Girls In Hawaii - Rencontre du 4 février 2008

/ Interview - écrit par wqw..., le 17/02/2008

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Girls In Hawaii sort Plan Your Escape qui poursuit la belle l’aventure musicale entamée, il y a déjà plus de quatre ans. Nous avions la chance d’être les premiers à ouvrir le bal de la semaine promo du groupe à Paris.

Girls In Hawaii sort Plan Your Escape deuxième album qui poursuit la belle l’aventure musicale entamée, il y a déjà plus de quatre ans. Un opus qui présente pourtant un côté plus tourmenté, une richesse également en matière d’arrangements… Nous avions la chance d’être les premiers à ouvrir le bal de la semaine promo du groupe à Paris. Rencontre avec Lio (chant) et Denis (batterie).

Première question qui deviendra sans doute récurrente pendant votre promo. Pourquoi un si long laps de temps entre From Here To There et Plan Your Escape ?
Lio(nel) : il y a plein de raisons en fait. Après la sortie, on a encore tourné deux ans, on a été aux Etats-Unis, en Islande… Chaque fois on disait « stop, on arrête » et puis on nous proposait d’autres choses et on avait envie d’y aller… Il y a eu un essoufflement aussi, toujours tourner avec les mêmes chansons, il a donc fallu une période pour se reposer un peu, réfléchir, laisser venir les choses…

Girls in Hawaii à la mer (par Miguel Rosales)
Girls in Hawaii à la mer (par Miguel Rosales)
Une réadaptation à la vie ?
Oui. En Belgique, il y a vraiment eu une effervescence avec le groupe et je crois qu’on a vraiment eu envie de se terrer un petit peu. C’est propre à nos caractères ça. La composition en elle-même a du prendre un an, un an et demi… Et puis évidemment toute la pression à essayer de faire une suite.

Faire mieux et différent…
Oui. On s’est donc beaucoup sondé, un peu trop en fait. On a un peu trop mentaliser tout ce qu’on voulait faire. On a mis un peu de temps à s’y mettre. Une fois que tu es dedans, c’est spontané, tu n’y réfléchis plus. On n’aime pas être trop dans le mental comme ça.

Pourquoi devons-nous préparer notre plan d’évasion ? Cela a-t-il un rapport avec la situation politique actuelle de la Belgique ?
(Rires) On avait ce titre avant d’avoir les chansons. Ça n’a pas de rapport à quelque chose de précis, c’est juste un truc qui nous évoquait plein de choses. C’est un titre un peu vague sur lequel tu peux mettre tes impressions et puis ça correspondait aussi un peu à un moment où on voulait casser nos codes, où on voulait sortir de ce qu’on était. On commençait à en avoir un peu marre du côté pop. On a donc cherché une autre voie. Ça illustrait un peu ce côté là, avoir envie d’un autre air, chercher ailleurs. Au final, on a redécouvert ce qui faisait notre musique.

Girls in Hawaii a froid sur la plage (par Miguel Rosales)
GIH a froid sur la plage (par Miguel Rosales)
Et la chanson Your Escape Plan existait déjà ?
Non, c’est le dernier titre qu’on a enregistré. Vu le texte de la chanson, on s’est dit que ça collait bien avec ce qu’on avait vécu, tous ces doutes. Parfois tu as envie de faire autre chose, de t’échapper quelque part. C’est ce côté mental dont je parlais où tu réfléchis beaucoup trop, tu te poses trop de questions.
Denis : c’est un morceau qui est arrivé vraiment à la fin des sessions d’enregistrements. On avait beaucoup plus conscience de ce qu’allait être l’album dans sa globalité. C’est plus facile d’avoir du recul une fois que tu as un truc un peu homogène, une série de morceaux assemblés. Ce titre là est donc venu un peu naturellement, un truc guitare-voix très simple et comme on était baigné dans cette ambiance, on trouvait que c’était…
Une bonne conclusion ?
Oui, une sorte de petite table des matières. En fait, il y a plein de disques qu’on aime bien qui ont des chansons qui portent le nom du disque et, mine de rien, tu sais toujours que c’est une manière que le groupe a de vouloir t’indiquer la petite porte pour pouvoir rentrer dans le disque.  C’est une démarche de vouloir lui donner une petite dimension supplémentaire, par rapport à tout le reste de l’album.

