9.5/10Goldfrapp - Felt Mountain

/ Critique - écrit par Aenem', le 11/01/2008
Notre verdict : 9.5/10 - Electronique panoramique (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 5 réactions

Felt Mountain, ou quand la rencontre entre 2 mondes tels que l'électronique et les ambiances de films se croisent dans un disque à la beauté glacée, hypnotique, séductrice et mélancolique.

Alison Goldfrapp, née dans les années 1970 en Angleterre développe dès son plus jeune âge un caractère mélancolique et contemplatif, signe des années pourries de 1980 qu'elle trouve nulles et ringardes artistiquement. Aussi, pour se sortir de cette campagne puritaine et conservatrice où elle se sent à l'étroit, la seule voie possible qu'elle trouve est de se droguer aux solvants, ce qui lui vaudra une réputation sulfureuse dans son village.

Par la suite, elle va aterrir en Belgique où après avoir débuté avec Tricky qui lui offre sa première opportunité de s'exprimer, les opportunités d'enregistrement en solo vont malheureusement par la suite vite tomber à l'eau faute de pouvoir trouver un vrai partenaire pour sa carrière.
Toutefois, hasard du sort, peu de temps à peine après, une amie lui présentera Will Gregory, compositeur diluant ses sons dans des arrangements mélodramatiques et ténébreux tout en leur donnant un côté cotonneux, va débarquer et rester de longues années avec elle. Goldfrapp naît ainsi en 1999 en même temps que leur signature avec le label Mute pour un premier album.

La liberté qui émane de ce disque et cette impression de communion avec la nature s'explique peut-être entre autres, par le fait que pour l'enregistrement, ils ont passé des mois dans un bungalow laissant libre cours à leurs imaginations. Un titre comme Deer Stop par exemple a intégralement été écrit sous les étoiles d'où le parfum de trip hop aérien qui semble comme flotter dessus.

Felt mountain est une escalade sexy mais glaçante dans des ambiances à la fois feutrées et stylisées tout en invoquant un style sortant des films des années 50-60, ces vieux polars noirs, sans toutefois en oublier d'en dégager le côté émotionnel.

Lovely Head, qui ouvre le début de l'album avec ses sifflements semble d'ailleurs sortir d'un western d'Enrico Morricone avec ses instrumentations sophistiquées. Ce morceau est une allégorie, une ode aux paradis de sons artificiels qui contraste avec le thème de la nature choisi, mais il est aussi un morceau d'une expérimentation propre à la fraîcheur de cette montagne emmenée par la voix sexy d'Alison Goldfrapp. Le titre aurait pu avoir sa place sur n'importe quelle bande son d'un James Bond et son charme rétro cool. Paper Bag suit le même procédé avec son rythme lent, titre tout en lévitation auquel s'ajoute des notes de piano tout droit sorties de Versailles et qui cède peu à peu place à une ambiance cinématographique aux relents d'années 50.

Pourtant le style de ce Felt Mountain ne saurait se cantonner à des ambiances, mais il s'illustre également avec des compositions bossa nova aux aspects menaçants comme sur Human, tube en puissance et Oompa Radar rempli de ses manèges étranges aux allures d'ovni musical. Le chant y est ici relégué au plan d'instrument pur desservant ce décor d'un autre monde, perdu à mi chemin entre le rêve et la réalité.

Le final de cet album débutera avec Utopia ou comment voyager avec de la musique en apesanteur idéal à s'écouter en station orbitale si c'était possible, et ce en à peine quelques minutes. Horse Tears suit droit derrière avec sa lente descente, une balade minimaliste au piano qui vient quant à elle clôturer ce tableau d'un album sans aucune faute de goût en dehors de sa durée presque trop courte.

Mais quand un album est aussi agréable à l'écoute, on aimerait toujours qu'il dure plus longtemps n'est-ce pas ?

Album intemporel et loin du style des albums suivants, Black Cherry et Supernature, nettement plus axés sur des rythmes plus rapides et idéaux pour le dancefloor, Felt Mountain marque profondément et l'ivresse ressentie à chaque écoute est un plaisir peu commun pour les oreilles rarement atteintes par une telle grâce.

Felt Mountain est en ce sens, un album d'un raffinement et d'une classe maîtrisée au possible. Une perle rare, sombre, envoûtante avec une Alison déployant toutes ses capacités vocales dans d'intenses pièces d'électro trip hop aérien.

Essentiel de par son charme éthéré, l'album a marqué de sa parfaite maîtrise des arrangements et de sa production toujours aussi raffinée, même 8 ans après.

Le disque est aussi une parfaite solution pour décoller du quotidien terrestre et se laisser emporter par une contemplation d'un album en dehors de son temps.

Il ne reste plus qu'à Goldfrapp à enfin donner un successeur digne de ce disque. D'ailleurs, selon les premières rumeurs le groupe serait revenu à un style plus proche de ce premier essai.

A vérifier avec Seventh Tree en février.

 

Goldfrapp - Felt Mountain

01. Lovely Head
02. Paper Bag
03. Human

04. Pilots

05. Deer Stop

06. Felt Mountain

07. Oompa Radar
09. Utopia
10. Horse Tears

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