Il faudra un jour admettre que le parcours de Goldfrapp n'est pas des plus logiques. Partis à leurs débuts dans une musique électronique à l'aspect cinématographique, qui voyait la voix glaciale et sexy en diable d'Alison Goldfrapp s'adjoindre les services de son compagnon de chemin Will Gregory, ils avaient en 2000 frappé le monde avec leur Felt Mountain, un immense disque fait d'influences hypnotisantes, confinant au sublime dans un cocktail qui soufflait le génie et l'extraordinaire, vénéré par une masse incalculable de musiciens de tous horizons.
Par la suite forcément, pour certains la faute de goût impardonnable fut de faire deux disques plus conventionnels et plus « tape à l'œil » avec Black Cherry et Supernature, qui flirtaient quant à eux avec les cabarets électroniques et l'euro dance entêtante sans réel génie.
Forcément, le changement brutal a fait que les fans des premières heures s'y sont complètement perdus et ont dans une médisante tristesse traité Goldfrapp de Madonna du pauvre. A raison?
Aussi, quand ils sont réapparus avec une volonté brute et sincère de revenir sur des territoires musicaux fantaisistes et donnant du rêve à portée de main, il a semblé un instant que le groupe avait été touché à nouveau par la grâce.
Le postulat de départ est pourtant excellent : avec un nom d'album tel que Seventh Tree sorti tout droit d'un rêve d'Alison Goldfrapp où elle s'était imaginée un arbe immense aux feuilles roses portant un chiffre sept dessus. L'inspiration pour cet opus vient également d'une imagerie portée autant sur une Alison au regard mélancolique et sortie tout droit d'un Barry Lyndon de Stanley Kubrik, que de l'univers de Peter Pan avec ses animaux étranges, ses hiboux enchanteurs.

Le chapeau, la cape et l'épée?
D'ailleurs la version deluxe de l'album en met volontairement plein les yeux, avec son dvd, ses cartes postales, son cd (quand même), et son poster sortis tout droits d'un univers que seuls eux semblent maîtriser. Sur ces belles et sublimes photos de Serge Lebond l'invitation au voyage est directe et nous met dans le bain de suite.
C'est avec une excitation des plus rassurantes que l'on insère le cd dans sa platine et que l'on décolle pour environ 41 minutes de rêves éveillés et de paysages flottants et irréels.
Tree of Life
Cette inspiration nouvelle se retrouve dans Clowns, premier titre idyllique nous rappelant le grand Goldfrapp. Guitare accoustique posée de manière délicate sur le morceau, voix sensuelle et planante d'Alison, le morceau va peu à peu dérouler un tapis soyeux décoré d'ambiances à la fois tendres mais simples. Quand efficacité rime avec simplicité, il naît des morceaux propices à ces beautés fragiles. Unique.
Cet aspect cinématographique fait de paysages ouverts et de prairies bucoliques va se poursuivre avec le très ample Little Bird qui va nous décrocher quelques larmes de bonheur et qui semble comme nécessiter des nouveaux chemins de traverse avec ses claviers respirant la sérénité et l'onctueuse mélodie. Un titre qui se transporte dans nos oreilles et nous confirme que le génie semble de retour. Deux avant goûts seulement et l'on se dit que enfin, leur retour à la nature et à ces univers moins cabarets semblent avoir porté ses fruits.
Pourtant, Happiness nous fait mentir cet adage et va prendre un cap brusque et définitif pour la suite du disque. Avec ses racines puisant dans la pop folk britannique kitsch à souhait, et ses grosses sections cuivrées pas des plus judicieusement placées, on a presque l'impression d'avoir changé de disque. Le trop plein de voix saturées d'effets et remplissant l'espace à l'excès semble aussi tomber à côté, et malheureusement rend le tout bien pompeux et indigeste. Le coup de grâce vient d'ailleurs des paroles et de ce bonheur un peu trop tape à l'oeil évident pour sembler vrai. Un vrai raté après 2 morceaux pourtant qui étaient bien partis. 
Hiboux et rêveries printanières?
Road To Somewhere va s'aventurer lui sur le chemin de l'émotion calme et posée. Violons sortis dehors, basse pour donner un côté punchy, voix d'Alison s'élevant dans les cieux et s'évaporant aussitôt, le titre n'est pas dénué de charme mais semble comme déjà entendu ailleurs, et trahit une légère baisse de tension d'un coup qui brise l'effet de génie des débuts. Ni bon ni mauvais, il est à l'image de la fin de cette continuité, sans réelle surprise.
Eat Yourself tentera elle, de raconter une comptine des plus étranges, avec ces inlassables envies de décoller l'auditeur vers d'autres strates moins pénibles même si le titre ne surprend jamais vraiment. A nouveau un titre agréable d'écoute mais qui n'a rien de spécial à raconter.
Arrivés déjà au 6ème titre de l'album, on commence à se demander si la volonté réelle de Goldfrapp de revenir à d'autres ambiances plus proches de leur Felt Mountain était réussie ou opportuniste, mais c'est là qu'intervient Some People qui vient porter le coup de grâce révélateur et qui fait qu'il n'y a rien à quoi s'accrocher pour tenter de sauver les meubles. Un piano, un semblant de sentimentalisme forcé, et à nouveau un morceau gonflant rapidement.