Si on retrouve les clefs du son Girls In Hawaii, cette pop feutrée, mid-tempo, les harmonies vocales. On sent pourtant poindre ce qui ressemblerait parfois à une noirceur. Le premier morceau n’est d’ailleurs pas très GIH. Est-ce une volonté de rupture ?
L :
Il y avait une volonté de rupture mais ce n’est pas encore accepté à 100%. Le premier album me semble encore imprégné par l’enfance et l’adolescence, il y a ce côté un peu spontané. On grandit, ce disque c’est un peu un adieu à tout ça aussi. C’est accepter des choses plus sombres, une vision différente. Et puis durant les trois années qui ont donné vie à ce disque, il y a eu aussi des moments pas faciles, dans la musique et dehors aussi. Je pense qu’on avait envie de marquer ça. Sur le premier, tu pouvais mettre une chanson le matin pour te mettre de bonne humeur. Pourtant, on a ce côté là pas spécialement super marrant (rires).
D : On avait ici la volonté de faire quelque chose d’assez habité. Sombre et en même temps plus riche dans les ambiances et du même coup moins immédiat, moins efficace. Moins de petits formats chansons à l’univers très simple, dans lesquelles tu peux rentrer directement. Il y a ici un travail de fond sur la texture des sons et c’est ça qui donne ce côté sombre. La manière dont tout ça est habillé. C’est un truc qu’on a beaucoup bossé dans l’idée justement de vouloir rompre nos codes. On a cherché à utiliser des instruments un peu inédits mais ça reste finalement des formats pop assez classiques. L’idée est d’aller, de temps en temps, toucher quelque chose de différent, indiquer des voies vers lesquels on voudrait peut-être aller mais. On sent qu’il y a une ouverture. C’est encore un travail en cours.
Girls in Hawaii dans une maison perdue (par Miguel Rosales)
Girls in Hawaii dans une maison perdue
(par Miguel Rosales)
Il ne faut pas perturber tout le monde.
Oui, même nous-même. Il faut qu’on s’y retrouve aussi.
L : On a eu vraiment à un moment une volonté d’aller vers autre chose mais je crois que ça aurait donné quelque chose un peu trop "figure de style". Un morceau comme Plan Your Escape justement c’est une direction qui nous plaît. Fields of Gold aussi, des choses plus dépouillées, plus labyrinthiques.

Comment avez-vous écrit sur ce nouvel album ? Il me semble que précédemment vous étiez plus à 2, est-ce qu’il y a eu plus un travail de groupe sur celui-ci ?
Ça commence toujours un peu Antoine et moi puis on s’est retrouvé avec Denis dans des maisons. C’était difficile, on a maquetté, mis en forme, fait des batteries, des basses. Puis on a été en session avec Jean Lamoot (ndr : producteur entre autres d’Alain Bashung, Brigitte Fontaine, Noir Désir…) et il y encore eu un travail avec tous les autres membres du groupe. Il y avait des ateliers un peu dans toute la maison dans laquelle on enregistrait. Chaque fois quelqu'un pouvait proposer un arrangement, une idée. Le résultat est donc une sorte de bric-à-brac d’idées, de collaborations… du travail seul aussi, mais c’est beaucoup plus ouvert que sur le premier. Ce sont aussi des perspectives qui s’ouvrent. Daniel le bassiste a composé une chanson. Lui vient un de l’électro, il a une autre vision des choses. On se détend un peu aussi par rapport à ça. On s’ouvre aux propositions, on est moins protecteur par rapport à nos morceaux. Ce sont de belles expériences.
D : Il n’y a pas vraiment de recette générale. Pour chaque titre, c’est une histoire. Il y a des titres qui ont été maquettes tout seul, une personne derrière son enregistreur et qui a tout fait de A à Z et puis on a fait une relecture mais très fidèle à ça. Plan Your Escape, c’était sur une petite boucle de quarante secondes à l’acoustique et là tout s’est fait plutôt à l’instinct, en une soirée. Et puis tu as des titres sur lesquels on s’est battu pendant des mois où là c’est un travail permanent. C’est alors sur la longueur que tu commences à être charmé par ce que tu fais. Parfois c’est un peu étrange parce que tu es souvent perdu et en même temps c’est rassurant de voir que ça t’ouvre plein de possibilités, de manières de faire. Ça ouvre des perspectives.

