8.5/10Furia Sound Festival - Edition 2005

/ Critique - écrit par CBL, le 09/07/2005
Notre verdict : 8.5/10 - De plus en plus furieux (Ecrivez votre critique)

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J'aime les festivals. Une fois la fouille passée, on a l'impression de se retrouver dans un monde merveilleux où tout le monde est jeune, sympa et court vêtu. Un festival dégage un parfum très particulier, un savant mélange de grec-frittes-oignons, de fumée de clopes parfois « améliorées » et de sueur matinée de bière.
On reconnaît peu à peu les différents types de festivaliers. Par exemple, il y a ceux qui campent sur place et qui ont l'air crevés dès le matin. D'autres ne sont pas venus pour la musique mais juste pour la bonne ambiance et pourquoi pas draguer la jolie jongleuse avec ses massues. Je crois même avoir vu quelques goths avec tout l'attirail malgré les 30 degrés à l'ombre. Enfin il y a les éternels djeunz avec sac Eastpak (ne pas oublier de coudre « Fuck Bush » dessus) qui sont de tous les pogos dans la poussière le premier jour et qui font la sieste ceux d'après. C'est aussi un festival de t-shirt entre fans d'un groupe (« I love Ben » ), messages hautement politiques ou franchement drolatiques (« Rage Against Les Machines A Laver », « Picardie Libre »).

Cette année le Furia Sound Festival avait sorti les grands moyens en s'installant dans la base de loisirs de Cergy. Avec 4 scènes, 3 jours de festival, 60 concerts et plus de 100 000 personnes, ce qui était un petit festival du Val d'Oise est devenu un grand évènement musical. Pour vous donner une idée de la taille, la scène 1 était aussi grande que tout le Furia de l'an dernier.
Le cadre était génial et offrait pour la scène 1 un gigantesque amphithéâtre naturel propice à s'allonger pour écouter les groupes. Certes, c'était vallonné et il fallait faire un peu de chemin pour aller d'une scène à l'autre mais la présence d'arbres entourant le festival et permettant de se mettre à l'ombre était une bénédiction. Par contre, un manque cruel de points d'eau s'est fait sentir. Heureusement que la bière était fraîche. On notera la présence de stands Nintendo à l'air libre (d'habitude ils sont dans des camions) avec des bornes Donkey Konga 2, un jeu musical où il faut taper sur des bongos qui allait plutôt bien avec le coté festif de l'évènement.

Sur le plan musical, c'était de la folie. Jetez un coup d'oeil à la programmation et vous vous rendrez compte qu'il y en avait pour tous les goûts et avec beaucoup de grosses têtes d'affiche, pas forcément des habitués des festivals. Au fond, il y avait peut-être trop de groupes ou pas assez de temps entre deux artistes ce qui obligeait parfois à rater la fin d'un concert pour voir le début d'un autre. N'étant présent que le samedi et le dimanche, voici quelques mots sur les différents groupes qui m'ont marqué.

Commençons par parler de Jabul Gorba que j'ai d'abord pris pour de la chanson festive comme c'est la mode en ce moment jusqu'à ce que résonnent des guitares franchement metal. Les pauvres passaient en premier et ont essayé de réveiller les campeurs amorphes et autres festivaliers abrutis par la chaleur. Il y sont plutôt bien parvenus et la scène 3 attiraient de plus en plus de curieux.

Pendant que The Film commençait son concert, nous attendions La Rumeur histoire de voir ce que donne sur scène un autre groupe de rap que les Svinkels face à un public bien plus habitué à la double pédale qu'à la double platine. Suite à un problème de train, La Rumeur a coupé court et n'a finalement pas joué. Tant pis, ça me laissera le temps de prendre une bière et de faire une interview avant d'aller voir Déportivo.

