8.5/10Furia Sound Festival - Edition 2004

/ Critique - écrit par CBL, le 14/06/2004
Notre verdict : 8.5/10 - 100% furieux ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 8 minute(s) - 12 réactions

La période estivale des festivals a bel et bien débuté et les grands événements approchent à grands pas. Si les Vieilles Charrues sont à l'ouest et les Eurocks dans l'est, le Furia Sound Festival a eu la bonne idée de s'implanter dans la région parisienne pour satisfaire les banlieusards. Mais comme tout grand festival, Furia a mis en place les structures traditionnelles pour accueillir tout le monde avec un camping et alimentation à proximité. La 8ème édition du Furia Sound festival de Taverny (dans le Val d'Oise) a eu lieu cette année les 26 et 27 Juin et comme d'habitude la programmation est excellente avec : Tryo, Ska-P, Tété, Pleymo, Enhancer, Tarmac, les Wampas et Matmatah qui marquent ainsi leur grand retour sur la scène. Figurent également Elista, Cali et les jeunes furies (groupe découverte) Uneven et M-Sixteen.

Cette 8ème édition marque le réel changement de dimension du festival, en effet plus de 20 000 festivaliers ont fait le déplacement. Et ça valait le coup. Si le point commun entre toutes les éditions est la qualité de la programmation (nous avions d'ailleurs rencontré l'an dernier Superbus, Stupéflip, Java, et Watcha), on peut regretter cette année quelques soucis d'organisation pour entrer dans l'enceinte même du site : une unique file d'attente très longue, des agents de sécurités très zélés qui renvoient sans pitié les personnes ayant oublié d'échanger leur place contre les traditionnels pass un ou deux jours. Les organisateurs n'avaient peut-être pas prévu une telle affluence.
Par contre, une fois les barrières franchies, on oublie tout et on peut découvrir un excellent cadre : une vaste pelouse découpée en plusieurs parties avec deux scènes de taille quasi égale qui se font face, une allée bordée de tentes pour les associations et le merchandising des groupes, deux points d'eau et différents stands de restauration ! Bref tout y est !

Samedi 26 juin

C'est sous un ciel couvert que débutent les concerts en début d'après-midi et c'est avec regret que l'on rate une bonne partie de la prestation d'Elista. Juste le temps d'écouter leur titre phare "Debout" pour se rendre compte du succès grandissant du groupe, beaucoup de fans étaient présents pour poggoter gentiment et l'ensemble du public arrivant petit à petit était assez réactif. Mais pourquoi donc avoir programmé ce groupe si tôt dans l'après-midi alors que tout le monde n'était pas encore arrivé et que certains groupes qui allaient suivre n'entraînaient pas la même ferveur du public ?

Après ce bon set bien rock, c'est au tour des Svinkels d'enchaîner et avec eux : oubliez tout ce que vous connaissez des concerts de rap. Là où la majorité des groupes marchent à l'eau plate, Gérard Baste, Nikus Pokus et M. Xavier fonctionnent à la vinasse et à la kro, dont ils balancent les canettes à moitié pleines dans le public. A mi chemin entre le punk et le rap, enchaînant des lyrics délirantes et alcoolisées, le trio bombarde le public des quelques tubes phares issus des albums « Tapis rouge » et « Bons pour l'asile ». Emmenés par un DJ Pone déchaîné pour le son, on danse comme des dingues sur « C-Real killer » ou « Réveille le punk » ou on répète les chorés bien marrantes qu'effectuent les Svinkels sur « Le Svink c'est chic ». Dommage qu'il n'y ait plus de monde qui soit rentré dans le trip hip hop troqué contre du rock.

Suivent alors quatre groupes étrangers, de qualité inégale, vu le manque de réaction du public notamment pour zeke et speed dealer dont le rock hyper agressif et brutal n'a pas plu à tous. Venir des States, guitares affûtées et batterie débridée ne suffit pas. La bonne nouvelle vient plutôt de M.A.S.S. qui était d'ailleurs présent à la fête de la musique à Bastille. La chanteuse, véritable icône de M.A.S.S., donne toute la personnalité à ce groupe anglais très rock'n'roll ! Unsane quant à eux se cachent un peu derrière un gros son très noise mais s'en tirent mieux que leurs compatriotes américains. Se présente ensuite Cali, qui attire tel un aimant les 10 000 festivaliers présents, très impressionnant, 10 000 personnes à sautiller, claquant des mains dès les premières notes des grands titres de son album "l'amour parfait". Le contact avec le public est très bon, Cali assure à lui seul le spectacle, il regrette simplement "la défaite de Perpignan face au stade français" mais invite tout le monde à faire la fête !

