Six ans après, Tom Barman et les siens refont surface. Les membres du groupe dEUS sont partis dans une myriade de directions différentes, dont quelques projets solo et, dans le cas du chanteur principal Tom Barman, l'écriture et la réalisation de son premier film, Any Way The Wind Blows. Petit historique rapide. 1994 : Naissance du groupe à Anvers. Worst Case Scenario : Premier album, première tournée. Le groupe déploie un large éventail de couleurs et de styles musicaux. Leur production est un savant dosage de pop, de rock, de punk et de funk. Suds & Soda en est le moment phare. My Sister = My Clock : Premier EP, qui confirme tout le bien que l'on pense d'eux à cette époque. Le phénomène "dEUS" est en passe de se généraliser. In A Bar Under The Sea : Second album, produit par Eric Feldman, un ex des Pixies. dEUS surprend par son éclectisme exubérant. Le groupe s'exporte de mieux en mieux. La faute aux Theme From Turnpike, Little Arithmetics, et autres Guilty Pleasures. 1999 : The Ideal Crash, enregistré sous la houlette de David Bottrill. S'en suit une nouvelle tournée européenne à guichets fermés. Le public s'éclate sur Instant Street. Nous en étions restés là.
12 septembre 2005 : Sortie de Pocket Revolution. La formation a évolué. A la batterie, nous retrouvons Stéphane Misseghers, un ancien de chez Soulwax. A la guitare, Mauro Pawlowski, l'ex frontman d'Evil Superstars et de Mitsoobishi Jacson, pour ne citer que certaines de ses incarnations. Alan Gevaert est à la basse. Klaas Janzoons ("violin, keyboards, percussion") et Tom Barman ("guitar, vocals") sont plus que jamais les piliers du groupe. Toutes les critiques à leur sujet sont dithyrambiques. Qu'en est-il vraiment de leur renaissance ? Que leur reste-t-il de leur somptueux passé ? Quel est le potentiel scénique de ce Pocket Revolution ? Les petits nouveaux arriveront-ils à se faire une place ?
Après avoir tourné plusieurs minutes dans le parc de la Cité de la musique, nous arrivons enfin devant le Cabaret sauvage. La salle est pour le moins insolite, puisqu'en forme de chapiteau. Le tour du propriétaire se fait bière à la main. Petit coup d'oeil à la playlist de l'ingénieur du son. Il semble que nous ayons manqué les "Doors", prévus à 19h selon cette même playlist (à moins que l'annotation ne fasse simplement référence à l'ouverture des portes de la salle). Blague à part, il n'y a pas de première partie de prévue.

20h40 : la scène est envahie de Belges aux allures nonchalantes. Le public réagit aussitôt. Petit coup d'oeil de Tom Barman à l'attention de ses acolytes et le groupe amorce son Bad Timing, piste n°1 de leur dernier opus. Le ton est donné d'entrée de jeu. L'ambiance n'est pas prête de redescendre. Ce concert coïncide avec la réédition de Pocket Revolution, ce qui explique que ce titre ait eu la primeur d'inaugurer la soirée. On ne va pas bouder notre plaisir. D'ailleurs, le groupe ne délaisse pas pour autant ses tubes plus anciens. Après les riffs ultra saturés de Stop-Start Nautre, il enchaîne aussitôt sur Instant Street, l'une des meilleures plages de Ideal Crash. Le public de connaisseurs reconnaît instantanément la chanson. La tension redouble dans la salle lorsque le groupe aborde la conclusion infernale de ce titre. Une montée en puissance qui prend une intensité encore plus forte en live. Le concert devient une série d'embardées totalement irrésistibles. Le plaisir qu'a Tom Barman à renouer avec le live est palpable.