(pendant que je fais l'interview en question, Mad Dog est allé voir les Wriggles et nous en dit deux mots : )
Les Wriggles au Furia, c'était un peu la séance de rattrapage pour ceux qui avaient raté leur concert au Zénith et l'occasion de les découvrir pour ceux qui ne les connaissaient pas. Rappelons que le groupe est composé de cinq talentueux musiciens qui chantent l'ironie, le non sens, l'injustice, la joie et la tristesse avec des textes recherchés toujours accompagnés d'un jeu d'acteur sur scène tenant plus d'une représentation théâtrale que musicale. Ils ont joué beaucoup de morceaux de leur dernier album (Comme Rambo, Délit de face, Mon petit mec et moi, Toutes, Moi d'abord), une chanson inédite (La soirée se barre en couille), sans oublier les chansons cultes (Thierry et Poupine, ah ben ouai, mais bon...),le tout en un peu plus d'une heure et avec un jeu de scène irréprochable,. Les petits gars se sont même payés le luxe d'un rappel de deux chansons (dont on se la pète grave).

Déportivo. Si un jour on m'avait dit que le patelin de banlieusards mous dans lequel j'ai grandi (Bois d'Arcy) accoucherait d'un groupe aussi bon sur scène, je n'y aurais pas cru. Bénéficiant d'une qualité de son exceptionnelle, le trio a enflammé la scène 2 avec une rage qui relègue leur CD au rang de berceuse tout en n'oubliant pas le coté hyper cool de certains morceaux. Leur répertoire étant encore court, ils n'ont pas eu de problème avec le temps et se sont même permis une reprise très réussie de Miossec. J'attends de pied ferme le deuxième album.

Après, on a fait comme beaucoup de monde : se poser à l'aise devant la scène 1 pour écouter le funk de Sinclair. J'avoue que ce n'est pas trop mon style mais ça détendait bien et ça reposait après les guitares déchaînées de Déportivo. Le public cuisait littéralement et n'était pas trop réceptif à part la fosse particulièrement pleine. Sinclair n'a pas eu de chance vu que le son a coupé en plein milieu de son tube du moment, Si c'est bon comme ça, pour revenir pile pour le rappel.

La présence sur le programme d'Anti-Flag dont je ne connaissais qu'un morceau avait attiré mon attention et nous décidons donc d'aller écouter ce que ça donne. Voyons voir... une formation classique à crête avec un batteur à la carrure d'un bûcheron canadien, un jeu de guitare bien classique et des lyrics anti-Bush...c'est donc bien du punk ricain, communiquant une énergie débordante à un public survolté. Ca fait beaucoup de bien en tout cas. Je les ai trouvé bien meilleurs que Pennywise ce soir là.

Le lendemain, la présence de plusieurs voitures immatriculées dans le 13 (Bouches Du Rhône) aurait du me mettre sur la voie de ce qu'allait être Mon Coté Punk. Je ne saurais trop décrire le style alors disons que c'est du funk-rap-metal marseillais avec des paroles très drôles fleurant bon l'anis et évidemment chantées avec l'accent. On fait toujours d'excellentes découvertes dans les festivals et ce groupe en fait partie !

The Servant s'offrait la scène 1 pour un excellent concert grâce notamment à un public très réceptif. Dan Black (le chanteur) s'amuse toujours autant à jouer les séducteurs anglais parlant pas si mal le français et ne se démonte pas même devant autant de gens. Comme pour Sinclair, c'était aussi le groupe de la détente avant de passer au metal français.

No One Is Innocent m'a un peu déçu à faire de la démagogie bien lourde en plein milieu de leurs chansons. Ils bougent bien mais on sent que ce n'est pas aussi franc et furieux qu'un des plus vieux groupes de la scène française qui allait jouer juste après eux : Lofofora. Pendant qu'au loin Amadou et Mariam emmenait son public en Afrique, le chanteur de Lofo donnait tout ce qu'il avait et faisait pogotter le public avec des titres tirés de différents albums (principalement les deux derniers). Les balances étaient un peu ratés surtout au niveau de la voix mais ça n'a pas empêché le concert d'être grandiose et de finir en apothéose sur... le postérieur du chanteur.

Au final, le Furia s'impose sans problème comme une valeur sure et permet d'attaquer l'été sur de bonnes bases. La programmation est axée sur ce qui fait beaucoup de bruit mais n'oublie pas les groupes internationaux et les autres genres musicaux. Il y a eu quelques fausses notes mais elles sont compréhensibles quand on sait que le Furia a triplé de volume d'une année sur l'autre et qu'il faut un peu de temps pour roder cette nouvelle formule. En tout cas, j'espère bien y être l'an prochain !

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