Passer de Cali à Enhancer est quelque peu déroutant, mais pas pour un grand nombre de fans venus pour voir comment se débrouillent ces dingues de la Team Nowhere. Ils n'ont pas été déçus vue l'énergie que dégageait le groupe. La petite apparition de Gérard Baste au premier titre lance les hostilités et les 3 MCs d'Enhancer font pogotter un vrai public de furieux sur des titres aussi bien issus de « Street Trash » que de « Et le monde sera meilleur ». S'il est difficile d'arrêter la machine à rap métal une fois qu'elle est lancée, il fallait faire gaffe à rattraper un des chanteurs lors de ses slams, parfois depuis les échafaudages. Bien crevé mais heureux, il est temps d'aller se reposer un peu. Ca tombe bien car le groupe qui suit est bien plus cool.

Lorsque Tété monte sur scène c'est toujours quelque chose d'impressionant mais ce coup-ci notre Keziah Jones français s'est entouré de ses Outsie Putsies qu'il nous présente pendant le concert, pour jouer les titres de "à la faveur de l'automne". Mais ceux-ci l'abandonnent pour quelques titres seul à la guitare tout juste accompagné d'une batterie. Le naturel de Tété, son état d'esprit et sa naïveté ont fait le reste et beaucoup sont venus pour lui.

Ceux qui ne connaissaient pas la folie de Didier Wampas ont été servis, une heure de show wampesque avec un Didier qui ne sait toujours pas chanter, ni s'habiller autre part que chez Jennyfer. Didier reste leur seul à avoir chanté debout sur une chaise portée par le public, il est le seul à avoir fait monter sur scène une vingtaine de jeunes filles sur "petite fille", il est le seul à marcher "sur" le public, et Didier est le seul à scander en refrain "Didier Wampas n'a pas peur des footballeurs grecs" alors que ses « chéris adorés » (nous) reprennent en coeur « Manu Chao ». L'heure autorisée de concert a défilé à toute allure et ce concert fût le meilleur de la journée.

Vient ensuite une coupure pyrotechnique avant Ska-p avec un spectacle de feu peu visible par tous. C'est donc les Espagnols de Ska-p qui ont la responsabilité de conclure cette première journée. Quelques petits problèmes de son viennent perturber les premiers titres mais tout se règle rapidement. Le ska ultra festif plaît et ça bouge énormément ! Même si on ne parle pas l'espagnol, on comprend que le groupe donne dans la pure démagogie en appelant à l'Intifada en Israël après avoir dénoncé Bush. Les autres groupes, quant à eux, ont plutôt critiqué le gouvernement ou appelé à venir aux Solidays et ces paroles de Ska-p n'avaient vraiment pas leur place.

Dimanche 27 Juin

C'est avec le dos et les pieds pas encore remis de la veille que l'on repart direction Taverny pour la deuxième journée qui s'annonce encore plus festive et ensoleillée. D'ailleurs on doit attendre encore une bonne heure pour entrer sous un soleil de plomb ce qui nous fait rater les deux premiers groupes. Les coups de soleil pleuvent et heureusement que pour nous rafraîchir, il y a les surgelés Picard.

Enfin précisément, le groupe s'appelle Fatals Picards. Ce jeu de mot est nul mais c'est fait pour. Ce groupe commence son set par « Certains disent qu'on fait des chansons cons et c'est bien vrai, mais cela tombe bien car il paraît que les festivaliers sont cons ». Et effectivement, ce fut très débile mais très efficace. Entre rock et punk, les Fatals Picards jouaient de façon énergique avec des lyrics totalement crétines expliquant comment pourrir la vie des enfants ou blaguant méchamment sur les chasseurs. Avec toujours quelques jeux de mots idiots entre deux chansons. Le public a participé à merveille sur « La boite à » diverses choses en répondant parfaitement aux âneries des Fatals Picards. Le chanteur de Marcel et Son Orchestre est même venu faire un duo pour la dernière. On a rarement autant ri à un concert en tout cas.

