9/10Fumuj - The Robot and The Chinese Shrimp

/ Critique - écrit par Dat', le 29/03/2008
Notre verdict : 9/10 - Panic Prevention (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 6 réactions

En plongeant son Dub dans le souffre d'un Hiphop rageur et d'un rock saturé, Fumuj balance avec "The Robot and the Chinese Shrimp" un brulot impressionant.

Fumuj avait marqué quelques fins gourmets il y a des années, en balançant le prometteur Monstreuse Normalité sortant un minimum des sentiers rebattus du dub hexagonal, dégainant saturations bien grasses et riffs acérés, à l'instar de Idem. Jarring Effects a clairement eu le nez creux en allant débaucher la formation, qui, en plus d'avancer un titre d'album peu commun, accueille dans ses rangs un claviériste et un Mc s'évertuant à balancer ses phases en anglais. Histoire de dynamiter vocalement les structures déjà bien dérangées du groupe mais aussi de donner un aspect plus concret aux compositions, distillant les explosions d'une façon mieux sentie, devant soutenir le Mc à coup de boucles rageuses et d'attaques propices à la défénestration sous l'effet de la joie. Deux constatations s'imposent naturellement à l'écoute de cette nouvelle galette :

1. Il est strictement impossible de continuer à qualifier Fumuj de groupe "dub".

2. C'est extrêmement incommodant de devoir ramasser ses dents après une claque pareille.

Shrimp music for Shrimp people

Bon, les dents, on les perd dès les deux premiers titres, qui résument à eux seuls ce que l'on peut trouver dans ce Fumuj. Avec Killers, on vérifie si un incendie n'est pas en train de se propager dans la pièce tant le tout sent le souffre. Phrasé Hip-hop sur hurlements électroniques, ligne de guitare imparable, cordes orientales virevoltantes dans vos tympans, et montée finale superbe, avec une dernière estocade verbale qui marquerait n'importe quelle personne pendant un mois, tant le tout est évident, à le hurler tous les matins dans sa douche en foutant de l'eau partout.

We Live In ? Mon dieu, We Live In... Les 30 premières secondes crachent sûrement l'une des meilleures boucles que l'on puisse croiser sur un disque Jarring Effects depuis 8 ans. C'est crade, ça groove, ça tabasse, bref, ça file l'envie de danser en se roulant dans un amas de cadavre. Les couplets sont dantesques, les refrains sont dantesques, et le tout forme un tube imparable rongé par la gangrène, le morceau que tout le monde rêverait d'entendre à la radio dans un monde parallèle. La conclusion, envoyant le titre dans des sphères planantes, sublimes, avec cette nappe cristalline enveloppant le tout, permet de contraster de la meilleur des façons avec la rage du début. On s'incline ? On s'incline...

Fumuj au grand complet (photo : Madmanic)
Fumuj au grand complet
(photo : Madmanic)
Dans un écrin plus léger, Play My fucking Shit déroule une rythmique martiale sur une guitare funk passée au hachoir. Le flow de Pierre Scarland cache plus difficilement ses origines françaises, sans altérer pour le moins du monde le coté jouissif du tout. En se forçant un peu, l'on croirait presque entendre The Prodigy tentant de se mettre au Funk. Tout le contraire de Full Of Entertainment, qui dévoile enfin les racines Reggae-dub du groupe, en les noyant dans un brûlot hip-hop. La bave aux lèvres, le Mc frôle l'hystérie sur un ska mutant, clair, entraînant, frappé de basses bien roots, avant de virer dans une orgie rock hurlante, véritable déflagration sonore qui paralyserait un quartier entier.

Plus loin, Fuck s'apparentera à la plus grosse claque du disque avec We Live In, en poussant toutes les jauges au maximum. Lyrics limpides et cathartiques, jetées en pâture à un tsunami de saturations, frôlant le gros métal, une révolte concentrée sur 3 minutes, explosion graduelle qui atteint son paroxysme sans crier gare. On peine à imaginer la folie que doit engendrer ce titre en concert. A transformer de gentils spectateurs d'opérettes en manifestants anarchistes.

Da rockwilder

Certains tremblent à l'évocation de ce nouveau visage "Fumujien". Qu'ils se rassurent, la formation n'a point délaissé le dub instrumental qui la caractérisait. Mieux, le tout a même gagné en richesse et en cohérence, permettant même de souffler entre deux couplets tempétueux. Enfin, je dis ça, mais les morceaux ressemblent à tout sauf à une galvanisante thalassothérapie chez Brian Eno. Entre le Dub zébré d'une fanfare habitée par une trompette devenue folle (17 or 18 I Guess), la litanie rock laissant perler une poignante mélancolie, avant d'échouer dans un violent maelstrom de guitares (Cell, qui n'aurait pas fait tache sur le dernier Ez3kiel) et le fragile dub de Hangdog Expression, semblant avoir été façonné dans une caverne de glace, Fumuj bouscule nos repères tout en prenant soin de ne jamais nous lâcher la paluche.

 

En se démarquant du groupe type "dub" hexagonal (mais, il ne faut pas se leurrer, en arpentant aussi une route que de plus en plus de formations semblent vouloir adopter) Fumuj accouche d'un album protéiforme, télescopant d'une façon presque sadique electro, dub, hip-hop et rock pour former un ensemble ultra jouissif. Certes, on repassera pour déceler de longues ascensions orchestrales faisant frissonner nos petits cœurs mous et sensibles, mais pour défoncer les portes de son appart à grands coups de pieds en hurlant Fuuuuuuck façon forcené échappé de HP, le disque est parfait. Je suis médisant, Fumuj sait parfaitement menager ses entrées et ses bourrasques sonores, distillant presque à la perfection le bon mélange entre titres remués(ant) et plages plus extatiques...

Reste que si l'on excepte Battlefield d'Ez3kiel, ce Robot and The Chinese Shrimp de Fumuj est clairement la sortie la plus impressionnante qu'ait pu enfanter Jarring Effects depuis pas mal de temps. Et dieu sait si ceci est un compliment.

Une seule envie subsiste à l'écoute de cet album. Voir le groupe en Live. Au plus vite.

Monstrueux.

 

Fumuj - The Robot and The chinese Shrimp
01. Killers
02. We Live In
03. Play My Funcking Shit
04. 17 or 18 I Guess
05. Full Of Entertainment
06. Gimme a Cigaret
07. Cell
08. Fuck
09. Tic...Toc...Tic...Toc
10. Killshot
11. Hangdog Expression

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