The Delano Orchestra - Concert à la Boule Noire - Paris - 19/02/2008

/ Compte-rendu de concert - écrit par Danorah, le 24/02/2008

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Pour fêter la sortie de leur premier album, les Clermontois montent sur scène et démontrent que leur bébé se tient aussi bien - voire mieux - sur scène qu'en studio. Un régal.

Après avoir mis dans nos petites oreilles émerveillées son très joli premier album, The Delano Orchestra n'avait plus qu'à nous démontrer que A Little Girl, A Little Boy tenait aussi bien la route sur scène que sur disque. C'est chose faite, mission accomplie, objectif atteint, oreilles subjuguées. Voilà, c'est dit. Maintenant qu'il n'y a plus aucun suspense, on peut commencer par le commencement.

Ponctuelle comme un réveille-matin zélé, je me présente à l'entrée de la Boule Noire à 20 heures tapantes, pour m'apercevoir que le public est encore pour le moins clairsemé. Tant mieux, pour une fois ça m'évitera Le chanteur de My Broken Frame
Le chanteur de My Broken Frame
de pester contre la mer de têtes et de cheveux (surtout quand ils sont longs et bouclés) qui m'oblige habituellement à chercher un promontoire pour espérer y voir quelque chose. Je m'affale donc sur l'un des bancs qui longent les murs latéraux de la salle et patientejusqu'à l'arrivée sur scène de la première partie : My Broken Frame. Un trio dont personne ne s'étonnera qu'il ouvre un concert des Delano Orchestra, puisque la veine est la même - mais l'inspiration, un peu moindre. On retiendra de tout ceci une jolie atmosphère intimiste, une voix chaude et enveloppante, un drôle de violoncelliste aux grandes paluches qui ne s'en sort pas trop mal finalement, et une rythmique feutrée pour accompagner tout ça (et une petite pensée émue et compatissante pour un pauvre petit fa bécarre perdu et vite noyé au milieu d'une forêt de fa dièse qui a dû ressentir un grand moment de solitude). Bref, c'est classique, mais ça se tient plutôt bien.

The Delano Orchestra
The Delano Orchestra
Re-affalement sur un banc en attendant The Delano Orchestra, public toujours aussi clairsemé, allées et venues sur la scène, derniers réglages, et la lumière s'éteint enfin. Et là, aucun doute, ce sont les premières notes de Frozen Lake qui se font entendre. Un peu vexée que le groupe attaque directement par mon morceau préféré, alors que j'avais espéré que celui-ci serait gardé pour la fin, donnant lieu à une belle explosion bruitiste à laquelle sa construction se prêterait fort bien, je suis tout de même forcée d'admettre que le titre fonctionne tout aussi bien en live que sur disque, même si l'exécution reste à mon goût un peu trop sage et similaire à celui-ci. Heureusement, mes craintes seront vite dissipées : les titres suivants sont réarrangés d'une très belle manière, laissant la place à des montées en puissance bien plus radicales et fréquentes que sur la galette dont la plupart des titres sont issus. The Delano Orchestra confirme ainsi ce que l'on soupçonnait déjà, à savoir que c'est dans les envolées orageuses et les explosions émotionnelles post-rock qu'il est le plus convaincant et le plus saisissant.

D. Delano
D. Delano
La voix fragile et murmurée de Derek Delano fait opérer sans difficulté son charme indescriptible, malgré quelques hésitations sur la justesse au début de certains morceaux (oui, je chipote), mais sur scène le véritable point fort du groupe est ailleurs. A la gauche du chanteur, le plus souvent. Avec, entre ses mains, une trompette. Et quand la trompette atteint les lèvres de son propriétaire, c'est pour donner naissance à des soli d'une douceur ronde et cuivrée, beaucoup moins en retrait que sur le disque, qui transportent les chansons tout droit dans une autre dimension. Pour tout dire, je suis tellement captivée que j'en oublie presque de m'approcher de la scène pour prendre quelques photos (ce qui est loin d'être évident avec ce drôle d'éclairage et le matériel dont je dispose).

Le trompettiste magique
Le trompettiste magique
Pendant ce temps, I Miss a Bird prend le temps d'achever la montée en puissance esquissée sur l'album, toujours bien aidée par la trompette magique, Lucky Star et son solo de guitare hypnotique prend également un relief surprenant, et même les balades purement folk et acoustiques sont joliment exécutées. Voir des titres comme An Idea of the End prendre une ampleur insoupçonnée est tout simplement un immense plaisir. A noter l'incursion, vers la fin du set, de Ken Stringfellow (Posies, REM), qui nous racontera sa rencontre avec le Delano Orchestra et l'histoire de leurs atomes crochus musicaux. Et qui accompagnera au piano les derniers morceaux du groupe. Quel final ! J'avais espéré que Frozen Lake conclurait le set dans un feu d'artifice d'émotion et d'électricité, ce sera finalement le dernier titre de l'album qui s'en chargera, et avec une efficacité redoutable (mention spéciale à un thème de trompette à tomber par terre, porté par des vagues de guitares et de claviers qui vous submergent littéralement, si seulement ce genre de moments pouvaient ne jamais prendre fin...)

Pour finir, Ken Stringfellow et sa belle voix claire et puissante, tellement opposée à celle de Delano que c'en est presque indécent, viendra conclure le concert avec quelques uns de ses titres, d'abord seul au piano puis à nouveau rejoint par The Delano Orchestra. Le courant passe à merveille, les musiciens se font plaisir, et nous aussi. Alors quand le concert s'achève et qu'on pense que pendant ce temps chez les voisins, à la Cigale, certains se sont farci (volontairement !) un concert de Christophe Willem, on se dit que c'est bien dommage qu'ils ne se doutent pas de ce qu'ils ont raté. On aurait pris un malin plaisir à les voir s'en mordre les doigts...

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