille dans un jardin asiatique, avec des samples toujours distillés avec soin, que l'on croirait parfois joués en live, même s'ils sortent sûrement encore d'un disque passé chez le chinois du coin (certains trouvent des samples de leur groupe de hip-hop favori en faisant du crade diggin' dans des magasins de funk/soul, moi je trouve ceux d'High Tone en allant manger des nems). High Tone re-provoque la principale émotion qu'il nous extirpe depuis des lustres : l'envie de s'évader.

Et quand le groupe part dans le dub à l'anglaise avec Glowing Fire, on ne peut que chavirer encore une fois sur ce dub cristallin, semblant rebondir dans nos esgourdes, avec ce roulement assez indescriptible. Le titre aurait pu faire parti du Never Trust a Hippy d'Adrian Sherwood a.k.a. l'un des meilleurs disque de Dub au monde. Quand à Driving Fast c'est encore dans les nuages que l'on nous envoie, avec cette montée hallucinante faite de vinyles triturés, de rythmes lunaires et d'un synthé semblant avoir été enregistré dans une église, tant le son a de l'ampleur par rapport aux autres éléments. Chaque éruption est vécue comme une vraie extase, et la guitare un temps soit peu énervée de la fin finit de vous achever à coup de pelle.

On aura même le droit a des réminiscences agressives du Wave Digger avec les très secoués et sombres Speed 110  et Round Trip  heureusement cadrés par une chape orientalisante, et un bon gros break industriel pour le deuxième, qui se finira, sur un final bien planant, avec de superbes cordes. Encore un morceau offrant de multiples strates, alors qu'il partait sur les chapeaux de roue. Pour le contre-pied, Depth in the Middle vous arrachera les tripes avec ce dub soyeux, constamment habité d'un simili accordéon, sublime, donnant  un équilibre au tout. Le final scratché par Twelve est à tomber par terre. Les échos tissent un écrin pour voler votre âme. A tomber à la renverse.

Et comme si High Tone voulait rendre hommage au regretté groupe français Abstrackt Keal Agram, (le meilleur duo du hip-hop electro instrumental français) on nous donne avec Northern Lights qui aurait pu figurer au coté de Rivière dans Bad Thriller, chef d'œuvre du groupe précité : synthé crades, beats vous perçant le cortex, gratte acoustique ficelant le tout, c'est superbe. Pour citer un autre label anglais, c'est à Warp que nous renvoie Northern Lights et plus précisément aux petits bijoux de compositions du groupe Plaid. Une réussite totale pour un morceau que l'on n'aurait pas cru entendre dans un disque du collectif lyonnais.

Underground Wobble finira tranquillement sur une balade étouffée, entre jazz, dub et folklore japonais sur plus de 8 minutes. 

On échoue sur un constat rapide et sans détour. Pas besoin d'en faire des tonnes en conclusion : High Tone nous livre sûrement ici son meilleur disque. Parce qu'il condense tout ce que le groupe a fait de mieux sur sept ans. Parce qu'il nous fait toujours autant voyager. Qu'il capture notre âme pour nous l'envoyer aux quatre coins de la planète. Et surtout que le groupe se permet de construire des fresques ahurissantes, des morceaux passant par de multiples phases.

Les quenelles et l'Olympique lyonnais deviennent des notions bien fallacieuses. La vraie fierté de Lyon, c'est bien son dub. Avec High Tone en tête de file.


High Tone - Underground Wobble
01. Understellar
02. Freakency
03. X-ray
04. Ask the Dust
05. Speed 110
06. Escape A
07. Day Break Leaving
08. Glowing Fire
09. Driving Fast
10. Round Trip
11. Escape B
12. Do Not Panic
13. Depth in the Middle
14. Northern Lights
15. Soundscape

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