8.5/10Disiz - Peter Punk : Dans le ventre du crocodile

/ Critique - écrit par athanagor, le 03/05/2010
Notre verdict : 8.5/10 - Mise à flow (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

C'était annoncé et peu y croyait, mais c'est bien le cas : Disiz devient Peter Punk et passe du rap au rock, et dans le mouvement personne n'y perd, car tout ça, ça reste du bon son.

Il l'avait clamé ostensiblement tout au long The end, qu'il finissait d'ailleurs sur un passage en guise d'avertissement : Disiz devient Peter Punk et arrête le rap pour faire du rock. Cet artiste multiple, chanteur, acteur, romancier, se frotte donc à une discipline partiellement nouvelle pour lui. Partiellement car le fait qu'on ne le connaisse pas dans ce registre ne signifie pas qu'il y soit complètement novice (ce qui sera confirmé par l'écoute de l'album) et surtout parce qu'il s'agit toujours de musique.

Pour commencer son album, il choisit de présenter la transition qui s'opère entre les deux artistes, le passage de Disiz à Peter Punk. Sur un sample de
la B.O. d'Akira, orchestré comme une instrumentation élaborée d'un album rap, un chœur enthousiaste viendra scander un « Mutation », qu'on pourra alors, incité par la musique, rapporter au dessins animés où des personnages anodins se transforment en super héros, ou en destructeurs de mondes, tout dépend. Puis arrive, franche et déterminée, la rythmique sèche de Dans le ventre du crocodile, où, sur une inspiration « barrienne », Peter fait le parallèle entre son passé d'artiste jeune de banlieue et le monde imaginaire de Peter Pan. Avec des textes ciselés, d'une poésie et d'une vérité touchante, ce premier titre est incroyablement entêtant et ouvrira la voie au premier titre réellement rock de l'album, Rien comme les autres. De là, on prend la mesure du changement : guitare, basse, batterie pour le fond, et une voix enfin plus chantée que rapée. Ce titre ne se départit pourtant pas de ce qu'on pourrait identifier comme la personnalité musicale de Disiz. Sérieux dans ses textes, il porte toujours une réelle volonté de signer des manifestes, même déguisés, comme Je t'aime mais je te quitte. Mais inlassablement il insère l'humour et le second degré qui le caractérisent, et qui n'est pas étranger à ceux qui se lèvent au chant du coq pour chasser le lièvre. Cet humour, on le retrouvera avec un énorme bonheur, parfois joint à des envies un peu niaises dans Faire la mer, parfois à des envie de s'en taper une bonne tranche dans Yeah yeah yeah, qui, soit dit en passant, s'orne d'un solo de guitare des plus pêchus et inspirés qu'on ait entendu depuis fort longtemps.

L'esprit rock est là à plein, parfois de manière un peu décousue de par l'étendue des sources qu'on identifie, mais toujours avec une sincérité que tout amateur éclairé ne saura nier. Jolie planète en tête de liste, qu'on pourrait sans rougir présenter comme un hommage aux premiers Bashung, puis Trans-Mauritania, dont le rythme viendra rappeler I Zimbra de Talking Heads et une partie des inspirations subséquentes qui noyèrent le Tom Tom Club.

Deux titres sont plus difficiles d'accès et musicalement moins appréciables. Mais ces chansons sont avant tout une mise en avant de textes, pour lesquels l'alchimie avec la musique n'est pas toujours heureuse. Les monstres d'abord, qui tombe un peu à plat  malgré un pont
assez notable sur l'outro. Puis Paradoxe, réflexion de l'artiste sur son parcours. Le dernier titre, La luciole pourrait finir dans ce même classement. Pourtant sa franchise et la simplicité de son propos, mêlées à une mélodie qui fait fondre toute velléité d'être mal embouché, l'emportent et imposent le titre comme la conclusion évidente d'un album dont la qualité générale fera qu'on l'écoute encore et encore.

Alors Disiz devient Peter Punk et on remarque que du rap au rock, la façon d'écrire diffère sensiblement, du moins pour cet artiste. Ses albums rap se permettent de dire directement les choses, d'expliquer la rue et sa vie avec des mots propres, même s'il lui arrive d'inventer de jolies histoires (Inspecteur Disiz, Mélissa). Son rock quant à lui s'exprime beaucoup plus dans le figuré, dans la suggestion et la distance. Mais ces deux aspects n'en reste pas moins deux façons de dire que tout ne va pas bien (même si parfois c'est agréable de l'oublier), et on finit par trouver bien vain de chercher des identités. D'ailleurs Problème XXX, dans sa forme et son fond, provoquera un frisson impossible à cataloguer, tant et si bien qu'une telle tentative semblera vite stupide.

Avec cet album Disiz réussit une excellente mixture, un pont entre des styles qu'on constate ne pas être si éloignés, et il fallait le courage et l'éclectisme d'un artiste pur pour s'en rendre compte. Le double tour de force consiste d'une part à proposer une forme de rock assez nouvelle, façonnée en bonne partie par le flow rap dont Peter peut s'enorgueillir, et d'autre part à montrer que la musique n'est pas une histoire de clubs. On aura d'ailleurs envie, après avoir écouté et apprécié cet album, de savoir ce que Disiz faisait avant de faire du rock. On regrettera alors d'être passé depuis si longtemps à côté de cet artiste, non à cause d'a prioris simplistes, mais tout simplement parce que ce n'est pas là que nous portent naturellement nos habitudes. Dommage d'avoir raté tant de choses, mais à partir d'aujourd'hui... tout change.

 

Disiz Peter Punk - Dans le ventre du crocodile

01. Mutation (intro)
02. Dans le ventre du crocodile
03. Rien comme les autres
04. Yeah yeah yeah
05. Je t'aime mais je te quitte
06. Jolies planètes
07. Faire la mer
08. Trans-Mauritania
09. Problème XXX
10. Les monstres
11. Paradoxe
12. La luciole

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