Un jour en enfer au Hellfest 2019 - Dimanche

/ Compte-rendu de concert - écrit par nazonfly (), le 05/07/2019

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Comme le dit l’adage populaire, toutes les bonnes choses ont une fin, sauf le saucisson qui en a deux. Nous voilà donc arrivés au dernier jour du Hellfest qui sera placé, pour cette modeste chronique, sous le signe de l’ouverture.

On a certes pu voir précédemment que le Hellfest n’est pas qu’un festival de metal et qu’on pouvait y avoir des groupes aussi variés que les Dropkick Murphys, Carach Angren ou encore Jo Quail dans une espèce de grand écart qui part dans tous les sens. Cette dernière journée, à vrai dire, n’est pas plus ouverte que les autres mais il nous fallait quand même mettre en lumière cet aspect d’un festival qui reste trop souvent cantonné à des gentils metalleux qui sont potes avec les habitants.

Ladies and gentlemen, suivez nous dans ce nouveau road trip musical qui, je vous le donne, en mille débute… à la Valley avec DDENT, un groupe de post-metal instrumental et introspectif aux accents doom selon la bio du site. Il faut bien trouver une façon de se démarquer des autres j’imagine. Complètement dans leur truc, véritablement fermés au public, les quatre membres de DDENT développent effectivement un metal (pré, post, en transition, peu importe finalement) résolument instrumental et d’une efficacité certaine : l’on se perd aisément dans les boucles sans cesse en mouvement de DDENT. Mais c’est à un autre groupe français que nous allons avoir affaire à la Temple. Et qui dit Temple dit presque évidemment black-metal : ce sont les Bordelais de Hyrgal, emmenés par un chanteur à la voix mélodieuse. Non, c’est évidemment un chanteur qui met ses hurlements et sa voix gutturale au service d’un black teinté d’un poil de délicatesse. Certes ce n’est pas nouveau que le metal le plus extrême s’ouvre parfois sur des voies plus mélodiques mais c’est toujours à signaler.


Black metal de Hyrgal

Majoritairement, le metal est une musique de bonhommes blancs, c’est une évidence après 3 jours passés au Hellfest. Il arrive cependant que des groupes brisent ces clichés et, sur la Main Stage 01, les deux Anglaises de Nova Twins font partie de ceux-ci. Avec leur punk à base de hip-hop, ou leur hip-hop à base de punk, on ne sait plus trop, elles apportent un souffle de fraîcheur, une présence incroyable sur scène, une énergie débordante et un sens du groove imparable, et surtout elles parviennent à dresser des ponts entre des communautés qui se regardent en général en chien de faïence. C’est évidemment une nouvelle claque que l’on prend dans la tête. Comme celle que l’on prendre avec Municipal Waste largement moins original mais totalement dévastateur. Au son de leur thrash, le public devient comme fou et les pogos, les circle pits s’enchaînent sans répit, jusqu’à l’idée complètement folle du groupe : lancer le plus grand nombre de slams qui doivent arriver comme des vagues devant la scène. Et c’était effectivement très impressionnant de voir les slammeurs se multiplier et solliciter le service de sécurité comme jamais ! En conséquence, cela a donné une image complètement folle d’un concert somme toute percutant et entraînant.


Hip-hop punk de Nova Twins.

 

De façon plus classique à la Valley, Messa nous convie à une messe (vous l’avez?) métallique. Il faut dire que la chanteuse a le pouvoir d’hypnotiser apparemment son public pour l’entraîner avec elle dans de sombres contrées où le metal progressif est roi, où l’ambiance compte plus que l’énergie, où l’on prend le temps de ménager des plages introspectives, où la voix s’envole au dessus de la foule et plane longtemps dans les airs. Un vrai beau et magnifique moment. L’on peut filer maintenant le champ lexical de la religion pour passer de la messe de Messa à la scène Temple et au culte pagan de Cemican. Venus tout droit du Mexique, les membres de Cemican ont tous des peintures que nous qualifierons, faute de mieux, de rituelles. Résolument folk (mais terriblement metal) et inspiré des peuples anciens du Mexique, ils intègrent dans leur concert des conques, des coquillages et tout un tas d’instruments particuliers, jusqu’à un didgeridoo pas vraiment mexicain certes. L’ensemble instruments metal classiques et instruments traditionnels sonne parfaitement sur scène, d’autant plus que l’aspect visuel est particulièrement soigné avec la survenue intempestive d’un type masqué, véritable chaman qui parfois opère un sacrifie ou crache du feu. On en prend plein les mirettes et plein les esgourdes pour un résultat tout juste parfait !


