9/10Filastine - Burn It

/ Critique - écrit par Dat', le 28/10/2007
Notre verdict : 9/10 - Around The World (Ecrivez votre critique)

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Filastine nous entraine dans un tour du monde, SON tour du monde, où chants traditionnels se telescopent avec hip hop et electro taillés à l'or fin.

Il y a des musiciens qui passent plus de temps à faire le tour du monde qu'à s'enfermer dans leurs studios. Filastine est de ceux là. Mais ce dernier n'est pas qu'un vieux baroudeur des familles, il est surtout un véritable activiste : alter-mondialiste, perturbateur en chef des sommets du G8 ou de l'OMC, il sillonne la planète pour produire des groupes locaux ou donner des concerts n'importe où, tant que l'amour de la musique y est : dans une voiture retapée en soundsystem aux USA,  pour une campagne électorale dans le centre de Tokyo, habillé comme un détenu de Guantanamo à Montreal, au sein d'une communauté Zapatiste à Mexico...

Découvert par DJ Rupture (il partage un mix « VS » sur Violent Turd, pendant drogué du label Tiger Beat), Filastine arrive en cette fin d'année avec un album hébergé pour sa sortie française par Jarring Effects, qui s'ouvre décidemment aux citoyens du monde (cf le futur coffret CapeTown Beats from Afrique du Sud, ou l'anglais Scorn), après avoir porté aux nues le meilleur du dub français.

Beaucoup de gens mêlent électro et musique world en prenant à droite et à gauche différents samples, habillables avec plus ou moins de talent. Filastine lui, va directement chercher à la source. Peu d'albums ont autant eu le goût de voyage que ce Burn It. Fresques électroniques, brulots hip hop, chants traditionnels, experimentations en tout genre, Burn It prend tout.

Et après une brève intro, Quémalo Ya nous plonge dans un hip-hop que l'on a peu, à l'instar du Japonais, la possibilité d'entendre malgré son extrême richesse : celui qui vient d'Amerique du sud, où percus et rythmes saccadés ont généralement la part belle et s'ajustent mieux aux flows hachés et chantant du genre. Effet garanti sur le bassin et les jambes. Un peu plus loin, dans le même genre, on trouvera The Last Redoupt dans une veine plus chaloupée, avec un refrain du plus bel effet, zébré de cette ligne synthétique un peu vieillotte. Toujours en hip hop, mais sans parole pour cette fois, Judas Goat (premier titre édité sur vinyle de Filastine) est une vraie petite pépite, rappelant les premiers morceaux de DJ Krush. Morceau typique de derviche tourneur martelé d'un beat à casser les nuques, accompagné sur la fin de percus sèches, on se croirait presque à marcher dans le désert sous un soleil de plomb, à tourner en rond jusqu'à la transe comme dans une danse traditionnelle, en priant de tomber sur une oasis salvatrice.

 

Here and There 

Filastine et sa voiture Soundsystem
Filastine et sa voiture soundsystem
Mais le premier vrai morceau à nous arracher la gueule, à nous retourner tout en aillant le merite de nous étonner, Splinter Faction Delight se pointe en 4éme plage. Démarrant sur un superbe chant traditionnel à vous dresser tous les poils de votre corps, et rapidement chapeauté par une rythmique massive et bien crade, le titre va basculer dans un hip hop dégueulasse (dans le bon sens du terme) ou les dénommés L3arbee & Lna vont cracher un flow presque aussi rugueux que celui de feu Ol' Dirty Bastard. Le schisme entre la pureté de la complainte féminine et des assauts des deux rappeurs est à couper le souffle, tant le tout est saccagé, maladif, presque trop brutal pour être accepté par quelqu'un de sain mentalement. On croirait un morceau empli de grâce complètement parasité, détruit, cassé par Filastine. Le tout renforcé par ces changements de rythmes brutaux et ces bruits de fréquence de portables qui grésillent. Ce titre, c'est un peu le bootleg parfait entre la pureté du diamant et les bas fond d'un quartier sordide. Impressionnant.

On ne se relèvera plus. La suite est du même niveau. A commencer par Crescent Occupation, qui part sur une drum & bass bien classique au rythme ultra rapide. Mais rapidement le titre devient lumineux en accueillant ce violon crachant sa peine de la plus belle des manières. Le morceau ralenti, repart de plus belle, accompagnant ce violon aux teintes d'Europe de l'Est.

