7/10Grizzly Bear - Friend EP

/ Critique - écrit par arth, le 22/02/2008
Notre verdict : 7/10 - 10% de pourboire, et sans amertume. (Ecrivez votre critique)

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Encensés depuis leur début par Pitchfork, signés sur Warp, amis avec tout les artistes de Brooklyn, les Grizzly Bear sortent en 2007 leur Friend EP, tiroir d'anciens titres, de révisions, de reprises.

Grizzly Bear est un groupe de Williamsburg, quartier de Brooklyn, nouveau fief des artistes new yorkais depuis deux ans, le genre de quartier où l’on croise les filles d’Au Revoir Simone dans un resto végétalien, Tv On the Radio chez un disquaire aux murs écaillés ou encore les Dirty Projectors sur la terrasse d’un café littéraire. On retrouve généralement les Grizzly Bear à l’Alligator, le pub où tous se retrouvent pour vider quelques pintes, comme nous autres. Ces garçons ont été touché par un élément divin qui s’entendait à chaque seconde que passait Yellow House, leur premier album sorti en 2006.

Après ce disque, album frais et poignant, tragique et innocent, ils ont sorti fin 2007 un EP, le Friend EP. Particularité de cet « entre-disque », peu de nouvelles choses à se mettre sous la dent. Pour tout dire, seulement trois chansons sur dix ont été écrite après Yellow House, pour le reste il s’agit de reprises, de revisites ou d’anciens morceaux jamais publiés. Alors pour ceux qui pensaient combler leur faim avec cet EP, penser à prendre un truc à grignoter avant. En effet cet EP est un peu comme les menus des très grands restaurants où tout est très bon, mais tout se mange en trois bouchés. En entrée, Alligator, une véritable œuvre classique, première bouchée légère, crépitement électrique, puis explosion de saveurs, ça tonne sous les cuivres et les violons qui s’emportent et ça retombe comme un nuage d’œuf en neige qui nous glace la bouche. Cette ondulation du fort au faible nous emporte comme un radeau dans la tempête. Accompagnés des Dirty Projectors, guitares, flûtes, batterie subtile comme le goût noisette d’un foie gras, cette première mise en bouche nous convainc d’un repas fameux.

Première reprise, He Hit Me, chanson des Supremes, interprétation délicate, rythmique toute en retenue pour un début qui ouvre sur ce « jet sonore » si personnel au groupe, cette montée qui vous donne la chair de poule, le mélange angélique d’une guitare, d’une batterie et de chœurs qui montent.

S’en suit deux revisites, Little Brother et Shift. La fin de Little Brother annonce le léger virage électrique que pourrait prendre le groupe pour la suite, avec un battement beaucoup plus fort, beaucoup plus sérieux, et des guitares alarmantes sorties d’un album de post-rock qui nous font tirer quelques frissons. Shift est la chanson qui m’a fait découvrir Grizzly Bear, à l’époque ces inconnus jouaient tous serrés dans une cabine de douche, sifflotant, entonnant cette douce balade en canon. Un hors d’œuvre légèrement réchauffé finalement, doux mais manquant d’éclats.

Et puis ce sera tout pour eux. Ils nous laissent au fromage avec une vague instrumentale de cinq minutes, apaisante, mignonne, tropicale, pour le réveil, ou le coucher.
Le dessert ? Des reprises, CSS, Band of Horses, Atlas Sound, on a connu pire. Un avis rapide : CSS s’en sort très bien, Band of Horses ont un peu trop abusé de la sauce barbecue sur leur céleri et Atlas Sound sont toujours aussi insondables, incapable de dire si c’est magique ou pompeux. L’enregistrement maison de Deep Blue Sea, une vieille composition solo de Daniel, le guitariste, nous sert de digestif d’un menu finalement bien léger, une balade qui commence comme une chanson de Bob Dylan mais où une voix berçante reprend le dessus sur nos yeux, comme calmé de notre repas.

Un mot au chef : « veuillez lui adresser mes compliments les plus sincères sur ses intentions et sur les mets qu’ils nous a proposé ce soir, mais faites lui savoir qu’il en faudra plus pour sa troisième étoile. Je considèrerai cela comme une dîner de repérage où ma venue n’était pas annoncée et où la tiédeur de certain plat ne sera plus acceptée la prochaine fois. Faites lui quand même la bise et essayez de lui dire qu’importe la tiédeur je l’aime toujours autant.»

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