10/10Dido - Live at Brixton Academy

/ Critique - écrit par camite, le 14/10/2005
Notre verdict : 10/10 - Sublime, magique, aphrodisiaque... (Ecrivez votre critique)

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A quoi peut bien ressembler un fan acharné de Dido ? Avec The Cure ou Manson, on en a une certaine idée, look grand guignol aidant. Mais Dido, cette sosie de Bridget Jones (en moins grosse et en plus douée vocalement), a-t-elle seulement des fans ?

Vague impression : c'est plein de blondes. Un hasard, sans doute. Sinon, les premiers rangs sont 25-30 ans, tendance bobo. Je note également qu'on vient voir l'Américaine en famille.

Le rideau s'ouvre. Jeu de lumières. On distingue deux batteries. Ou plus exactement une batterie et un ensemble très fourni de percussions en tout genre. Le claviériste s'installe sur fond de l'intro de Stoned. La percussionniste commence à faire trembler les enceintes, le batteur entame sa partie, guitariste et bassiste les rejoignent. Apparemment, miss Armstrong a décidé de faire les choses bien. Tout au long du concert, les musiciens présents vont montrer l'étendue de leur savoir-faire. Il ne s'agit pas d'un "vrai" groupe (c'est la blonde qui écrit et compose tout) mais de véritables pros de la scène : maîtrise technique hallucinante tout du long, polyvalence (le bassiste et le claviériste échangeant leurs places, comme les deux batteurs) et plaisir de jouer évident (l'imposant bassiste, notamment, vit le truc comme un jazzman).

Puis la vedette arrive. On pense ce qu'on veut de sa musique, voire de son physique (personnellement je la trouve superbe), mais sur scène, elle dégage une présence indiscutable. Et encore, elle n'a même pas commencé à chanter. Premiers tours de voix. Un truc me "choque" immédiatement : la qualité du son. Je n'ai jamais entendu un concert au son aussi parfaitement réglé, et j'en ai vu quelques uns de sympathiques. C'est bien simple, on entend tout clairement. Du vrai travail d'Américains je vous dis.

Alors voilà, elle est très contente d'être ici, tout ça, elle parlera beaucoup entre les morceaux, en anglais (miracle, je comprends tout), avec quelques merci beaucoup et je t'aime aussi. Elle raconte de quoi parle telle ou telle chanson, et ça nous fait une bien belle jambe de savoir qu'elle est sortie avec trois garçons en même temps quand elle était jeune. Mais je préfère ça aux groupes à textes qui enrobent leurs chansons inintéressantes de messages politiquement engagés. Mais là n'est pas le sujet. Nous disions donc : une fille à se damner, un groupe tip-top, un son juste énorme... mais la botte secrète n'était pas encore sortie. Et là, au niveau où j'en suis, elle n'a chanté qu'une chanson.

Après Stoned arrivent dans un mouchoir Here with me, See you when you're 40 et Life for Rent. Tac, dans les dents, quasiment les chansons de la dame qui me touchent le plus. Etre au bord des larmes au début d'un concert, voilà une expérience inédite pour moi. Enfin je dis au début, mais le seul à m'avoir mouiller l'oeil avec un tour de chant s'appelle justement David Bowie, au moment de lâcher Heroes. Comme quoi ce qui est rare est cher. Allez, je me mords la lèvres et la langue parce que si je pleure dès le début, comment je vais le finir celui-ci.

Bon, mais émotion de chochotte mises à part, qu'est-ce que ça donne objectivement ? Et bien me revoilà obligé de faire le fanboy. Ce concert est d'un très haut niveau, et certains titres illustrent parfaitement cette affirmation. Sur See you when you're 40, Dido affiche une moue boudeuse à l'approche de la fin du morceau (rapport au monsieur qui lui a inspiré la chanson). On pourrait arrêter là, évidemment, mais non, on sent que quelque chose se prépare derrière. La guitare électrique s'emballe, et ce morceau d'ordinaire mélancolique et soyeux devient un furieux voyage rock. L'espace de quelques minutes, Dido devient une furie qui, obligée de sortir de son cocon electro-acoustique, montre que s'il faut élever le niveau face à du vrai live et de vrais musiciens, elle en a dans les poumons (sans jeu de mots grivois). Elle revisitera plusieurs fois vocalement ses morceaux, notamment sur Don't leave home.

Revisite vocale mais aussi musicale. Sur les plutôt synthétiques (sur disques) Hunter et Do you have a little time, l'ambiance devient latino (pour la première) et piano-bar (pour la seconde). Je ne savais pas trop quoi attendre de Dido en concert. Les gens imaginent souvent que les chanteuses pop sur scène, c'est playback et chorégraphies Hit Machine. On m'avait déjà sorti ça pour Sophie Ellis-Bextor. Mais non, elles chantent, elles se déchirent, et derrière, il y a des musiciens. On pense ce qu'on veut des disques de Dido, je conçois qu'on les trouve soupeux, fade, trop propre. Mais sur scène, la qualification d'artiste n'a plus rien d'usurpé. En même temps, ceux qui ne considèrent pas Dido comme une artiste n'ont sans doute pas très envie de la voir en concert.

Autre élément étonnant : le public était à fond. J'veux dire, Dido c'est pas Rammstein. Et pourtant, ça dansait, ça sautait, ça applaudissait sans arrêt. Toujours dans la Brixton Academy, oui oui, à Londres la bourgeoise. Comme quoi quand le show est d'une qualité aussi éclatante, tout le monde est content d'y assister. Aussi simple que ça.

Il y a aussi, dans le désordre : All you want, Take My Hand, Mary's in India, Sand in my shoes, White Flag... Sur Thank You, le public chante le refrain, Dido prend la guitare sur Mary's et le final See the sun, joue du piano sur Do you have... On la rappelle une fois, elle revient. Pas de deuxième fois, elle n'a que deux albums à son actif, mais personne ne lui en voudra, ça a tout de même duré presque une heure trois quarts et c'était vraiment enchanteur. Vivement la suite.

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