Mais le vrai bijou, que dis-je, le petit chef d'œuvre de ce Burn It, c'est bien Autology. Apres une longue intro où une note de violon se fait de plus en plus pressante, la belle du morceau Splinter Faction Delight , présentement nommé Mlle Jessika Skeletalia Kenny revient pousser la chansonnette avec sa voix sublime, à crever le cœur. Ici, on lui laisse la liberté de s'appesantir sans qu'une bande de désaxés lui coupe la parole. Pourtant le morceau sera tout aussi dérangé dans sa structure. Filastine lui-même intervenant ici en zébrant le tout de beats acérés, transformant ce chant divin en chair à canon pour un break-jungle de grande classe. Imaginez la plus belle des demoiselle se faire défigurer sous une pluie de coups de couteaux, et vous serez proche du résultat. Absolument sublime. LE titre qui convaincra tous les sceptiques.

Toujours dans le créneau dépaysement garanti,  Dance Of the Garbage Man va vous noyer au milieu du fameux carnaval brésilien, en balançant une battucada endiablée et survitaminée (voir presque fatigante sur le long terme). Sympa avant d'aller au boulot, histoire de voir de jeunes filles aux habits multicolores frétiller dans les mornes couloirs du métro. On lui préférera (dans un style radicalement différent certes) l'excellent hip hop dérangé de Boca de Ouro, où nappes synthétiques iront de paires avec deux couplets ultra maîtrisés, enlaçant un refrain aérien où le chant étouffé et (encore) parasité s'alignera sur un violon de toute beauté, avant un final presque psychotique.

 

Last Minute Point Com 

Mais je le disais plus haut, là où Filastine semble le meilleur, c'est bien quand ilFilastine ²
Filastine ²
apaise ses machines pour nous envoyer sur une autre planète. Cela tombe bien, les deux derniers titres (sans compter l'interlude qui les separe) sont de ceux là. Ja Helo tire dans l'electro tribale progressive, avec cette longue ascension qui va déboucher sur de superbes chœurs, très « GhostInTheShelliens », le chant des Steppes allant et venant sur vos oreilles comme le ferait les vagues sur une plage de sable. Le tout est juste pétrifiant. Dreams from the Wounded Mouth, lui, virera dans le mystique, avec un chant toujours aussi pur et sublime, dérange, bousculé par des digressions industrielles. Le rythme pachydermique démarre, s'emballe, flirtant avec le breakcore, la demoiselle s'envole directement au paradis dans cette énième tentative de marier la beauté suprême avec le chaos. On massacre tout, presque avec violence, avant de retomber dans une conclusion angélique, pleine de sérénité. En haut du plus haut des sommets, à admirer la plus impressionnante des vues, en se laissant aller au gré du vent et de cette voix mourant peu à peu dans une ultime excursion électronique, déformant doucement le chant calme et emplit de plénitude. On ne pouvait rêver meilleure conclusion.


On peut dire que Filastine invente les montagnes russes internationales, celles qui traversent tous les pays, en n'oubliant pas d'y intégrer des loopings à faire peur, histoire de bien pimenter le tout. Les balades autour du globe, on connaît. Mais autant secouées que celle-ci, c'est plutôt rare. Certes la recette n'est vraiment pas nouvelle, et on pourrait presque craindre la redite, mais Filastine se sort tellement bien du piège « je maquille de la musique world » que le disque risque de faire parti des meilleurs du genre, malgré une hétérogénéité extrêmement poussée qui risque de refroidir ceux qui n'aime pas sauter du coq à l'âne dix fois dans la même galette (voir au milieu même d'un titre). A dire vrai, à part l'irritant Palmares, curieux morceau où une demoiselle égraine en français des phrases sans rapport apparent, Burn It frôle le carton plein, oscillant entre titres fiévreux et rageurs et morceaux lumineux et sublimes.

Burn It est le témoignage foisonnant d'un artiste ayant fait le tour du monde, qui tente de nous en transmettre quelques bribes, non sans oublier de les avoir enfilé dans la moulinette de son esprit malade.

Loin des tour operators et des circuits organisés bien cadrés, Filastine nous entraîne dans la jungle de sa sono mondiale sans complaisance, et d'une richesse assez incroyable. On en redemande.  


Filastine - Burn It
01. Hello, My Name Is...
02. Quemalo Ya feat Ras Mario & Timedo Flow
03. Palmares feat Dorothy Lemoult
04. Splinter Faction Delight feat Jessica Skeletalia Kenny & L3arbee & L na
05. Judas Goat
06. Lucre
07. The Last Redoupt feat Randee Akosta
08. Crescent Occupation
09. Autology feat Jessika Skeletalia Kenney
10. This is a Fight
11. Boca de Ouro feat MC Subzero Permafrost
12. Get on that Bullhorn and Leave The fucking Country
13. Dance Of the Garbageman
14. Ja Helo feat Ronica Sanyal & Valerie Holt & Sari Breznau
15. 2nd Class Sleeper
16. Dreams From Wounded Mouth

 

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