Vous conseillez Pussemange aux groupes en mal d’inspiration ?
L : Ah Pussemange... C’est toujours cette idée d’aller s’isoler. C’est un village entre la frontière belge et française, complètement déserté. On a besoin cette mise en scène d’enregistrement, même au début pour maquetter, quand ça n’allait pas du tout, quand on trouvait rien. On est aussi allé s’enterrer dans un truc où il y avait qu’une petite maison dans une vallée près de Namur en Belgique. Une maison de campagne complètement isolée de tout. Vraiment la vieille baraque perdue au milieu d’un bois, où tu n’as plus de réseau GSM, plus de net. Il faut faire dix bornes pour acheter ton pain.
Tu es obligé de faire de la musique…
D : Oui. On a besoin de s’isoler totalement. En session, c’était super important pour nous, d’être dans des maisons comme ça. Tu ne viens pas comme dans un studio tous les matins à 10h et puis tu attaques le travail. Jean a vraiment joué le jeu de venir s’installer avec nous plusieurs semaines, on vivait tous dans la même maison. Tu as plein de moments extra-musicaux, en tout cas hors-enregistrement qui sont hyper important pour définir ce que tu fais, beaucoup de discussions, de longues soirées autour du feu. C’est parfois aussi nourrissant que ce que tu as fait l’après-midi. Quand tu es occupé à travailler, tu as finalement peu le temps de prendre du recul. Parler de l’atmosphère générale du disque comme ça en se levant le matin, en éternisant un déjeuner, en causant de tout et n’importe quoi, pour arriver un peu à se cerner. Jean a cerné l’importance du côté humain. Ça été une chouette rencontre, au-delà de l’artistique, et je pense que ça lui a plu, autant qu’à nous. Un peu comme si on partait en vacances avec un mec qu’on ne connaît pas.
Girls in Hawaii vît dangereusement
Girls in Hawaii vît dangereusement
C’est ce qui permet d’installer une confiance…
Totalement, parce que tu te découvres. Quand tu arrives, tu as décidé de bosser ensemble mais finalement tu ne te connais pas du tout. C’est vraiment sur la base de quelques après-midi qu’on a passé à discuter et que les choses se sont mises en place.
L : On voulait travailler avec quelqu'un et puis on a donné ce nom comme ça, Jean Lamoot. On connaissait le dernier Noir Désir, Des Visages, des figures qu’on aimait bien. C’était totalement instinctif, ça n’était fondé sur rien de particulier. On l’a rencontré un après-midi à Bruxelles et puis ça a super collé. Il nous a proposés d’aller enregistrer dans des maisons. Ça a été un choix humain, une démarche.
Il a donc senti de lui-même que ça n’était pas la peine de vous entraîner dans un grand studio.
D : Oui c’était à la limite la crainte : convoquer un producteur pour faire ton disque et de devoir rentrer dans des schémas plus classiques d’enregistrement. Ils sont habitués à bosser dans un univers qu’ils connaissent et nous, on a vraiment l’habitude de s’installer dans un grenier avec des câbles partout dans tous les coins, sans trop faire attention à faire les choses trop proprement. On adore quand il y a des bruits de plancher quand tu fais une prise de guitare. En général, on ne nettoie jamais ces trucs là, parce que c’est ce qui fait vraiment que tu as une ambiance, comme une seconde lecture dans le morceau. Sans qu’on lui ait parlé de ça, il a vraiment capté qu’il y avait un truc à faire. On lui a expliqué ce qu’on avait fait pour préparer les maquettes et tout ça et lui était super motivé et il a joué le jeu avec nous, d’amener tout son brol. On se faisait à chaque fois des week-ends complets d’installation, pendant trois jours à tout câbler dans la maison. C’était super gai !

