Dossier : Noir Désir - Partie 2

/ Dossier - écrit par nazonfly (), le 03/12/2013

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Vous l'avez attendue avec impatience, cette deuxième partie de notre dossier sur Noir Désir. La voici. Inspirez, soufflez, inspirez, plongez !

Deuxième partie de notre dossier consacré à Noir Désir. Pour relire la première partie, c'est par ici :

Dossier : Noir Désir - Partie 1

1996 à 2003 : L'or du nouveau monde

Nous avions laissé Noir Désir se débattre avec le changement du bassiste Frédéric Vidalenc par Jean-Paul Roy. Ce changement de musicien ne se fait pas vraiment sentir : Roy traînait dans l'entourage du groupe depuis de nombreuses années. Par contre Noir Désir entame un virage sévère avec un album décidément plus sage que Tostaky. La preuve avec Un jour en France où le riff principal, une nouvelle fois reconnaissable entre mille, sert un titre engagé d'un rock consensuel : le clip en mode dessin animé tourne alors en boucle sur M6 (oui sur M6 !).

Au delà de son titre pas franchement réussi, 666.667 club tourne la page du rock abrasif pour proposer plus de sérénité et les explosions que sont Fin de siècle ou Comme elle vient sont tellement maîtrisées qu'elles en perdent une grande partie de leur substance. Là où Noir Désir lâchait les chevaux, le groupe garde désormais la main sur la bride, ce qui apporte une évidente réussite dans les titres les plus calmes, comme Ernestine et son doux hurlement triste, le mélancolique À ton étoile ou le superbe À la longue. Mais l'ensemble, réécouté après Tostaky, sonne finalement tristement apaisé.

Vous me direz que je suis assez sévère avec cet album parfait du début à la fin, c'est sans doute vrai mais je l'ai tellement écouté que je crois qu'il me sort un peu des oreilles maintenant. Imaginez qu'en boîte de nuit, on entendait alors souvent L'homme pressé et que, même aujourd'hui, il n'est pas rare de le découvrir dans les mariages coincé entre Cotton eye Joe de Rednex et Quand la musique est bonne de Jean-Jacques Goldman. Jamais un bon signe.

La suite de Noir Désir se fait avec le très étrange One trip/one noise, un album... de remix. Cette démarche est plutôt étonnante venant d'un groupe de rock. Au menu on trouvera Treponem Pal pour un One trip/one noise entre dub et trip-hop, les Islandais de GusGus pour un Tostaky complètement déstructuré, Anna Logik pour une version jazzy qui ne rend pas justice à Lolita nie en bloc, Sloy qui attaque sauvagement Les écorchés ou Yann Tiersen qui fait du Yann Tiersen sur À ton étoile. Cette dernière chanson se retrouvera d'ailleurs sur l'album Black session de Tiersen avec Cantat au chant. La période entre 666.667 club et Des visages des figures est d'ailleurs l'occasion pour le groupe de multiplier les apparitions et les hommages. On le voit reprendre Ces gens-là de Brel dans la compilation Aux suivants, participer à Liberté de Circulation (compil pour le GISTI, Groupe d'Information et de Soutien des Immigré-e-s) avec une reprise de John Lennon, Working Class Hero (en collaboration avec Akosh Szelevényi qui apparaissait déjà sur quelques morceaux de 666.667 club) et une reprise collective de Serge Gainsbourg, Les p'tits papiers. Tandis que sort En route pour la joie, coffret de raretés et faces B de 3 CD, en 2000, Serge Teyssot-Gay en profite pour sortir son deuxième album solo, On croit qu'on en est sorti où il troque avec bonheur l'anglais pour le français : au menu quelques morceaux d'anthologie comme Ces gens d'ici, sa rythmique crade et ses paroles désespérées, le sublime La folie qui marche sur un fil tendu au dessus du précipice, Tout le monde est dans le coup aux influences rap sur la façon de chanter/parler de Teyssot-Gay ou l'orientalisante Noir sur blanc. On retrouve Noir Désir chez les Têtes Raides sur L'iditentité de l'album Gratte poil (album dans lequel on retrouve Tiersen) puis sur Volontaire de la compilation Climax de Bashung (où l'on croise ici aussi des reprises de Brel et de Gainsbourg).

