Diam's - Interview - Solidays

/ Interview - écrit par Filipe, le 01/08/2006

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Interview de Diam's

Dimanche 9 juillet, dernier jour des Solidays, conférence de presse de Diam's.

Diam's : J'ai pas l'habitude des conférences de presse, donc je vous laisse gérer (rires).

Première fois aux Solidays, ça te fait quoi ?
D : Première fois aux Solidays, très très très fière, dans le sens où je fais de la musique depuis dix ans et que c'est un festival qui existe depuis sept ou huit ans. J'ai toujours vu les pubs partout, j'ai toujours vu les artistes qui y passaient. En général, c'est toujours des grosses têtes d'affiche, surtout dans ma musique, le rap. C'est un peu une consécration en soi, et je suis très fière de mobiliser, d'apporter ma pierre à l'édifice, de jouer pour la bonne cause.

Peut-on considérer votre présence comme un engagement politique ?
D : Non, aujourd'hui, c'est plus un engagement musical pour la bonne cause ; on est plus là pour récolter des fonds pour aider les malades du sida. Maintenant, c'est vrai que notre show n'est pas monté en fonction de ça. Quoi qu'il arrive, sur scène il y a un engagement qui est pris parce que je fais du rap et qu'il y a des morceaux engagés "citoyennement". Je ne suis pas politique, je suis citoyenne.

Tu as envie de participer à d'autres événements de cette ampleur ?
D : Bien sûr, dès qu'il s'agit d'une bonne cause, on essaie de répondre présent. Les plannings ne le permettent pas forcément. Ça fait déjà assez longtemps que je bouge personnellement, je suis pas obligée de le faire devant les caméras ou les micros. Par le biais de la musique, de pouvoir amener des gens à acheter des billets, qui sans s'en rendre vraiment compte achètent aussi des médicaments ou des médecins, ou de pouvoir aller dans les hôpitaux aujourd'hui apporter un peu de bonheur aux enfants... c'est des trucs que je ne pouvais pas forcément faire il y a cinq ans, parce qu'étant personne, ça ne faisait pas nécessairement plaisir. (rires) Maintenant je vois dans leurs yeux que ça leur fait super plaisir que je sois là. Je ne comprends pas trop, mais je joue le jeu. Je suis super heureuse. Je ne prends pas ça comme une BA. C'est plus un devoir. Ça fait partie du truc. OK, c'est plein de bonheur, de ventes de disques. Mais c'est bien d'utiliser cette popularité et de pouvoir l'allier à certaines causes. Je préfère ça à la politique. Y'en a beaucoup qui veulent aider mais qui n'ont pas forcément les moyens. Y'a que la musique, et le sport peut-être, pour ça. La musique rassemble, et c'est un divertissement. C'est mortel.

Quel est ton meilleur souvenir sur un festival, en tant qu'artiste ?
J'ai plein de souvenirs, les festivals pour moi c'est toujours un grand moment quand ça se passe bien. Faut savoir que j'ai été connue y'a environ trois ans avec un titre qui n'a pas plu à tout le monde, DJ. Je sais qu'il y a beaucoup de programmateurs et festivaliers qui n'étaient pas trop chauds pour me programmer ou aller me voir, étant donné que j'avais une étiquette "tube de l'été" sur le dos. C'est vrai que je l'ai pas mal subi alors que j'avais un show et un album qui marchaient très bien. Mais pour eux j'étais un pur produit de télé, marketing. Le festival ça peut être un moyen de convaincre ou tout simplement d'inviter les gens dans notre monde. Ca doit faire le 5 ou 6ème qu'on fait cet été, et c'est toujours un plaisir de voir des mères de famille ou des rockeurs ou des mecs qui disent "ben écoutes, je ne savais pas ce que tu faisais sur scène, ça fait plaisir on reviendra". Je fais des concerts toute l'année pour mon public, le festival c'est aussi une façon de faire véhiculer ma musique auprès de gens qui n'ont pas envie de s'arrêter à ce que les médias diffusent. Les radios qui nous aiment bien et qui nous diffusent toute la journée, surtout pour nous qui faisons de la musique jeune entre guillemets, des fois on peut vite saouler les amateurs de musique.

Si tu veux un exemple j'ai fait la Rochelle en 1999, je suis montée sur scène et je me suis fait huer par 6000 personnes. En 2004 je suis remontée et y'a 6000 personnes qui m'applaudissaient. C'était une belle revanche et un plaisir. On a pris beaucoup de cailloux dans la gueule, aujourd'hui on reçoit des nounours et ça me touche beaucoup.