On retrouve des arrangements un peu étranges sur Shades of Time entre clochettes et des instruments à vent indéfinis… Ce sont des flûtes ?
L : Non, c’est un doudouk.
Et c’est un cymbalum sur Fields of Gold ?
Non, c’est un marxophone (rires)
Qu’est-ce que c’est que ça ?
C’est vrai que c’est improbable et en plus c’est américain. C’est un truc qui a été construit dans les années 20 et 30, je crois, et qu’on avait vu chez Bat For Lashes. On a vraiment flashé dessus et du coup on entend ça partout, dans le Whiskey Bar des Doors et tout ça… On en a trouvé un sur ebay. On l’a reçu en session et on s’est dit « mais qu’est-ce qu’on va foutre de ce truc… » (rires)
D : C’est une sorte de petite harpe avec un clavier. Tu as des petits marteaux qui viennent rebondir sur des petites cordes de clavecin… Ça fait limite folklore turc (rires.) C’est d’ailleurs ce que j’expliquais tout à l’heure. Pour certains morceaux, on s’est retrouvé en session avec une vague idée. On voulait faire un beat assez organique et pas spécialement jouer une batterie dessus. On avait déjà préparé des choses en claquant nos pieds sur des planchers, en frappant dans les mains, en tapant sur des chaises avec des baguettes, en trouvant plein de sons mais savoir vers quoi on allait. C’est vraiment un truc qui s’est fait comme ça pendant trois jours, à essayer plein de prise. Il y avait une grande cheminée en fonte sur laquelle on a fait vibrer des trucs. Il y a une sorte de long grondement à la fin. Il y a une vieille pendule qu’on s’amusait à faire sonner et qu’on a réussi plus ou moins à re-sampler et qu’on a mis comme ça de temps en temps. Il y a plein de chose comme ça.
L : L’arbre à vent aussi qui traînait là. Denis a soufflé dessus pendant une heure (rires) et on a sélectionné des bouts.
D : C’est aussi pour ça qu’on adore découvrir un lieu. De partir comme ça trois semaines, louer des grandes bâtisses dans les Ardennes, parce que souvent ça coûte bien moins cher que d’aller en studio donc du coup tu as le luxe d’avoir beaucoup de temps. On a fait deux sessions de chaque fois un mois. C’est super pratique justement de pouvoir prendre trois jours pour tester des trucs sans savoir ce que tu vas garder. Tu t’imprègnes un peu du lieu. Ça nous fait plaisir en réécoutant le disque au casque d’entendre plein de trucs qu’on a fait, qui sont un peu caché derrière les mélodies, on se rappelle que c’était tel pièce.
L : C’est assez égoïste parfois.
Girls in Hawaii dans la forêt (par Miguel Rosales)
Girls in Hawaii tout petit
dans la forêt (par Miguel Rosales)
Vous vous faites des blagues… 
D : (Rires) C’est la volonté aussi de te faire plaisir. C’est lorsque que l’on essaye de se faire plaisir avant tout qu’on arrive à sortir des trucs, à être productifs, à se surprendre. On a eu besoin de reprendre conscience de ça au début du disque. Réussir à faire fi de tout ce qu’il y avait eu avant. Savoir que les gens t’attendent alors qu’avant tu faisais ça dans ta chambre sans trop savoir qui ça allait toucher. C’est un petit processus personnel, il faut vraiment le faire pour toi. C’est là que les choses se débloquent. Tu ne cherches plus à savoir si ça va surprendre les gens, s’ils ne vont pas trouver ça kitch ou moche. Tu t’amuses à tenter plein de trucs débiles.
L : Il y a un côté ludique qui est hyper important pour nous, acheter des instruments. On a aussi trouvé la flûte sur Internet. Il fallait souffler comme un buffle dedans. Je n’ai pas le courage d’apprendre pendant deux ans pour jouer. J’ai toujours fait ça un peu à l’arrache, en coupant des bouts. J’ai l’impression que ça apporte une touche aussi. Un côté spontané, limite de gosses.
D : C’est dans le procédé qu’on a gardé un truc très proche du premier disque. Les morceaux sont peut-être moins accessibles parce que c’est plus complexe, il y a beaucoup de changement d’ambiances, parfois des morceaux agencés avec cinq-six parties différentes. Mais dans l’artisanat du truc, il y a quelque chose de très proche qui fait que c’est toujours fragile et ludique. A notre sauce : ça reste mélodique, ça ressemble à ce que tu voulais faire et en même temps ça garde une touche d’humilité.