Pagan metal mexicain de Cemican

Preuve une nouvelle fois de l’ouverture du Hellfest, après le metal mâtiné de hip-hop des Nova Twins, après le metal folk traditionnel de Cemican, c’est du bon vieux rock sudiste que nous sert Blackberry Smoke. Pour un peu, on se croirait revenu dans les années 60-70 à l’époque de l’explosion de ce rock tant apprécié. Sous le soleil de Clisson, il y a comme quelque chose d’intemporel, comme quelque chose de transcendant dans la musique de Blackberry smoke. Encore une très belle découverte évidemment. Comme le sera celle de Clutch où l’on se rend compte que le rock du groupe américain est en réalité la musique parfaite pour faire danser jeunes et vieux, petits et grands, sur le devant de la Main Stage 01. Le son est puissant mais clair, la voix sexuellement grave, ou gravement sexuelle, de Neil Fallon, la chaleur ajoute encore un peu à l’ambiance sauvage et indompté du groupe, la sensualité gagne le public : au loin, quelques soutifs volent dans l’air avant que l’organisation décide d’arroser à l’aide de lances à incendie le public en sueur. En deux concerts sur la principale scène du Hellfest, l’ardent soleil de juin et la musique un peu loin du metal nous aura rappelé le bonheur que peut nous procurer la musique, toute sorte de musique. Du bon son, de bons groupes, un bon public et les sourires gagnent les visages, les sens s’échauffent et la félicité gagne les cœurs.


Rock seventies de Blackerry Smoke

À l’ombre de la Temple, c’est autre chose qui se joue, du black metal pour être plus précis, un genre qui bien évidemment ne peut croître correctement au soleil. Sur scène, c’est efficace mais il faut bien dire qu’au énième groupe de black ou death, on a un peu tendance à confondre le tout sans parvenir à bien faire le distinguo entre qui est qui, alors on se contentera de jeter les mots habituels : hurlements, lourdeur chtonienne, Apocalypse, headbanging, guitar hero. Évidemment cette sorte de lassitude ne nous empêche pas d’apprécier Wiegedood sur le moment, le genre ayant toujours le génie pour faire sortie de nous nos plus bas instincts. Petit détour par Acid King sur la Valley, un autre groupe de stoner qui a la particularité d’avoir une femme au chant. Pourtant, bizarrement, leur rock teinté de psychédélisme ne prend pas réellement, il manque un petit peu de je ne sais quoi pour embarquer complètement le public, d’autant plus qu’on ne peut pas assister au concert en entier car il nous faut nous placer devant Skald. Bien nous en a pris puisque la Temple est déjà bien pleine quand nous arrivons. Il faut dire que le groupe est l’une des sensations du moment dans la catégorie néo-folk. Comme son nom l’indique (rappelons ici que les skalds sont les espèces de bardes/d’aèdes scandinaves), Skald emprunte beaucoup à la mythologie nordique pour un show évidemment païen où les tambours, la harpe et le chant se mêlent dans un même voyage par delà les mers et les monts. C’est mystique et magnifique, hors du temps et de l’espace. Comme un instant suspendu dans le week-end.


