8.5/10Dorémus (Benoit) - Jeunesse se passe

/ Critique - écrit par juro, le 07/10/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Un homme en colère (Ecrivez votre critique)

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Un nouvel artiste pétri de talent envahit la scène française avec un message de colère à fleur de peau. Place à Benoît Dorémus.

Ne lui dîtes pas qu’il ressemble à Renaud, Benoît Dorémus l’a déjà suffisamment entendu. Il s’en explique en long, en large et en travers sur Jeunesse se passe. Son écriture frénétique et son phrasé le mettent immédiatement en parallèle avec le nordiste mais plutôt qu’une comparaison blafarde, c’est la relève qui pointe le bout de son nez. Une jeunesse à fleur de peau, grandement énervée par les aléas d’une vie difficile à contrôler. A la manière de Florent Marchet, Benoît Dorémus se veut le propre héros de ses textes mais lui vit dans un monde réel. Très réel. Tellement qu’il en est frappant.

Entre chanson française, rock et phrasé rap, le jeune homme pose un ton très dur sur les conditions de vie d’aujourd’hui, des travers et des risques à courir pour faire son trou dans la profession artistique et des nouveaux modèles familiaux. On s’y reconnaît forcément un peu ou beaucoup et les bons mots de l’interprète ne se comptent plus tellement sa plume virevolte d’un texte à l’autre. L’impression que cette rage contenue peut se propager à tout instant ne fait aucun doute. Happé dans ce tourbillon de colère froide, on assiste à un spectacle parlant fait d’images réelles où l’amitié, l’enfance (Je m’en rappelle pas) et les femmes (Rien à te mettre, Un poison) apparaissent comme autant de thèmes récurrents mais tournés de telle manière qu’ils installent une ambiance propice. Avec un sampler, une guitare ou un accordéon, Benoît Dorémus nous parle de son alter ego Benito confronté à un monde qui se désagrège autour de lui mais avec l’espoir incertain de toucher au but.

Premier titre J’écris faux, je chante de la main gauche est totalement dans cet esprit avec une écriture au rasoir : précise, coupante, acérée. L’interprète se montre à l’aise sur un titre centré sur lui-même. Un grand nombre des plages du disque font référence directement à sa condition actuelle et son passé en trois actes (J’apprends le métier, L’Enfer et Deux dans mon egotrip). Sa colère froide jaillit plein pot de ses paroles sans concession et avec des images extrêmement évocatrices. Ces trois actes placés dans un contexte chronologique montrent l’évolution d’un artiste à cran (voire tourmenté) jusqu’à une rencontre avec le maître chanteur, Renaud lui-même, auquel il rend un hommage appuyé dans un style complémentaire et pas similaire, sans fausse modestie, juste viril. Le magnifique Un arracheur de sac se montre comme un texte sur la pose d’un « lapin » totalement délicieux à se passer en boucle.

Quelques titres plus légers permettent de souffler entre deux rasades de réalité exacerbée avec l’âge adolescent (17 ans) ou l’émerveillement paternel (Beaupadre) mais la construction e cet album révèle véritablement d’un travail acharné qui met Benoît Dorémus dans les talents de la nouvelle scène à suivre de très près. Sa force se trouve dans ses textes et sa plume est active, intense, puissante. A écouter très vite.

Benoît Dorémus – Jeunesse se passe
01. J’écris faux, je chante de la main gauche
02. Je m’en rappelle pas
03. J’apprends le métier (Acte I)
04. Rien à te mettre
05. L’Enfer (Acte II)
06. 17 ans
07. Pas à me plaindre
08. Deux dans mon égotrip (Acte III)
09. Beaupadre
10. Un poison
11. Un arracheur de sacs
12. Les Bulles
13. Paris

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