Et c’est parce que ça n’était pas dans cet esprit là que vous avez retiré deux titres de l’album (ndr : Grasshopper et Coral) ? Enfin il y avait un interlude…
D :
Oui l’interlude… C’était des trucs qu’on avait préparés à l’avance comme ça. Tu as des disques comme Goo de Sonic Youth qui sont comme de longs bouquins avec quelques chapitres, des trucs qui reviennent entre les morceaux, et on aime cette continuité. Ça passe par plein d’ambiances différentes et, en même temps, tu as une sorte de guide de lecture. On s’est rendu compte au final que notre album avait beaucoup de moment d’intro, de moments sans voix, cela faisait donc un peu double emploi. En le retirant, on s’est rendu compte qu’on mettait plus en avant les parties musicales au sein des morceaux. Quand tu enregistres, tu mixes, tu as finalement très peu de recul pour décider. Grasshopper, on l’a retiré par souci de garder un côté très immédiat, très pop, limite un peu par peur que les gens soient perdus. Avec le recul, tu commences à l’assumer beaucoup mieux et ça n’est plus nécessaire de rajouter ce genre de choses. Tu assumes ta démarche de faire un disque un peu plus bizarre, peut-être moins immédiat mais l’assumer pleinement en faisant une belle cohérence de morceaux.  C’est aussi pour nous une manière de se rassurer, pouvoir se dire que trois jours avant de presser son disque tu as encore la possibilité de changer. C’est le dernier moment où tu peux encore sentir que c’est ton disque, que tu as encore les rennes en main parce qu’après tu le livres.

