8.5/10Funke (Sascha) - Mango

/ Critique - écrit par Dat', le 22/03/2008
Notre verdict : 8.5/10 - Douce provence... (Ecrivez votre critique)

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Le Berlinois revient avec un album moins tapageur, plus ensoleillé, propices aux divagations mentales, affalé sur le canapé, l'oeil rivé sur le coin de ciel perlant de votre fenetre.

Il faut croire qu'après avoir prêché et sublimé la minimale, les Allemands se mettent à transgresser leurs propres règles, ouvrant leurs compositions à des atmosphères plus aérienne, osant même s'accoquiner avec la Pop. Apparat avait transformé l'essai d'une façon remarquable l'année dernière avec son Walls, sublime disque electro-pop, à broyer toute colonne vertébrale un peu exigeante.

Sasha Funke, n'a lui, pas encore l'aura de ses confrères Apparat ou Ellen allien, mais traîne ses guêtres en terres teutonnes depuis un bon paquet d'années. Signé sur BPitch, le label d'Ellen, Le Berlinois avait déjà bastonné pas mal de paires d'enceintes avec son Bravo sorti en 2003. Mais c'est grâce à sa participation aux excellentes compilations BoogyBytes qu'il a pu jouir d'une exposition non négligeable.

Peut être fatigué de faire danser les gens grâce à ses platines, ou désireux de reposer ses tympans rognés par les basses sourdes, Sascha Funke a eu la soudaine envie de se cloîtrer pendant quelques mois dans une maison de campagne, en France, à Aix en Provence. Loin des ambiances folles des clubs européens donc. Et c'est dans cette atmosphère doucereuse que le compositeur a puisé les racines de son Mango, nouveau disque faisant la part belle aux progressions extatiques et planantes.

 

...cher pays de mes vacances...

Sascha funke, content.
Sascha funke, content.
Il ne faut pas chercher (le) Midi à quatorze heures, la piste d'ouverture, Mango cristallise parfaitement ce que l'on peut trouver dans ce disque. Une longue montée de plus de 7 minutes, aspirant synthés et beats feutrés dans une ascension sublime, hypnotisant, soyeuse, vous envoyant planer à la lisière du soleil, filant entre les comètes d'un univers ouaté et accueillant. C'est rythmé mais pas agressif, c'est satiné mais pas chiant. On parlait des astres, We are Facing the Sun, nous balance une composition lumineuse en pleine face, sorte de House éthérée, intemporelle, avec ces notes de claviers zébrant le titre, résonnant comme des coup de marteaux sur un bloc de glace. Et tous les titres déroulent leur grâce ainsi, dans le même mouvement, en s'obligeant à dépasser la demi douzaine de minute, histoire de bien imprimer la progression de chaque composition, laissant ses dernières bien ouvrir leurs ailes, histoire d'accompagner de la meilleur des façon l'envol de nos esgourdes. A dire vrai, on pourrait même reprocher au disque sa trop grande homogénéité, et l'oreille distraite aura presque l'impression d'entendre un peu la même chose durant 60 minutes.

Mais si l'on se laisse engourdir pas l'aspect diffus des productions de l'allemand, il est presque impensable de ne pas basculer dans un état semi comateux, proche de celui atteint dans les afters emplies de psychotropes, à dodeliner vaguement du bassin en suivant un rythme frappant plus le cœur que les oreilles, tout en tirant sur un bout de clope pourri.

Sentiment sublimé à l'écoute de l'énorme Double-checked, tunnel techno d'une obscurité éclatante, linéaire à en filer la nausée, vous plongeant dans un night-club aseptisé, verre d'alcool à la main, et silhouettes suivant négligemment le métronome sonore en faisant la gueule d'une façon convaincue. Une armée désincarnée prête à obéir au chef de meute qui apparaît sans crier gare, égrenant des ordres d'une voix lugubre, d'outre tombe, venant caresser l'amas de chair en mouvement, s'infiltrant dans votre cortex, vous susurrant une mélopée prête à vous transformer en simple pantin. Sublime titre.

D'une façon bien moins tourmentée, mais non moins excitante, le très beau Chemin des Figons fera copuler guitare mélodique et nappes presque guillerettes sur plus de 8 minutes.

 

...Je t'ai gardé dans mes machines

Et si l'on excepte l'étrange et fastidieuse conclusion The Fortune Cookie Symphonie, Sasha Funke livre un album sans faute. Certes, un album qui n'invente rien non plus, le son de l'Allemand restant trop propre sur lui pour réellement nous surprendre, contrairement à la double claque administrée par Gui Boratto et The Field, dans le genre on-refaçonne-la-techno-sur-des-territoires-et-aérés-et-presque-pop-comme-tout-le-monde-se-plait-à-le-dire.

Mais pour le coup, ce n'est pas le sentiment de surprise, d'aventure qui est recherché à l'écoute de Mango, mais celui de l'introspection, du vagabondage mental et de l'évasion, affalé comme une merde sur un canapé, en regardant d'un œil torve les nuages défiler sur un ciel bleu éclatant. Et dans ce créneau bien précis, on peut affirmer sans l'ombre d'une hésitation que le disque de Sascha Funke est une putain de bonne galette.

 

Sascha Funke - Mango

01. Mango
02. We Are Facing The Sun
03. Feather
04. Take a Chance With Me
05. Summer Rain
06. Double-Checked
07. Lotre (Mehr Fleisch)
08. Chemin Des Figons
09. The Cookie Symphony

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