Un jour en enfer au Hellfest 2019 - Vendredi

/ Compte-rendu de concert - écrit par nazonfly (), le 29/06/2019

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Le voici, le voilà, le compte-rendu de la première journée au Hellfest, une journée en enfer principalement passée sur la scène de la Valley !

Après une première journée réussie au Knotfest et une nuit au camping étrangement calme, le premier vrai jour du Hellfest commence sur de bien beaux auspices : le temps est au beau fixe, ni trop chaud, ni trop froid. Et, bien sûr, la musique est au rendez-vous : Manowar, Dream theater, King Diamond, Carcass, Sum 41 et une audacieuse scène 100 % frenchy avec Gojira, Mass Hysteria, Ultra Vomit, Dagoba, Lofofora, No One Is Innocent, Blackrain ou Klone. Autant de groupes dont vous n’entendrez pas parler dans cette chronique qui est allée traîner ses guêtres ailleurs et en est ressorti avec la totalité des sentiments du monde.

Dès la première heure du festival, 10h30 pour être précis, c’est sur la scène dénommée Valley que nous nous rendons, une scène que nous arpenterons en long, en large et en travers au cours de ces 3 jours. C’est donc un groupe poitevin, The necromancers, qui ouvre le bal avec un stoner rock impressionnant de maturité. Le public, un peu clairsemé, est complètement pris par le set énergique du groupe et notamment par l’intensité mise par le chanteur/guitariste et le batteur. Et l’on se dit que c’était assurément un très bon concert même si, au final, l’enchaînement de très bons concerts au cours des 3 jours en a un peu dilué le souvenir. De la Valley au la scène dite Temple, il n’y a qu’un pas que nous effectuerons aussi plusieurs fois lors du week-end. Cette fois, c’est pour voir Khao-dei, du black metal sataniste sans concession. Le show est brutal et violent notamment par la grâce de son chanteur qui ferait peur à toutes les petites vieilles dans la rue. En parfait accord avec les croix renversées sur la scène ! Valley of the sun semblait programmé pour venir traîner ses guitares sur la Valley, d’abord à cause de leur nom, ensuite et surtout parce que leur stoner-rock tape pile-poil dans ce que les amateurs recherchent sous ce chapiteau. Il faut dire que le chanteur chauve se donne à fond et que la musique est puissante et efficace et entraîne le festivalier dans un déluge de notes et de chants hurlés savamment dosés. Ce qui était percutant à l’écoute avant le festival devient une évidence sur scène et la chaleur qui se dégage du live réchauffe le coeur. En trois petits concerts, le Hellfest envoie grave du bois et montre de bien belles choses. On a franchement hâte de voir la suite.


Le batteur de The Necromancers en forme

Et la suite, selon notre programme minutieusement composé, devait se jouer sur la Warzone avec The Rumjacks du punk aromatisé à la sauce folk celte. Las, le passage des scènes Valley, Temple ou Altar jusqu’à la Warzone est beaucoup trop long et la scène est juste littéralement blindée : on n’y trouverait même pas la place pour placer une aiguille. On écoute deux secondes en se faisant du mal parce que The Rumjacks avait l’air vraiment sympa mais on se déplace, la mort dans l’âme et la déception chevillée au corps, vers la Valley et Radio Moscow, l’un des rares groupes à avoir été stabiloté sur notre programme. Il faut dire que le son très rock-psyché des années 70 semblait être un petit bijou. Sur scène, le chanteur arbore évidemment un style résolument hippie classieux, ce qui est le cas de leur musique qui est une petite jouissance pour les oreilles. Au fur et à mesure des groupes qui passent, la Valley devient pour nous notre petite référence de tout ce qui est génial. Changement de style, changement d’ambiance avec Uada à la Temple. Une illustration d’une lune qui dégouline (ou qui a une barbe?) sur scène suivie par des musiciens dont la capuche ne laisse passer que de longues barbes et l’on se doute qu’on va avoir affaire à de gentils bourrins guturaux. Pas manqué, le black de Uada est diablement percutant, sombre et sauvage. Et il faut bien dire que l’aspect mystérieux de ces capuches renforce encore l’impact de leur musique qui engendre un certain mal-être, un certain malaise, une certaine haine aussi comme pour exorciser nos plus mauvais sentiments.


Uada sous la lune

Premier détour par la Grande Scène de la journée pour Lofofora. On ne présente bien sûr plus Lofo, groupe de metal des années 90 qui a su creuser son sillon dans la scène française avec un ensemble de chansons références. Leur show au Download en 2016 avait été énorme et c’était aussi le dernier auquel nous avions assisté. En début d’après midi, en plein cagnard, il semble manquer un peu d’impact même si Reuno, le chanteur, nous servira une bien belle saillie « On n’a pas d’effets pyrotechniques, on n’a pas de danseuses sur scène, on ne reprend pas du Johnny mais on est Lofofora » visant notamment Metallica qui a eu le ridicule de reprendre Ma gueule au Stade de France. En tout cas, pour une fois, Lofo ne nous emballe pas forcément et cela semble être le cas du public que le groupe est obligé de relancer plusieurs fois. Retour donc au Temple pour Trollfest dont on m’avait dit le plus grand bien. Sur scène, les musiciens sont déguisés, notamment en femmes. Et c’est… du metal festif. Je tiens deux-trois chansons mais c’est plus fort que moi, je n’aime pas. Je déserte et me place pour My sleeping karma… à la Valley ! Nom du groupe écrit à la manière de langues indiennes, étrange éléphant ornant la scène… Pas de doute, le set sera profondément psychédélique, c’est aussi pour ça qu’on l’avait choisi au détriment de No One Is Innocent par exemple. Et le choix a clairement été bon : My sleeping karma tisse savamment et sans paroles un monde enchanté qui explose par moment comme le sait le faire tout post-rock qui se répète. Les musiciens ont l’air ravis d’être sur scène et le public est complètement sous le charme de ce show planant.