Little happiness , so simple?A&E le single pourtant, aurait du donner le signe de cette nouvelle direction, disons plus légère et moins folle que les morceaux de Felt Mountain. Synthétiseurs molassons et forcés, voix à nouveau pleine de ce trop plein de bonheur creux, clip un brin copié sur le Human Behavior de Gondry, bref rien de neuf, au mieux on pourrait porter plainte pour plagiat évident, pourtant ce serait tout de même un peu inutile face à un tel gâchis se vautrant de lui-même.
Heureusement, un dernier sursaut de génie revient dans cet étrange Cologne Cerrone Houdini aux relents de pop sous acides, de son rythme lent et désabusé, accouplé aux respirations et aux palpitations purement sexuelles. Un Goldfrapp provocant, tenant sur le fil dans un exercice d'électronique funambule et soigné. Une bouffée d'air pur après autant de navrants essais dans le vide. Un morceau vraiment excellent, puissant et soigné.
Le soufflé va toutefois retomber de suite avec Caravan Girl qui va donner l'impression de voir le groupe s'exercer à un trip Elton John qu'ils ne maîtrisent pas avec ce morceau sautillant, au rock malvenu dans un album qui pourtant se veut hypnotique.
Interrogation et stupéfaction sans doute, pourraient mieux résumer cette sensation qui s'empare de l'auditeur qui semble décidemment mal à l'aise face à cette pop folk brisée. Choix étrange de ce morceau qui s'apparente assez peu au sujet de départ.
Dernier titre déjà (heureusement?), Monster Love va tenter de nous rassurer avec ces accordages légers flottant en apesanteur, et toujours Alison et son compagnon qui nous envoient promener dans un champ bucolique et vert comme dans les cartes postales, effet raté à souhait.
Trop vert, trop propre, trop plat.
Fruits pourris
Un vrai gâchis, une vraie déception et surtout une trahison impardonnable pour tous les fans de leurs débuts, comment pourrait-t-on mieux résumer cet opus? Aseptisé et sans folie propre peut-être? Alors oui, Goldfrapp a délaissé les pistes disco, Goldfrapp a voulu moins faire tape à l'oeil, moins énergique pour revenir à une musique plus posée, plus réfléchie et finalement plus portée sur les sentiments réels de l'existence.
Mais si l'effet marche sur quelques titres comme Clowns ou encore Little Bird mais aussi Cologne Cerrone Houdini, le reste ne semble qu'être le même titre décliné à l'envi. Répétitif et ennuyeux à souhait.
Un joli artwork ne faisant hélas pas tout mais étant un bon appât, une volonté de casser un parcours artistique en dents de scie ne suffisant pas non plus, faut-il encore réellement s'en donner les moyens et ne pas tomber justement dans l'excès d'une démarche trop posée, trop réfléchie ?
Ce qui semble être l'impression la plus durable à chaque tentative d'écoute de ce Seventh Tree. 
Little Clowns are still dreaming
La question qui demeure restera au final toujours la même : ne se sont-ils pas perdus dans des univers un peu trop différents ? Un disque à l'image du dvd bonus finalement qui accompagne l'édition limitée, beaucoup de choses dites, beaucoup de fausses révélations et de banalités qui ne semblent que trop représentatives.
L'inspiration s'est-t-elle définitivement envolée? Avec ce Seventh Tree en tout cas, l'avenir musical de Goldrapp semble tout de même bien compromis.
Goldfrapp - Seventh Tree
01. Clowns
02. Little Bird
03. Happiness
03. Road to Somewhere
04. Eat Yourself
05. Some People
06. A&E
07. Cologne Cerrone Houdini
08. Caravan Girl
09. Monster Love
Aenem' []

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