Pagan folk de Skald

Passer après Skald ne sera pas chose aisée. De Vltimas on ne retiendra, du coup, pas grand-chose d’autre que la lourdeur du set, la profondeur de la voix et la violence du propos musical. Oh et aussi ce type dans le public avec une guitare en bois qu’il gratte comme si sa vie en dépendait, et en rythme apparent avec la musique, même s’il faut bien reconnaître que la position des doigts n’est pas tout à fait la bonne. Mais à la Temple, c’est encore un autre calibre qui s’y pointe puisqu’il s’agit des légendaires Emperor. La foule se masse en nombre évidemment pour assister au concert, à la fois, sombre, décadent et aérien. Emperor envoie du lourd, du très lourd et il est impossible de ne pas s’agenouiller, métaphoriquement du moins, devant la puissance et… la beauté quelque part de leur concert. Une fois le black metal d’Emperor quitté, il faut que le festivalier s’ouvre à d’autres horizons puisque ce sont les Young gods qui investissent la Valley. Les Young Gods sont aussi des légendes mais dans un genre complètement différent d’Emperor puisqu’ils officient plutôt dans un electro-rock pêchu. Autant dire que sur le papier, ce n’était pas vraiment gagné pour le groupe suisse mais ils auront rapidement obtenu l’aval du public avec un set maîtrisé de bout en bout et surtout hyper dansant. Pour un peu, on se serait cru dans une soirée electro. Mais quand c’est efficace, c’est efficace et les Young Gods ont assez de bouteille pour pouvoir gérer sans problème.


Black metal d'Emperor

Après les légendes Emperor, après les légendes Young Gods, il ne reste que deux légendes à découvrir sur scène avant de clore un week-end riche en tout. Tout d’abord, Slayer dont c’est la dernière tournée et ensuite Tool qui ne sont plus venus en France depuis des lustres. Plus exactement, le concert de Slayer au Hellfest sera tout simplement le dernier concert en terre française puisque le groupe tire sa révérence. Autant dire que le public est très présent devant la Main Stage 02 et que, honte à moi, il aura fallu bousculer quelques gens pour m'approcher un peu de la scène et voir le groupe d’un peu plus près. Sauf qu’il faut bien se rendre compte que c’est le dernier concert et qu’il est trop difficile d’attendre sagement debout en regardant la scène alors que nous pourrions être tout simplement au milieu du pit en train de fêter dignement le départ de Slayer. Sur scène Kerry King, Tom Araya, Gary Holt et Paul Bostaph semblent être en forme et leur show agrémenté de pyrotechnie est puissant et dévastateur, d’autant plus quand on se retrouve à tourner en rond dans le circle pit, à retenir notre souffle avec le wall of death ou tout simplement à pogoter. Le petit moment mémorable sera la pluie tombée pile-poil sur Raining blood comme si le ciel lui-même tenait à accompagner le groupe dans son départ. Mais l’apothéose sera bien sûr Tool dans une ambiance complètement différente. Un concert de Tool ne se pogote pas, un concert de Tool s’apprécie avec les yeux et les oreilles, presque religieusement, ce qui est d’autant plus difficile en festival quand des Irlandais se hurlent dans les oreilles ou que des gens particulièrement éméchés tiennent absolument à te parler. Mais une fois les fâcheux esquivés, le concert est particulièrement prenant avec des visuels complètement à l’image de la musique qui tisse savamment des ambiances sans cesse mouvantes. Là encore, nous convoquerons l'image du voyage, un voyage magnifique et prenant qui fait communier dans un même instant magique tous les courageux qui ont su attendre les derniers instants de ce Hellfest 2019.

De notre côté, pour un première fois, nous avons été littéralement charmés par la qualité des musiciens présents dans cette édition. Certes nous n'avons malheureusement pas pu tout voir, il aura fallu faire des choix (exit Punish Yourself, Lynyrd Skynyrd, ZZ Top, Le bal des enragés, No one is innocent, Les wampas), certes il arrive parfois que l'avalance de groupes black/death ou stoner nous perde mais il y a eu tellement de moments particuliers, exceptionnels : la transe chamanique de My sleeping karma, le punk celtique des Dropkick Murphys, le rock très années 70 de Radio Moscow ou Blackberry Smoke, l'amour communicatif de Coilguns, le show débride de Carach Angren, le véritable coup de coeur pour envy, l'épileptique concert de Cult of Luna, l'étonnant duo Nova Twins, le sensuel show de Clutch, les voyages pagans de Skald et Cemican, les pogos de Slayer et Combichrist. Et Tool en cerise sur le gâteau. Qui sait, peut-être reviendrons-nous l'année prochaine.

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