From Here to There est sorti aux Etats-Unis et au Japon. Comment a-t-il été accueilli ? Cela vous a permis de tourner un peu là-bas ?
L : Au Japon bizarrement on n’a pas joué mais ça a pas mal vendu en fait. Je crois que c’est le troisième pays où on a le plus vendu… après la France et la Belgique mais on n’a pas pu jouer.
D : Ça coûte cher d’amener tout un groupe là-bas, le matériel, etc. On était toujours entre plein de trucs mais naturellement le disque a eu sa petite histoire et c’est mieux vendu que dans certains pays où on a fait beaucoup de promo donc c’est même assez chouette de voir le truc se développer tout seul.
L : Aux Etats-Unis c’était un peu l’inverse. On a fait quelques dates promos, concerts mais là on n’a vraiment pas vendu grand chose (rires).
D : Par contre on a pu faire un petit parcours sur les radios, beaucoup de sessions acoustiques dans les College radios, des radios qu’on aime bien comme KRCW, sur lesquelles sont passées tous les groupes indie américains qu’on aime, que ce soit Pixies ou Eels, etc. Ils ont vraiment eu leur histoire et leur succès sur ce réseau. C’était assez cool de découvrir cet univers de petites radios dans les universités avec des mecs hyper-passionnés, qui veulent te faire jouer plein de reprises. Ce sont de super chouettes rencontres.
Pochette de From Here to There
Pochette de From Here to There
L : Le mec qui s’occupait de nous là-bas, c’était un avocat en fait, complètement à l’arrache. Il prenait son bus et nous emmenait dans des petits cafés. « J’ai un pote là, on va aller jouer. » On s’est retrouver dans des Starbucks. On avait envie de disparaître de ce truc avec ces gens qui viennent boire leur café. Mais ce sont de belles expériences, parce que t’es obligé de les convaincre, même dans tes textes. On a un anglais pas du tout conventionnel (rires.) C’était important pour nous d’être confronté à ça.
D : Les gens là-bas avaient l’air plutôt séduits. Tu arrives timide et n’assumant pas trop ce que tu racontes, ce que tu chantes. Ça te paraît tellement maladroit que tu as l’impression qu’ils vont te dire…
L : « tu te rends compte de ce que tu dis là » (rires.) Tu ne sais jamais comment ça sonne pour eux.
D : Et même si c’est correct ça reste une relecture de quelqu'un dont ça n’est pas la langue. Tu exprimes donc des choses sans savoir comment eux vont le comprendre.
L : Mais c’était bon pour nous. On a beaucoup appris.
D : Les retours de gens étaient drôles parce qu’ils nous disaient que c’était ça qui les marquait, le fait d’avoir des gens qui parlaient comme ça de manière plus intuitive. Un peu comme un gosse qui se mettrait à faire un poème sans trop savoir manier les mots et en même temps tu as des images immédiates et super jolies qui s’en dégagent.
Que d’autres parlant mieux n’arriveraient pas à faire…
Limite, on nous disait « n’essayez pas de parler mieux et de faire un truc plus senti » parce que c’était un côté qui leur plaisait.
L : Et puis l’accent français, ils aiment bien ça.
D : Le petit côté exotique…
L : Même physiquement. On a été à trois avec Antoine et physiquement comment on se mettait, comment on s’assumait, avec nos têtes de jeunots. On ne cadrait pas du tout avec la manière dont les groupes américains se montraient. C’était curieux. Je me disais « putain ils doivent vraiment halluciner. » (rires)
D : « C’est qui ces trois mecs ? » (rires)
L : Il y avait vraiment une curiosité et une écoute attentive, c’était vraiment chouette.
D : On fait beaucoup de session acoustique, ici, pour les radios, mais là on a vraiment tourné dans des clubs et faire ce qu’on fait d’habitude toujours en groupe. On a fait plein de clubs en soirée avec deux guitares et un clavier et des petites percus, un truc super dépouillé. C’était un bel exercice de devoir revisiter les morceaux comme ça. Ils gardent leur efficacité tout en amenant parfois un univers plus touchant que si tu débarquais avec tout ton matos en électrique dans ces clubs qui étaient plutôt intimistes.