Est-ce que tu appréhendes différemment les concerts devant un public conquis et un festival devant des gens qui ne te connaissent pas forcément ?
D : Bien sûr, j'ai la chance d'avoir fait une tournée qui affichait complet. Maintenant, je ne suis pas du genre à me reposer sur mes lauriers. Que je joue devant 100 personnes ou 10 000, j'ai la patate, on se demande ce que je prends, je suis à fond, à 2000%. Je prends vraiment la scène comme mon seul moyen de remercier les gens, tous ceux qui se sont procurés mon disque, qui en plus de ça sont allés se procurer une place. Donc c'est clair qu'en concert j'ai le trac tout le temps, que ce soit en festival ou à mon nom. Mais les festivals, je les appréhende plus par rapport au fait que j'aie reçu pas mal de haine et de méchanceté en festival, parce qu'il y a des gens qui ne sont pas ouverts musicalement, qui n'ont pas voulu nous laisser faire nos preuves tout simplement. C'est jamais trop évident de monter sur scène et de voir des gens qui te jètent des trucs... On n'est pas là pour ça, on est là pour jouer, pour partager avec les gens. Mon show est vraiment construit par rapport au public. Je ne joue pas pour moi sur scène, je joue pour les gens. C'est toujours les premières minutes qui sont les plus délicates. C'est super agréable en festival de voir que quand je demande sur les premiers titres de lever les mains, y'en a que 100, et qu'à la dernière minute ils sont parfois 10000 à lever la main et à danser avec nous.

Les festivals c'est vraiment le seul moment et mon seul moyen à faire rallier des gens qui ne seraient jamais venus écouter Diam's, parce que c'est un type qui est chiant (rires), et ça les saoule, c'est pour les gamins. Toutes les étiquettes sautent tout à coup en festival. C'est pas parce que les gamins m'aiment bien que je fais de la musique de gamin. Mais je suis contente que les gamins m'aiment bien. Les gamins, ils n'aiment pas les méchants, ils n'aiment que les gentils. Moi, je suis gentille, voilà (rires).

En parlant de gamins, il y a eu cette institutrice qui a essayé de faire apprendre une de tes chansons à ses tout jeunes élèves. Ça a fait un tollé, on en a beaucoup entendu parler...
D: Je pense que si mon album ne marchait pas autant, on n'en aurait pas entendu parler autant. Suite à ça, il y a une maire FN qui a interdit aux jeunes de sa ville d'aller me voir en concert il y a deux jours. Je sais que c'est très médiatique tout ça. C'est clair qu'elles ont fait une petite boulette, des gamins de sept ans ne peuvent pas comprendre ce que c'est qu'"un goût d'Afrique dans les caisses de la France" et "un goût de démago dans la bouche de Sarko".
Je pense que les parents y sont allés un peu fort aussi. Ils peuvent dire ce qu'ils veulent, moi à dix ans je les vois les gamins qui chantent, ils sont à fond, ils comprennent rien mais ils sont contents.

T'as envie de leur dire quoi justement aux parents ?
D : Je comprends mais je me mets à la place des gamins. On leur dit que cette année ce sera les Choristes ou Diam's. Bon, les Choristes, c'est dépassé, alors ils sont contents d'apprendre Diam's. Maintenant, c'est clair que je n'ai jamais fait de la musique pour les enfants. Quand je les vois chanter, ça me fait halluciner. Je me dis : ils comprennent rien à ce que je raconte (rires)... Là où ça devient inquiétant c'est que les parents ne comprennent pas qu'un gamin de huit ans puisse se retrouver dans ce que je raconte. Y'a plein de gosses de douze ans qui ne vont pas bien, qui sont en âge de comprendre plein de choses, qui écoutent Diam's avec le coeur et qui se retrouvent réellement. Moi, je les comprends. A douze ans, je me retrouvais dans NTM. Les parents refusent de croire que les enfants puissent comprendre cette musique. Donc ce j'ai juste envie de dire aux parents : ils n'ont qu'à couper la télé, couper la radio, ils n'ont qu'à leur lire des comptines. Y'a pas que Diam's qui passe à la télé, mais on voit très bien ce qu'ils chantent dans les cours de récré. C'est une grosse histoire pour pas grand chose...

Un gros bisou à l'institutrice, qui doit me détester aujourd'hui. Quand elle aura des élèves plus grands, elle pourra toujours leur faire écouter mes chansons...

Si tu devais monter sur scène avec un groupe présent aux Solidays, avec qui monterais-tu ?
Bah, il y a Sergent Garcia qui joue en même temps que nous, et j'aurais bien voulu le voir. J'ai fait un truc avec Yann Tiersen au Printemps de Bourges. J'en garde un très bon souvenir. Beaucoup de scepticisme quand il a dit "je vous demande d'accueillir Diam's", y'a eu un... (elle frappe très lentement dans ses mains) (rires). Dans la salle, genre "qu'est ce qu'elle vient faire là ?" Au final, les gens étaient ravis. Donc si je pouvais renouveler le truc avec Tiersen, je le referais parce que c'était génial. Mais je ne reste pas persuadé que tout se mélange. Ce n'est pas parce que j'aime des artistes que les duos fonctionneraient. Mon rêve c'est plus des artistes comme M et tout ça. Ça balance. Les gens sont là pour faire la fête. Y'a plein d'artistes que j'aime en France. Peut-être que eux aimeraient faire des trucs avec moi. Pour l'instant, je me contente d'aller à leurs concerts.

