7.5/10Fantômas - Amenaza Al Mundo

/ Critique - écrit par Val Lazare, le 16/02/2004
Notre verdict : 7.5/10 - Rock N Roll Zombi ! (Ecrivez votre critique)

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Rapport de l'agent Valérie Cooper - bureau des affaires non classées.
Destination : Directeur de l'Agence.

Voici le rapport concernant les troubles du comportement présumés induits par le syndrome dit du délirium cordia.
Tout débuta par les oeuvres de Pierre Souvestre, gratte-papier français, qui eurent un certain écho littéraire. Son oeuvre la plus significative fut la série des Fantômas. Il nous faut remarquer le paradoxe important attaché au personnage de Fantômas. Partie intégrante de la bourgeoisie française, il connaît les tenants du puritanisme occidental, néanmoins, il est le leader d'un réseau criminel qui, certes combat les excès de notre civilisation, mais n'hésite pas à commettre l'homicide pour cela. Dichotomie justice/destruction pure et simple. Rajoutons à cela le port d'un masque comme marque de fabrique et l'on en arrive à un personnage hautement symbolique. Sa conduite contradictoire ne pouvant que tisser un brouillard de superstition autour du personnage.
Que les écrits de Pierre Souvestre aient été basés sur des faits avérés, rien n'est moins sûr. Pourtant, dans les années 80, une bande-dessinée mexicaine à destination populaire dite « comics » mit en scène les aventures d'un certain Fantômas. Répondant aux codes du genre, le torchon reprend l'univers de Souvestre pour mettre en scène des intrigues téléphonées opposant des héros costumés et mystérieux contre le pouvoir établi et le crime organisé. Cette association pouvoir établi / crime organisé véhicule une idéologie anarchiste latente qui fit précédemment l'objet de surveillances sporadiques.
Notre cellule en était arrivée à la conclusion qu'une organisation agissait dans l'ombre pour créer des phénomènes sociaux ayant pour finalité d'imprimer la « personae » de Fantômas dans l'inconscient public et par là-même, de favoriser le développement d'activités subversives.

AMENAZA AL MUNDO

Ces soupçons furent confirmés par la naissance à la fin des années 90 d'un groupe de musique qui adopta dans un premier temps le patronyme de Diabolik pour finalement préférer celui de Fantômas. Ce groupe est composé de dangereux individus : Mike Patton, chanteur à la réputation sulfureuse, ayant officié dans des groupes de rock délétères : Faith No More, Tomahawk, Dillinger Escape Plan ; Buzz alias « King Buzzo » Osborne, chanteur et guitariste du groupe post-grunge The Melvins et ami du défunt Kurt Cobain, lui-même mort dans des circonstances troubles ; Dave Lombardo, batteur de Slayer et Trevor Dunn, bassiste de Mr Bungle aux côtés de sir Patton.

Quelle est l'ambition de ces quatre sinistres personnages ? A l'évidence, s'imprégner des codes inhérents au rock pour en faire de la miette, et finalement, rendre à ce mouvement musical sa fraîcheur d'antan.

Le mythe Fantômas est donc relancé en 99. L'occasion pour le groupe de faire ses preuves. Ecoutez plutôt : reprenant le comics mexicain, il fut décidé que le premier album serait une reprise sonore de chacune des scènes du comics... 30 scènes soit 30 pistes. Pour un peu plus de 40 minutes d'orchestration bruitiste et géniale.
L'album éponyme, connu également sous le titre de Amenaza Al Mundo est pour le moins extrême. 30 'chansons' donc et pas un seul mot chanté. Ce vide poétique sera atrocement comblé par l'organe de Patton, utilisé ici comme un instrument et destiné à mener la danse par force feulements, chuchotements, soupirs et autres borborygmes. Cette voix est accompagnée par une rythmique grind-core, teintée de death-métal et flanquée ici et là de retouches électroniques et autre bande-son tirée de la série Fantômas. Il en résulte une absence totale de mélodie, zéro refrain. A défaut de mettre du pop dans ses compositions, le jeu de Fantômas nous invite à mettre des images sur le son, à recréer les scènes que ce premier disque peint.
Amenaza Al Mundo, premier album de Fantômas est, disons-le franchement, difficile à assimiler. Fusion de délire rock expérimental et d'ambiance pesante, les premières écoutes de rigueur laisseront place pour le mélomane éclairé à un émerveillement constant.

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