Après la Picardie, la Bretagne. Matmatah monte sur scène et commence par une reprise des Sex Pistols, « God Save The Queen ». C'est plutôt étrange pour un groupe qui va bientôt sortir un nouvel album de démarrer sur une reprise, aussi bien jouée soit-elle. Après, ce fut plus classique avec « Emma », « Lambé Andro » ou « Quelques sourires » que le public connaissait par coeur. Tout le monde attendait « L'apologie » comme dernière chanson et quand le groupe a annoncé qu'il jouerait plutôt une chanson inédite du nouvel album, le public gronde très fort mais finit par se résigner. C'était impressionnant de voir le groupe se battre pour jouer ce qu'ils veulent. La rançon du succès du premier album ?

Avec un dernier album en demi-teinte pour les fans des deux premiers, Pleymo a intérêt à assurer à mort. Kemar et sa bande ont l'air crevés à cause d'une tournée gigantesque mais ont encore pas mal d'énergie à revendre comme ils vont le prouver durant une heure. « Rock », « Blohm » ou « Tout le monde se lève », les chansons des trois albums y passent pour un set sans grande surprise mais qui fait bouger les fans comme des fous dans une poussière que les vigiles ont du mal à canaliser avec leurs jets d'eaux. Pleymo arrive même à organiser son classique Braveheart sur « United Nowhere ». Les curieux de passage sont déjà partis pour être en première ligne de l'autre scène, histoire de ne pas rater une miette de Marcel et Son Orchestre.

Il faut le voir pour le croire. Entre leurs déguisements rose bonbon, la grosse vache sur la droite de la scène et la perruque blonde du chanteur, Marcel et Son Orchestre ne passe pas inaperçus. Avec un ska/punk bien entraînant et des lyrics aussi amusantes que satiriques, le groupe arrive sans trop de mal à faire danser et chanter un public nombreux conquis par avance. Entre « Ma Soeur » et une chanson « écrite par Nougaro pour Brassens en hommage à Trenet fan de Bruce Lee » (« Le Pornogrpahe »), Marcel enchaîne les classiques de leurs albums que tout le monde reprend en choeur, participant ainsi à ce grand moment de bonheur.

Tarmac entre ensuite en piste (ah ah ah. Tarmac ? piste ? non c'est pas grave...) avec une reprise excellente des Clash. Le groupe a fait une prestation correcte mais sans plus. Non pas qu'ils jouaient mal, disons plutôt que ça ne bougeait pas vraiment et que le contact avec le public était très réduit même sur « Notre époque » et « Je cherche ». On passe vite sur une grosse tête d'affiche : Tryo.

Quand on pense à Tryo, les mots « guitare sèche », « cannabis » et « roots » viennent immédiatement aux oreilles. En effet, sur scène, Tryo arrive à instaurer une ambiance de plage et de vacances comme sur leur dernier album avec bar et vahinés. Mais niveau musique, on s'échappe un peu du reggae pour laisser place à du ska voire du jazz grâce à une section cuivre échappée de Mister Gang. On se laisse bercer sur « Roots » ou « Faut qu'ils s'activent », on danse de temps en temps et on savoure le long solo de saxo. Un des grands moments fut le mélange théâtre/musique sur « Désolé pour hier soir » avec un Mali déchaîné. C'était peut-être un peu trop long et les fans ont été déçus de ne pas entendre « L'Hymne de nos campagnes » ou « La Main Verte ». En tout cas, ils auront réussi à utiliser tout le public comme choeur !

Pour finir, les Têtes Raides débutent leur show avec quelques uns de leurs plus vieux standards. Après, leur set a oscillé entre le très bon comme sur « Qu'est-ce qu'on se fait chier » et le moins bon avec une reprise mitigé de l'excellent « l'hexagone » de Renaud. Pas très communicatif, le groupe a quand même assuré une musique efficace entre rock et chanson qui a conclu en beauté la soirée.

Beaucoup de bons groupes, beaucoup de monde, une organisation correcte qui s'améliorera, on n'en doute pas et un excellent son ont fait de cette édition du Furia un très bon cru. Pas encore au niveau de Eurocks et des Solidays, ce festival est peut-être plus convivial et balaye très large au niveau styles musicaux tout en offrant des têtes d'affiches de premier choix. On ne sait pas pour vous mais nous on y retourne l'année prochaine.

PS : Le début de l'article a été écrit par Emeric. Merci à Bart et Niluje de l'ITIN pour les corrections !

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