De l'avis de tous, les expérimentations de One trip/one noise, conjuguées aux diverses participations mentionnées plus haut, auront conduit Noir Désir à s'ouvrir à autre chose que le rock. Cette ouverture sera à l'origine de Des visages des figures qui voit le jour en 2001 et qui est la meilleure des ventes du groupe. Il faut dire qu'aucun Français n'est passé à côté de la belle ballade Le vent nous portera (250.000 singles vendus!) sur laquelle on trouve la guitare de l'expat le plus célèbre, Manu Chao. Que dire de cet album sinon qu'il est un 666.667 club qui aurait vraiment touché son but. Chaque titre ou presque est formidablement réussi dans une atmosphère loin du rock énervé de Tostaky. Quelques explosions parsèment quand même l'album comme Lost ou Le grand incendie qui savent s'envoler comme il faut ou encore Son style 1 qui rappelle que Noir Désir sait aussi manier l'acier trempé. Mais c'est la sérénité qui l'emporte sur Des visages des figures : L'enfant roi, Des visages des figures, À l'envers à l'endroit (dont le clip qui insiste sur la mécanisation du travail est à voir). Seul L'Europe, long, très long morceau (plus de 23 minutes!), complètement expérimental peut rendre l'auditeur dubitatif. Il se dégage tout de même de cette pièce magistrale une ambiance complètement prenante en partie grâce au duo de voix Bertrand Cantat/Brigitte Fontaine, en partie grâce à cette musique qui part dans tous les sens (on y croise même une tronçonneuse!). À l'opposé, un titre ne peut qu'attirer tous les suffrages : l'adaptation d'un poème de Léo Ferré, Des armes, qui prend aux tripes. Une reprise de Léo Ferré qui suit celles de Brel, de Gainsbourg, il ne manquait plus qu'une reprise de Brassens, un pas que franchit Noir Désir quelques mois plus tard avec Le roi sur la compilation Les oiseaux de passage où on retrouve de nouveau Tiersen et les Têtes Raides.

En 2002, tandis que Lost sort comme deuxième single de Des visages des figures, on retrouve une double actualité pour Noir Désir : lors du festival d'Avignon, Serge Teyssot-Gay est convié par France Culture pour faire la musique, conjointement avec le guitariste Marc Sens, d'une lecture de Sylvie Salvayre, Contre ; et lors du festival de Montpellier-Radio France, Noir Désir au complet, toujours sur invitation de France Culture, se lance dans un long, très long morceau de 55 minutes sur un texte original de Bertrand Cantat. Ce dernier morceau sort en 2004 sous le nom Nous n'avons fait que fuir : ici encore il faut saluer le texte obscur de Cantat et sa façon de chanter/parler qui passe de la simple diction à la scansion poétique, du murmure à la limite de l'audible aux hurlements hantés. Derrière, les mots instrumentaux des autres musiciens apportent une indispensable couverture sonore : on est loin des titres classiques des deux derniers albums, l'auditeur est convoqué à une véritable expérience musicale très étonnante, plus proche évidemment de L'Europe que de Le vent nous portera.

Lors de ce même festival, Krzysztof Styczynski, qui avait accompagné Noir Désir sur la tournée de Des visages des figures, interprète avec Serge Teyssot-Gay, qui multiplie les expériences, Des millions de morts se battent entre eux : une nouvelle création mélangeant musique et littérature qui se verra offrir une sortie en 2006.

Ces trois morceaux montrent une nouvelle facette de Noir Désir qui malheureusement ne se trouvera pas développée, la faute à l'affaire de Vilnius.

Encore combien à attendre ? La suite... demain !

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