Le karma de My sleeping karma

Entraîné par une connaissance, je ne vais pas voir Demons and wizards et privilégie Diamond head, groupe de heavy des années 80 qui a influencé Megadeth et Metallica, ces derniers reprennent d’ailleurs plusieurs des titres du groupe sur Garage Inc. À la vérité, les premiers morceaux nous font vite dire qu’on s’est plantés de show et l’ennui nous gagne rapidement. Seuls les titres repris par les 4 Horsemen nous feront sortir de la torpeur, notamment Helpless changé, le temps d’un concert, en Hellfest. De All them witches, il ne nous reste finalement assez peu de souvenirs, ce ne devait être ni un show hyper marquant, ni complètement nul. Ce qui n’est pas le cas de Graveyard qui, avec son rock qui explose les catégories mais reste délicieusement rétro, est d’une sensualité folle. Une bien belle découverte de plus à la Valley dans cette première journée. Si Graveyard gagne à être connu, les Dropkick Murphys font clairement partie des têtes d’affiche du festival. Et le public ne s’y trompe pas : c’est la foule des grands jours qui se masse devant la Main Stage 01 si bien qu’on ne peut que rester loin, très loin de la scène. Il arrive parfois qu’être trop loin des musiciens brise la magie et qu’on apprécie moins mais ce n’est pas le cas du groupe punk-celte originaire de Boston. Leur musique tape comme il faut et l’on ne peut que se laisser entraîner par First class loser, I’m shipping up to Boston, Rose tatoo ou encore la reprise de I fought the law popularisée par les Clash ou la reprise du titre traditionnel The Irish rover. Même à des centaines de mètres de la scène, les gens dansent et laissent les sourires éclore sur les visages dans une bonne humeur exceptionnelle. Que c’est bon !


Parce que le Hellfest c'est aussi des fesses

L’avantage de ne pas être tout devant la Main Stage 01, c’est qu’on peut se retrouver plus rapidement à la Valley pour Uncle acid and the deadbeats. Comme leur nom peut l’indiquer, Uncle acid va jouer sur les terres psychées comme auparavant Radio Moscow ou My sleeping karma mais avec la particularité de rajouter une lourdeur pachydermique qui assomme le public et le plonge dans une atmosphère planante et pesante. C’est sérieusement complètement différent des Dropkick mais c’est aussi l’avantage des festivals : passer d’un style de musique à un autre sans aucun temps d’adaptation. Ce qui est d’autant plus facile quand les groupes sont bons. En tout cas, les têtes bougent sur le rythme lancinant d’Uncle Acid et l’esprit s’évade sans problème à ce son d’infra-monde. Pour finir cette journée bien remplie, nous nous rendons à la Warzone, une fois n’est pas coutume, pour voir les Descendents, groupe culte du punk-rock californien, qui nous ramène à la fin des années 90 lorsque nous les avions découverts au détour d’une compil CD offerte avec le magasine Rock Sound. Ça ne nous rajeunit mais eux non plus puisqu’ils avaient déjà une bonne vingtaine d’années de musique derrière eux. À dire la vérité, quand on voit sur scène les quinquas prêts à faire du punk, on s’inquiète un peu du rendu, inquiétude vite renvoyée aux oubliettes parce qu’ils se lancent à corps perdus dans une musique sans concession et sans temps mort. Sans doute ont-ils perdu de leur puissance juvénile mais le set reste d’une grande qualité et le public bien présent répond parfaitement.


The Descendents en pleine forme !

 

Sur la Main Stage 01 devait sévir LE gros groupe de l’édition, Manowar, qui avait annoncé personnellement sa venue l’année précédente. À la suite d’un mystérieux désaccord avec les organisateurs du Hellfest, le groupe pourtant présent sur place ne jouera et deviendra le running gag du week-end. Personnellement je n’avais aucune envie d’aller les voir, ils sont donc efficacement remplacés par Sabaton que je n'ai aucune envie d'aller voir mais il faut quand même saluer l’effort du groupe suédois qui enchaîne deux soirées dont une complètement improvisée. Dans l’idéal, nous nous serions rendus à la Valley pour voir Fu Manchu mais la scène déborde de toutes parts et il est impossible de s’approcher et comme la suite nous intéresse moyen (Sum 41, King Diamond ou Gojira), la soirée est close et une bonne douche gelée nous attend avant de nous rendre dans les bras de Morphée pour être frais et dispos pour un samedi en enfer !

Au final, ce vendredi aura été plein de sentiments : de la nostalgie avec les Descendents, de la joie avec les Dropkick Murphys, de la haine aussi avec Uada mais de la sensualité avec Graveyard, de la chaleur avec Valley of the sun et ce sentiment étrange de planer avec My sleeping karma ou Uncle acid and the deadbeats.

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