La toute nouvelle Gouverneure-Générale du Canada Michaelle Jean aura peut-être parlé de résoudre les problèmes des deux solitudes linguistiques au Canada, entre les francophones et les anglophones, lors de son discours d'assermentation, pour l'auteur-compositeur-interprète Thomas Hellman, une telle catégorisation n'est pas si tangible.
L'artiste, dont le premier opus francophone, « l'Appartement » vient tout juste d'atterir sur les tablettes des disquaires, n'est absolument pas étranger au biculturalisme. « Ma langue est le franglais, dit le musicien né a Montréal d'une mère provencale et d'un père texan, » attablé a une terrase du Mile-End, quartier ultra-bilingue où il habite.
Navigant entre les deux cultures avec une confiance désarmante, le Montréalais croit que les deux communautés linguistique ne sont pas si éloignées et qu'en fait, elles sont de plus en plus imbriquées une dans l'autre. Il en est l'exemple vivant. Alors qu'il étudiait la littérature française à l'anglophone université McGill, Thomas Hellman a fait une maîtrise sur Samuel Beckett et le bilinguisme de l'oeuvre. Son accent et son origine le trahissent, on le questionne toujours sur la langue et l'identité, particulièrement au Québec, où ces interrogations sont constamment à l'ordre du jour.
Tout cela semble toutefois bien hypothétique pour le musicien. « Je suscite un débat politique, les gens me posent ces questions à cause de qui je suis. Toutefois, je ne me considère pas comme un artiste engagé. (...) Je suis plus intéressé par la beauté, l'inutile, ce qui ne sert aucun objectif commercial, ce qui en soit est une action politique. » Pour Hellman, il y a une zone grise dans presque tout et c'est ce qu'il aime observer.
« Pendant longtemps, je ne savais pas où me situer en termes d'identité. Est-ce que j'étais un auteur-compositeur-interprète ou un singer songwriter? (...) Je me suis rendu compte que c'était une force de confronter ces deux langues au lieu d'en choisir une. Ça permet une renouvellement du point de vue créatif. »
Thomas voit les deux langues comme des instruments. Parfois, l'anglais fonctionne mieux avec certains styles et certaines fois, le français exprime mieux une certaine gamme d'émotions. Sa voix quant à elle, demeure rauque et enfumée peu importe le registre linguistique.
Le son Thomas Hellman est difficilement définissable. Lorsqu'on lit des articles sur lui, les comparaisons sont nombreuses, voire même éparses. Jacques Brel, Leonard Cohen, Tom Waits, Bob Dylan, Renaud, même Bon Jovi et Stéphane Eicher, Thomas Hellman, lui, le décrit plus comme un son montréalais, un ton qui mélange le folk américan avec la chanson française. « Les gens disent souvent que je mélange deux styles qui ne vont pas ensembles. Je ne crois pas. Je crois qu'ils sont très proches parce que les deux racontent des histoires. Il fait définitivement de la chanson française mais à l'état brut.
Et Thomas aime raconter des fables. Dans son « Stories From Old Oscar's Café », financé avec ses prêts étudiants et enregistré dans les studios de l'université, l'artiste chante des personnages errants qui entrent et sortent du café pour y raconter des histoires. Dans « l'Appartement », Hellman s'ancre et le personnage raconte ce qui se passe entre les murs du logement, sur le balcon, sur le trottoir, etc. À l'écoute, on y apprend avec humour et désinvolture que les filles de Montréal sont les plus belles du monde et que celles de Paris «vous regardent de si haut qu'vous devenez tout petit, tout petit. »
« J'aime décrire simplement de façon épurée des choses plus complexes et subtiles. » Lorsqu'on lui demande s'il se considère une sorte de porte-parole de sa génération, le nouveau trentenaire rétorque que même s'il relate l'amour, la complexité, l'éphémérité, l'errance et le choix, caractéristiques propres à cette dite génération, il n'a pas eu cette intention. « C'est clairement inconscient », ajoute-il.
Thomas Hellman joue de la musique depuis sa tendre adolescence. « Je n'ai jamais douté un seul instant que je serais un musicien », dit-il à deux ou trois reprises durant l'entrevue.
« J'ai joué dans tous ces bars et cafés, à Montréal, Québec, Toronto, en Europe. Je suis allée cinq fois en France cette année pour des festivals. »
Il a commencé à rouler sa bosse avec Jordan Officer (du duo jazz Susie Airoli Band) et a arpenté les bars et cafés de ce qu'il appelle « le sous-sol de l'underground montréalais ». Il a aussi trainé sa bohème jusqu'aux Festivals de la chanson francophone de Montauban et Cap Breton où il a obtenu respectivement le prix de la résidence en France et de la révélation du festival.
Maintenant toutefois, avec l'Appartement, Thomas Hellman n'est plus tout à fait ce que les critiques appelaient « le secret le mieux gardé à Montréal ». Les critiques sont très positives chez les médias francophones. « La Gazette (ndlr : le principal quotidien anglophone à Montréal) aussi a fait un très bon article sur moi », ajoute-t-il.
« J'espère que je commence à sortir de l'underground un peu. Je ne le sens pas vraiment, mais ça fait du bien de l'entendre parce que nous avons travaillé très fort sur cet album et nous sommes très fiers de ce que nous avons faits. (...) J'ai fait beaucoup de sacrifices pour la musique, mais je ne regrette rien. Cet album est exactement comme je voulais qu'il soit », dit-il.
« Le voilà digne de ses maîtres, les Tom Waits, Brel, Cohen et Desjardins. Tout le disque est de cette teneur. Brel n'est plus seul: Thomas est là! » a écrit un journaliste musical de la métropole.
Lorsqu'on lui demande de commenter cette critique en particulier, Thomas sourit. « Il me rendait extrêmement nerveux. C'est un journaliste très respecté et je ne voulais pas aller chercher le journal ce matin-là. (...) Brel quand même, ca me met de la pression, mais je suis content. Je me dis aussi, laissez-moi faire mes preuves »
Un autre quotidien francophone montréalais a encensé sa plume exceptionnelle, mais lui a reproché son accent « franchouillard ». « C'est la seule chose que je n'ai pas compris. Je ne sais pas si c'est négatif ou non (...) Je ne me donne pas un accent, c'est qui je suis. », explique-t-il.
Encore la question linguistique...
Malgré tout, Thomas Hellamn est vraiment content. Il a eu des temps très difficiles mais il apprécie chaque moment de la promotion de son album. En entrevue, il semble comme un poisson dans l'eau et aime à parler de son processus créatif. Il pense qu'il est trop tôt pour faire le point sur sa carrière depuis ses débuts modestes, et il est impatient de fouler les planches de nouveau. « J'explose, je saute, je raconte des histoires, je sue, je rugis en spectacle, qu'il y ait 50 ou 100 personnes dans la salle. »
Dans les prochains mois, Thomas Hellman fera la promotion de son album autour du Québec. L'Europe n'est évidemment pas exclue de son itinéraire, il a tout de même un public averti là-bas.

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