Le groupe est toujours aussi imprévisible dans ses choix. Cette schizophrénie musicale n'a jamais cessé de les caractériser. Les titres se suivent mais ne se ressemblent en aucune façon. On nage en plein délire avec Fell On The Floor, Man, importé de In A Bar Under The Sea. Avec Nightshopping et Sun Ra, dEUS fait honneur à ses qualités créatrices. De vrais tubes en puissance... Entre temps, Tom Barman case l'ultra sensuel The Real Sugar et l'ultra groovy Worst Case Scenario. Leur rock mélancolique et tourmenté atteint de nouveaux sommets. Les petits gars d'Anvers ne montrent aucun signe d'essoufflement. Les guitares frémissent toujours autant. L'alchimie entre Tom Barman et son nouvel acolyte, Mauro Pawlowski, est très perceptible. Les spectateurs qui ont la chance d'assister à ce concert ne s'y trompent pas et les ovationnent généreusement entre chaque morceau. "Ten points" à Stéphane Misseghers, dont la performance, pleine de percussions, ne passe pas inaperçue. Les clins d'oeil aux fans de la première heure se poursuivent avec Theme From Turnpike, Put The Freaks Up Front, For The Roses et Little Arithmetics (je vous laisse le soin de retrouver les albums dont ils sont extraits). Nous aurons également droit à une nouveauté, What We Talk About. Plusieurs versions de ce titre figurent sur le disque qui accompagne la nouvelle version de Pocket Revolution.

Après environ une heure et demie de show, le groupe annonce sa dernière chanson. Le public reconnaît alors les toutes premières notes de l'inénarrable Suds & Soda. Klaas Janzoons s'énerve encore un peu plus sur son violon. Mauro Pawlowski et Tom Barman hurlent à la mort, en continuant de s'acharner sur leurs guitares respectives. Bien sûr, ils ne tarderont pas à revenir, pour un premier rappel, au cours duquel ils interprèteront trois valeurs sûres : Pocket Revolution, If You Don't Get What You Want et Via. Parmi eux se cache un single récent : inutile d'évoquer la réaction acharnée du public lors de son exécution.
22h20 : Notre quintet s'efface de nouveau. Les lumières éclairent à nouveau la salle. Les "roadies" commencent à débrancher et ranger les instruments. Le show dure depuis plus d'une heure trente, ce qui est tout à fait honorable pour ce type de concert. Une petite partie du public commence à s'éloigner de la scène. Mais les personnes les plus proches de la scène, et en particulier de la playlist, ne s'y trompent pas. Un second rappel est prévu. Le groupe reviendra pour une ultime interprétation : l'excellent Cold Sun Of Circumstance. A noter qu'au vu de la playlist qui était initialement prévue, le groupe aurait pu jouer plusieurs autres morceaux issus de son répertoire.
Seul petit bémol : la communication avec le public. Encore que, le silence vaut parfois mieux. La scène belge ne s'est jamais aussi bien portée qu'à présent. Entre ses Ghinzu, ses Hollywood Porn Stars et autres Girls in Hawaii, elle bouillonne de créativité. dEUS nous a prouvé qu'il était encore et toujours le plus grand de tous ces groupes. Cette situation n'est pas prête d'évoluer. Leurs chansons prennent une telle dimension en live qu'il ne peut en être autrement. Nos habitués des ovations seront aux Solidays dans quelques semaines. Ils passeront par tout un tas d'autres festivals européens. Ils ne sont à manquer sous aucun prétexte.
Merci à Loic (Krinein) et Cedrick (V2 Music).
Playlist initiale
01. Bad Timing
02. Stop-Start Nature
03. Instant Street
04. Fell On The Floor, Man
05. Nightshopping
06. The Real Sugar
07. Worst Case Scenario
08. Sun Ra
09. Turnpike
10. Freaks
11. Nothing Really Ends or Magic Hour
12. Roses
13. Rock Chick
14. Little Arithmetics
15. What We Talk About
16. Suds & Soda
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17. Pocket Revolution
18. If You Don't Get What You Want
19. Via
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Cold Sun Of Circumstance
Assault On Magnus
One Advice One Space
Serpentine
Magdalena
Include Me Out
Hotel Lounge
Filipe []

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