J'imagine qu'avec l'exposition médiatique que tu as maintenant, tu dois en recevoir à la pelle des propositions de duo ?
D : Oui, j'en reçois plein. Tiersen, par exemple. Ça m'a parlé tout de suite. Il appréciait un de mes morceaux, il a voulu le rejouer sur scène. J'ai trouvé ça fort, vraiment fort. L'adaptation qu'ils ont fait de mon morceau était mortelle. Maintenant, je ne suis pas prête à tout. Je ne suis pas de nature à sauter sur tout ce qui se présente. J'aime bien écrire pour les autres, c'est plus ça qui me branche. Maintenant, faire des duos, j'ai été contactée, mais je ne reste pas persuadée que ça aille bien. Je suis plus pour attendre les gens qui seront encore là dans trois quatre ans, quand il y aura moins d'exposition médiatique. Mais je commence à en rencontrer pas mal, et ça me fait plaisir, des gens qui étaient très sceptiques et qui aujourd'hui disent : "ah oui, Diam's, oui oui, y'a de la musique, y'a des musiciens, ça travaille, ils préparent des albums en trois semaines." Je suis pas un coup. J'aime la musique et j'ai envie de rester là-dedans, d'en faire toute ma vie. Je sais que ça ne tient qu'à moi.

En plus d'être une artiste, tu viens de prendre une nouvelle casquette dans le monde de la musique, tu es maintenant directrice artistique de Motown France. Comment est-ce que ça s'est fait ?
D : Mon meilleur ami, c'est quelqu'un qui m'a signé il y a 5 ans, quand on ne croyait pas du tout en moi. Il s'appelle Sébastien Catillon. C'est un mec de maison de disque comme beaucoup, qui a signé beaucoup d'artistes mais dont on ne parle pas. C'est quelqu'un qui a du goût, il est comme moi. On s'est rendus compte qu'il y avait très peu de développement en France. Maintenant, les maisons de disque, c'est aussi des boites, faut que ça tourne, faut que l'argent rentre. Y'a plus trop de place laissé au développement. L'idée, c'est de produire des artistes inconnus, qu'ils puissent faire des concerts et qu'ils ne soient pas simplement des gens qui passent à la radio. Motown, j'en parlerai le jour où on sortira un disque. Sachez juste qu'il y a un objectif de qualité derrière. L'idée, c'est de développer des genres de musique, je pense à la soul, qui ont un peu de mal à se faire une place en France, alors qu'il y a beaucoup d'artistes qui en font. Mon rôle de DA, c'est de scruter tout ce qui se passe, c'est pas d'être dans un bureau. Aujourd'hui je pense que pour découvrir la musique, faut se bouger le cul. Y'a des petits mecs qui jouent dans des bars, devant 4 personnes, ce seront peut-être eux les Mathieu Chédid de demain. Je ne suis pas de nature à attendre les CD. S'il y a un groupe qui me plait, quelque chose qui me parle, j'irai le présenter à Sébastien. C'est la chance de cette union. Je suis artiste, il est mec de maison de disque. Les artistes chez nous ne se font pas carotter. Donc voilà.

Est-ce qu'il y a d'autres médias qui t'intéressent ? Je pense à tous ces chanteurs qui sont passés devant la caméra, pour des courts métrages, etc.
D : Le cinéma m'a toujours tenté. Maintenant, je crois qu'il ne faut pas aller plus vite que la musique. Je le dis ouvertement. Je reçois beaucoup de scénarios, ça fait trois quatre ans qu'il y a des gens qui veulent me faire tourner. Y'a rien qui m'a parlé. Si je dois le faire, faut plus que ça m'amuse et que ça me plaise vraiment. C'est pas pour dire à ma mère : "voilà, je fais du cinéma." Je n'ai pas la prétention d'être une actrice. Maintenant, y'a des gens qui croient en moi ces derniers temps. Je discute. On verra, j'y crois fort. Je suis pas pressée, ce sera pas pour dans les mois à venir, mais ça se concrétisera un jour.

Un truc à la 8 Mile d'Eminem, c'est quelque chose qui pourrait t'intéresser ?
D : (soupirs) Un 8 Mile sur Diam's... Bon premièrement, qui est ce que ça intéresserait ? J'aime le cinéma. Si c'est pour en faire, c'est plus pour être actrice que pour être moi. Je suis sur scène, je suis sur disque. Y'a personne qui peut mieux me raconter que moi, et c'est ce que je fais tout au long de mes albums. Donc faire un film, non... S'il y a des gens qui avaient des idées (rires), ça me tente pas trop. Eminem l'a très bien fait. Ça serait vraiment récupérer le truc...

Dernière question, dans ton emploi du temps, est-ce que tu réserves un peu de temps pour "ton mec à toi" ?
D : Y'a toujours de la place pour l'amour mais j'aime trop la musique. Je pourrais toujours en trouver du temps, s'il est vraiment mortel. Si je le trouve pas en ce moment, c'est que je l'ai pas trouvé. Tout au début, à la sortie de l'album, on a reçu pas mal de mails, c'était assez marrant, tout le monde s'est prêté au jeu, mais y'a pas mon mec mortel dedans, mais on y croit !


Nous tenons à remercier Diam's, ainsi que les organisateurs du festival.

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