A contrario, est-ce que le buzz qui s’est fait autour de vous en Belgique et en France faisant de vous LA nouvelle sensation du plat pays, ne vous a pas  un peu déstabilisé ? Il me semble avoir lu dans votre bio « Avaient-ils envie de poursuivre l'aventure ? » Vous avez vraiment pensé arrêter le groupe ?
Pas spécialement quand on tournait mais ça été plutôt après.
L : Quand on a entamé celui-ci parce qu’on n’arrive pas à concevoir de le faire sans envie et à ce moment là, il n’y en avait pas. On a juste essayé d’être honnête et de se dire « et bien voilà si ça n’est pas là, on arrête. » Et puis c’est revenu, il fallait juste un peu souffler. Ce sont des questions saines à se poser avant d’enregistrer un disque. Tu ne donnes pas un truc qui n’est pas honnête. Je pense qu’on se posera toujours la question avant l’entame d’un disque.
D : Pour le buzz, en France on ne l’a pas trop vécu, on est assez étonné qu’il y ait une petite fanbase qui s’est constituée et qui se maintient. Quand on est venu jouer à Paris en octobre, on a été très surpris de voir qu’après si longtemps il y avait des gens qui étaient encore si impatient. C’est super stimulant. Là où ça nous a sans doute causés du tort, c’est en Wallonie. C’est chez toi et il y a parfois vraiment une surenchère. Quand on est allé faire des sessions acoustiques aux Etats-Unis dans des petits cafés devant quinze personnes, même si ça fait partie de l’histoire de ton disque c’est vraiment minime. Tu prends conscience du tout petit groupe que tu es et c’est hyper agréable. Avec ce buzz local tu avais toujours la télé, l’équivalent de France 2 en Belgique qui te proposait de faire un JT en direct à New York. Des articles dithyrambiques pendant quatre pages, « ils conquièrent l’Amérique », et toi tu te dis « c’est bon, on va faire trois soirs dans les cafés du coin… »
L : Et puis naturellement de l’autre côté tu as des webzines qui cassent vraiment le truc. Toi tu es entre les deux et ce n’est pas là-dedans forcément que tu es le plus à l’aise.
D : Mais je pense que vraiment c’est lié au phénomène local. Comme tu viens de là, ça fait énormément plaisir aux gens. Dans le principe c’est agréable, ils sont fiers mais parfois ça prend des proportions trop importantes pour nous. On a plutôt tendance à faire profil bas.
L : C’était donc aussi une des raisons de notre absence à un moment. Ça nous a bien arrangés en fait que ça traîne. On n’était pas prêt à assumer ça, c’était un peu accidentel. Quand on joue en tête d’affiche en Belgique, très tard le soir, on se rend compte que ça n’est pas vraiment là qu’on est le plus à notre place. Ce sont donc des réflexions qu’on a, savoir dans quel contexte tu es le mieux.
D : On ne rêve pas d’un succès planétaire, ni d’une carrière qui explose mais juste avoir la possibilité de continuer à faire des disques et de fidéliser un public de gens passionnés par ce que tu fais. C’est ce qui se passe en France où on a plus un statut de groupe indé. Tu tournes toujours un peu dans le même réseau de salles dans des proportions qui nous vont super bien. Tu as encore contact avec les gens de la salle. Ce n’est pas de ces halls que tu loues, où tu débarques avec ton équipe technique et où tu ne croises personne.

Alors justement il y a déjà une grosse tournée qui est prévue dans la foulée de la sortie de l’album ? Je sais qu’il y a un Olympia, est que…
L :
Est-ce qu’il y aura des gens dedans ? (rires)
Non, mais ça n’est pas très indé comme salle. Ça représente quelque chose pour vous ?
D : Pour moi ça reste la cerise sur le gâteau. C’est un peu le haut du panier. Au-delà de ce genre de salle, on n’aimerait pas…
L : Oui c’est la limite pour nous.
D : Ce sont des salles, comme la Cigale, qui ont une ambiance, du charme. C’est encore, dans la proportion de gens qui sont là, très naturel. Pour nous c’est un cadeau de savoir qu’on va présenter nos chansons dans ce cadre là.
L : Il y a vraiment une impatience d’aller jouer. Beaucoup plus que sur le premier. On sent vraiment qu’il va se passer beaucoup de choses sur scène, il y a un univers à explorer, essayer des trucs, on a beaucoup répété.
D : Et comme c’est moins le disque de deux personnes, il y a eu vraiment un travail de groupe pour apprivoiser les titres. Il y a plus le plaisir de le défendre à six sur scène. Pour l’album précédent, il y avait l’excitation de partir pour la première fois en tournée. Limite, le trip voyage t’excite plus que de jouer. Aujourd'hui, on est un peu revenu de ça et ce qui nous motive vraiment n’est plus de découvrir des villes mais de livrer les morceaux.

Alors à bientôt sur les routes !

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